Tolérer l’intolérance? Les LGBT américains se déchirent

L’affaire Brendan Eich a creusé un fossé au sein du mouvement. Certains voient dans le rejet de l’ex-boss de Mozilla pour cause d’hostilité au mariage pour tous une dérive inquiétante.

La démission de Brendan Eich continue de faire des vagues aux Etats-Unis. Il y a un peu plus de trois semaines, le patron de la Fondation Mozilla, un acteur important de la Sillicon Valley (notamment avec son navigateur Firefox), avait décidé de renoncer à son poste après la révélation de son soutien actif à la Prop 8, l’initiative des milieux ultraconservateurs contre le mariage homosexuel en Californie en 2008.

Si la désignation d’Eich avait causé une polémique, son départ en avait suscité une plus grande encore. Dans les milieux conservateurs, beaucoup y avaient vu la preuve de la puissance du mystérieux «lobby gay», capable de faire et de défaire les rois. En réaction, cette semaine, 58 personnalités LGBT américaines et leurs alliés ont signé une déclaration commune intitulée «Liberté de se marier, liberté de ne pas être pas d’accord». On y retrouve des professeurs, des journalistes, des activistes ou encore des politiciens. L’affaire Eich, selon eux, trahit «un tournant inquiétant vers l’intolérance et le puritanisme» de militants LGBT non nommés. Il existerait parmi eux «une volonté de punir, dit le texte, plutôt que de critiquer ou de persuader ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.» Le manifeste se termine par un plaidoyer pour la liberté de conscience et d’expression, «moteur du mouvement gay, contre toute attente, il y a deux générations».

Hameçon
La déclaration «des 58» a été accueillie par une volée de bois vert sur le blog collectif gay Bilerico Project. John Becker y rappelle d’abord que la démission de Brendan Eich «fait revivre le mensonge selon lequel Eich aurait été dégommé par des activistes LGBT». Or c’est le personnel de Mozilla qui s’est mobilisé contre lui, souligne Becker. «Le droit de professer ses vues antigay ne protège pas des conséquences de ses croyances dans un marché libre, y compris la perte de confiance au sein de la communauté, conclut le bloggeur du Bilerico Project (…) Redéfinir la notion de tolérance pour y inclure l’affirmation de l’homophobie – voilà l’hameçon auquel les 58 signataires ont mordu, en avalant la ligne et la canne à pêche avec.»

2 comments

Tolérer l’intolérance ? Non merci. Accepter les excuses des personnes concernées par l’intolérance, c’est autre chose. Je ne les ai pas entendu de la part de ce monsieur.

La tolérance est une qualité, mais tolérer l’intolérance est une faiblesse.

Il suffit de voir les conséquences de ceux qui ont toléré l’intolérance des nazis envers les juifs dans les années 30.

Et quelle hypocrisie de se plaindre de ne pas recevoir d’autrui ce que l’on est pas prêt à lui donner soi-même!

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