Politiciens homos: un grand déballage qui fait pschitt

Lancée avec fracas, l’opération «Listaouting» qui prétend révéler l’homosexualité cachée de personnalités italiennes homophobes fait l’unanimité contre elle. D’autant qu’elle se révèle totalement fantaisiste.

Dix noms inscrits sur un blog aux couleurs de l’arc-en-ciel, enregistré sur une célèbre plate-forme gratuite. Cette modeste publication, réalisable en à peine une heure par n’importe quel novice en informatique, a déclenché une véritable tempête politique en Italie. C’est que les dix hommes cités sont des parlementaires en vue, bien connus pour leurs positions conservatrices. Y figurent notamment trois membres du gouvernement et deux de l’opposition, que le blog «Listaouting» prétend les sortir du placard. Une action choc contre «l’hypocrisie» de ceux qui ont voté contre une loi antidiscrimination, le mois dernier. Or, les auteurs du blog n’apportent pas l’ombre d’une preuve à leurs allégations.

Samedi, le procureur de Rome a ouvert une enquête, confiée à un pool contre la criminalité informatique, et envisage de transmettre à la justice américaine une commission rogatoire internationale pour tenter de démasquer les auteurs de «Listaouting». Pour l’instant, aucun des politiciens visés par l’opération n’a porté plainte en diffamation, note «La Repubblica». Peut-être parce que personne ne prend vraiment au sérieux ce prétendu outing… mis à part les associations gay de la Péninsule, qui depuis une semaine ont utilisé les mots les plus durs pour qualifier cette initiative: «méprisable» selon l’Arcigay (gauche) ou susceptible de créer «un effet boomerang contre notre combat», selon GayLib (droite).

Une «blague»
Les parlementaires «outés» ont affecté de prendre l’affaire à la rigolade. Le leader du Peuple de la liberté (PDL, berlusconien) au Sénat, Maurizio Gasparri, a ainsi «confié» être un «banal hétérosexuel convaincu», tandis que Massimo Corsaro, numéro 2 du PDL à la Chambre ironisait: «J’ai eu peur de me retrouver dans la liste des supporters occultes de l’Inter de Milan. Je préfère ça.» Mario Baccini, un député chrétien centriste, a préféré la jouer macho, proposant de créer «un comité de femmes pour recueillir des signatures afin que l’UNSECO [le] reconnaisse comme patrimoine masculin de l’humanité». Bref, une grande «blague», comme l’a conclu le maire de Rome Gianni Alemanno.

Une «blague» qui pourrait coûter cher à Aurelio Mancuso. C’est en effet grâce à cet ancien dirigeant de l’Arcigay que «Listaouting» a bénéficié d’un fameux coup de pub, la semaine dernière. Electron libre de l’opposition, il s’était répandu dans la presse pour annoncer l’opération, tout en assurant n’y avoir aucune responsabilité. Il avait aussi averti que la campagne d’«outings» se poursuivrait avec des noms de membres du clergé, de journalistes et d’autres politiciens. Si elle ne se dégonfle pas d’ici là.

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