Culture

Voyage au Gouinistan: rencontre avec Christine Gonzalez et Aurélie Cuttat

Nous avons eu la chance de rencontrer Christine Gonzalez et Aurélie Cuttat, les daronnes de ce projet avec la RTS, à l’occasion du lancement de leur podcast Voyage au Gouinistan.

Quand on dit la chance c’est vrai, mais on ne va pas vous mentir plus longtemps: Christine et Aurélie sont nos super copines et nous sommes très fières de partager ce projet et cette interview avec vous. Mais ça n’est pas tout, Sandor a aussi répondu à nos questions. Qui d’autre qu’elle pour signer la bande son léchée de cette aventure auditive? Elle aussi, c’est notre super copine, c’est ça le Gouinistan, une grande famille (et miracle, personne n’est l’ex de personne)!

Propos recueillis par Vagin Pirate

Vous nous emmenez dans votre Voyage au Gouinistan, quelles seront les étapes incontournables de ce périple?

Christine: Tout commence avec le coming out, c’est une étape importante, celle où l’on se révèle au monde.

Aurélie: On va ensuite s’attaquer au sujet épineux des apparences; qu’est-ce que ça veut dire de ressembler à une lesbienne? Puis on parlera de la figure de la butch, du mythe du gouinedar, peut-on se repérer entre nous? Mais aussi, comment on se séduit, comment on se drague, on parlera également de baise. On abordera aussi la famille choisie, les enfants, le rôle de la communauté, des safer spaces et le système de l’église. Un épisode sera consacré à la relève et aux jeunes militant·e·x·s. Le but ultime c’est de faire la paix, on aimerait donner de l’espoir et que ça se termine bien.

Ici on parle de gouines, de goudous, ce podcast n’est destiné qu’aux lesbiennes?

A.: Non, pas du tout! Le public cible est beaucoup plus large, notre objectif est de parler à tout le monde. Evidemment, on a envie que les lesbiennes se reconnaissent dans ce qu’on propose, mais on aimerait aussi que des hommes ou des femmes cis-hétéros soient ému·e·x·s et touché·e·x·s par notre récit.

On a pu découvrir dans le premier épisode dédié au coming out des récits touchants et drôles. Comment avez-vous vécu de replonger dans ces souvenirs riches en émotions?

C.: On est vraiment bouleversées par ce premier épisode, on y repense du matin au soir. On va rechercher dans nos mémoires, à quel moment, pourquoi, comment. C’est des moments parfois douloureux qui resurgissent

A.: Pour ma part, ce qui me frappe le plus, c’est de réellement penser au fait que je sois lesbienne. C’est une chose à laquelle je ne pensais plus, simplement car je veux juste faire tout comme tout le monde, je m’adapte. Mais là depuis quelque temps, j’y pense tous les jours, mon parcours est particulier, il n’est pas que douleur et drame, mais c’est un parcours de lesbienne.

Pour reprendre vos propos de ce même épisode, que diriez-vous aujourd’hui à la jeune Christine et à la jeune Aurélie juste avant leur coming out?

C.: N’aie pas peur! La jeune Christine a eu tellement peur, elle a tellement tardé, elle a manqué de beaucoup de clés pour oser, faut que je lui pardonne, mais j’aimerais juste lui dire que ça va aller, ça va vraiment être cool, ça va être génial même!

A.: N’aie pas peur! Moi, je fais tout comme Christine (rires)! Fies-toi à ton intuition, car j’étais quand même sûre qu’avec mes proches, ça allait super bien se passer.

C.: Et si tu vois une Andalouse passer… (rires)

A.: Non Christine, on ne peut pas toujours tout ramener à toi (rires)! Ne t’oublie pas, c’est surtout ça que j’aimerais lui dire! Quand on me demandait à Noël : «Dans votre couple, qui fait la femme?», je n’avais pas les armes à l’époque pour répondre à ce genre de discours, mais j’ai envie de dire à la jeune Aurélie qu’elle doit dire stop.

Ce podcast, c’est une mise à nu, vous interviewez d’autres femmes* mais on parle de vous aussi, comment ont réagi vos proches?

G.: Mes deux meilleurs amis ont été extrêmement soutenants, ils ont un oeil très critique et j’ai eu les meilleurs retours. Mon père nous a écrit un message qui m’a extrêmement touchée pour nous dire à quel point il était fier de nous, j’ai pleuré.

A.: Ma mère m’a dit à 6h30 le jour de la sortie du podcast, bravo pour la naissance de ce podcast, j’ai trouvé ça tellement chou!

