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«Mon premier objectif, c’est la loi sur l’union civile»

Si Vladimir Luxuria a gagné son pari, devenir la première députée transgenre en Europe, il lui reste encore beaucoup à faire pour combattre l’homophobie et la transphobie au pays de Berlusconi et de Benoît XVI.

Il faut faire vite. Vladimir Luxuria a beau n’être encore que députée, elle a déjà un emploi du temps de ministre. «Aujourd’hui, je participe aux débats parlementaires à Rome. En fin d’après-midi, je prends l’avion pour Turin où je joue une pièce de théâtre dont je suis co-auteure. C’est une pièce qui évoque les problèmes de sexualité de manière comique. A l’aube, je reviens à Rome.» Visiblement, Vladimir Luxuria (nom de scène de Wladimiro Guadagno) entend bien privilégier son engagement politique sans renoncer aux activités qui l’ont fait connaître du grand public: chanteuse, comédienne, chroniqueuse à la radio et à la télé. En réalité, c’est sur les dancefloors qu’a débuté cette carrière trépidante, avec l’organisation dans les années 80 de soirées LGBT. De 1994 à 2000, on lui doit, à Rome, les premières gay prides italiennes, dont la World Pride de 2000. «Ces milliers de personnes dans les rues, c’était vraiment impressionnant. Malheureusement aujourd’hui l’homosexualité n’est toujours pas acceptée en Italie.» Ce fut là en tout cas une première expérience politique réussie, qui ouvrira la voie à un militantisme plus soutenu pour les droits LGBT et la prévention contre le sida. Elle précise: «J’ai toujours fait de la politique, avant même mon engagement militant et associatif. En fait, j’ai commencé à 16 ans quand j’ai décidé de ne plus réprimer ma partie féminine, de changer ma façon de m’habiller et de me comporter.»

Une campagne agitée
Devenue une star du milieu LGBT, Luxuria se voit proposer en novembre 2005 une candidature aux élections législatives italiennes sous la bannière de la Rifondazione comunista (RC). Ce parti d’inspiration altermondialiste a entrepris d’intégrer dans son programme la défense des droits des personnes LGBT et les questions liées à l’identité de genre. C’est ainsi qu’aux côtés de Luxuria, deux militants, un gay et une lesbienne, viennent d’être réélus au Parlement sur la liste de la RC. Dans le même temps, un militant gay est même devenu sénateur. Durant la campagne, Luxuria a été une cible facile pour la droite et l’extrême droite italienne. Son goût pour ce qu’elle appelle «le travestissement», son refus de subir une opération pour cultiver l’ambiguïté des genres, ou son recours, il y a quelques années, à la prostitution pour subvenir à ses besoins ont choqué l’Italie profonde et bien-pensante. «Il y a eu de nombreuses agressions verbales, de nombreuses violences psychologiques. Le centre droit m’a vite considérée comme une menace contre l’ordre et la famille traditionnelle. Il y a eu aussi des violences physiques.» On se souvient des fenouils que lui ont lancé un jour des militants d’extrême droite, fenouil en italien voulant dire tapette. On se souvient aussi de cette phrase d’Alessandra Mussolini, la petite-fille du Duce, une des alliées de Berlusconi, lancée à Luxuria lors d’une émission à la télévision: «Mieux vaut être fasciste que pédé.»

Luxuria: 1 – Fachos: 0
Mais Luxuria a remporté la partie: «J’ai gagné. Mussolini a perdu. Cela veut dire qu’aujourd’hui cette violence ne paie plus. Malgré tout ce qui s’est passé, je suis très heureuse. Mon parti a gagné et c’est même celui qui a réalisé la plus forte progression. Et puis j’ai aussi été encouragée, ovationnée, et pas seulement par des militants LGBT.» Si elle a en effet pris des coups, elle s’est aussi très bien battue – le plus souvent avec humour. «Moi, je ne déteste pas Berlusconi, a-t-elle déclaré un jour à la presse, bien au contraire, lui aussi il se maquille et il porte même des talons hauts (référence aux talonnettes du Cavaliere, ndlr.)» Il va lui falloir pourtant composer avec un bon nombre d’adversaires et les questions bien lourdes des journalistes, du type «Allez-vous dans les toilettes pour hommes ou pour femmes?» et leur lot de commentaires affligeants. Autre exemple, le film «Mater nature», qui vient de sortir en Italie, dans lequel elle joue une transsexuelle, n’est sorti que dans très peu de salles. En attendant, on peut lui reconnaître le mérite d’apporter à la communauté transgenre une extraordinaire visibilité grâce à de multiples interventions dans les médias. Considérée comme une excentrique, type Cicciolina, au début de la campagne électorale, elle a rapidement fait figure de candidate sérieuse en posant avec détermination et intelligence ses revendications, en tête desquelles les droits des personnes LGBT mais aussi la laïcité, la fécondation médicalement assistée et le statut des artistes. Elle vient aussi de demander que le 1er mai soit dédié aux trans victimes de discrimination au travail et contraints, bien souvent, de se prostituer pour gagner leur vie. «Mon premier objectif au Parlement, ajoute-t-elle, c’est la loi sur l’union civile pour les couples homos et hétéros. Et je vais me battre pour l’obtenir.» Vu sa détermination, on peut lui faire confiance.