Cette série traite en grande partie de l’invisibilité des lesbiennes dans notre société, la double peine femme + lesbienne. Ce projet vous a permis de défoncer quelques portes, vous sentez-vous plus visibles aujourd’hui?

A.: Je dirais que ce projet est né de lectures, notamment Alice Coffin, Le génie lesbien. Le but de ce chemin c’est d’exister en tant que lesbienne. On a la chance d’avoir une petite place dans le paysage médiatique suisse. Il faut qu’on existe comme on est, et on est quand même très lesbienne!

Comment s’est passé le travail d’écriture, la sélection des thèmes, des protagonistes?

C.: Dans le format que l’on pratique habituellement ça va très vite, on crée, on envoie et on passe à un autre sujet, ça disparaît très vite. Là, on était dans un processus très différent, un podcast sur 10 épisodes, il fallait se poser la question de la dramaturgie, comment on lie le tout, qui apparaît, comment, à quel endroit, introduire une notion de suspens, etc. On avait cette envie aussi d’avoir une diversité dans le choix de nos intervenant·e·x·s. De la gouine des villes à la gouine des champs, des personnes d’âges différents et en passant par nos proches aussi. Les associations nous ont permis de faire beaucoup de liens aussi, je pense à Lilith et à Lestime par exemple, c’était vraiment précieux.

Christine, Aurélie, en trois mots, qu’est-ce que ce Voyage au Gouinistan vous a apporté?

G.: Faire la paix. Je pense que je suis en train de faire la paix.

A.: Trois mots: BIG DYKE ENERGY! J’ai vraiment aujourd’hui l’impression d’être une lesbienne fière, ce que je n’étais pas avant.

Spoiler Alert: Vagin Pirate a réussi à infiltrer le podcast, mais on ne vous en dit pas plus.

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Trois questions à Sandor, la compositrice de la musique du podcast

Sandor, tu as été contactée pour créer la musique de ce podcast. Voyage au Gouinistan ça t’a tout de suite inspiré?

Évidemment, oui! Même si je suis out dans les médias, je n’en ai jamais fait un sujet avec Sandor et je ne me suis jamais positionnée publiquement vis-à-vis de cette thématique-là. Plus jeune j’ai beaucoup milité, je m’étais beaucoup investie pour cette cause-là, par contre j’avais mis mon énergie ailleurs depuis quelques années. Quand les filles m’ont proposé, j’ai eu un revival de la flamme! Le fait qu’elles soient mes amies, ça m’a mis super en confiance et j’ai tout de suite eu envie de participer. A lui seul le titre, le Gouinistan – un terme qu’on utilise entre nous – est une idée géniale de le partager à tout le monde. Même s’il y a un milliard de personnes qui viendront nous dire qu’il n’y a plus d’homophobie, on sait que ce n’est pas vrai et on sait qu’on est encore invisible.

On parle d’invisibilité principalement dans ce podcast. L’invisibilité est un sentiment que tu as souvent ressenti en tant que musicienne lesbienne?

J’ai été étonnée quand je me suis outée dans la presse qu’il n’y ait pas eu de répercussions ou de réactions, car je m’attendais à tout, mais en fait rien. Mais tellement rien que c’était bizarre, comme si on passait l’éponge.

Et toi, on te retrouve quand?

La musique que j’ai réalisée pour le podcast m’a tellement inspirée que je l’ai transformée en chanson. Chanson qui sera sur mon nouvel album qui sortira en février 2023. La musique du podcast est en quelque sorte une instru exclu du nouvel album!

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Vagin Pirate a demandé à Sandor les 5 titres de sa gouinitude à elle:

Les pingouins – Juliette Gréco

Je ne comprends pas comment on est restée invisible après cette chanson.

Maman a tort – Mylène Farmer

Quand j’étais enfant, on écoutait ça à la maison et il y avait un truc qui sonnait trop clair avec ce qui se passait à l’intérieur de moi, et trop étrange avec ce qui se passait à l’extérieur.

Comme un ouragan – Stéphanie de Monaco

C’est pas une chanson gouine, mais pour moi ça l’était, car j’avais un crush sur Stéphanie. D’ailleurs j’ai nommé mon label d’autoproduction Ouragan Records en honneur à cette chanson!

On brûlera – Pomme

Juste parce que je pense que c’est une des plus grandes artistes qu’on a en ce moment.

Le sang dans mes veines – Mansfield TYA

Non seulement pour le titre, mais aussi pour la musique, c’est une chanson qui est renversante.

Entre elle et moi – Catherine Lara et Véronique Sanson
C’est toi qu’elle préfère – Alice et moi

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18 avril 2022   Thèmes: Étiquettes : , ,

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