Culture

Léonie Pernet: «Il est important de rendre cool la sobriété»

@Jean-François Robert

Vagin Pirate est parti à la rencontre de Léonie Pernet pour parler de son album et de son prochain concert à Antigel en terre genevoise le 4 février.

La multi-instrumentiste, chanteuse et productrice française nous dévoile son 2e album, Le Cirque de Consolation. Une œuvre d’une puissance poétique, naviguant de l’ombre à la lumière en abordant l’amour, l’addiction, le rapport aux corps et à la spiritualité.

Cet album résonne comme une renaissance, des parties sombres qui vont finalement vers la lumière, un peu comme la période que nous traversons. Comment créer un album en pleine pandémie? 

Ça m’a donné plus de temps pour travailler et être 100% concentrée sur la création, par contre ça ne m’a pas du tout inspirée. J’ai aussi fait la musique de la série Arte H24, donc j’ai vraiment eu l’impression d’être dans un tunnel de travail de studio pendant plus d’un an. Cette période m’a permis de prendre mon temps pour vraiment bosser sur cet album. Pour moi, refaire des concerts c’est fou!

Dans ton clip Hard Billy, tu as collaboré avec Mask collective, un projet de sauvegarde du patrimoine du masque provenant du continent africain. (ndlr: voir notre pépite de décembre 2021) Raconte-nous.

J’avais déjà cette idée de danse avec un jeu de jambes hyper rapide quand j’étais en studio pour enregistrer le morceau. Jean-Gabriel Périot, qui est un réalisateur incroyable, a ensuite coordonné le projet avec Mask collective. Pour moi ce clip, est un goal esthétique, un mariage pas évident de base, qui extrait des images de danses traditionnelles africaines de leur contexte et les lient à un kick au tempo hyper rapide. Je m’intéresse beaucoup à ce qui se passe en Afrique, notamment au niveau de la musique électronique et de l’art contemporain. Il s’y passe des trucs de dingue, c’est le futur!

@Jean-François Robert

Ta chanson, Mon amour tu bois trop, fait référence à ta sobriété, comment évolue-t-on dans le milieu de la nuit où la socialisation passe souvent par l’alcool?

La sobriété change tout, pour autant je ne recommande pas une abstinence totale pour tout le monde. Je suis bâtie comme un château de cartes, je ne sais pas me modérer, à un moment pour cesser de souffrir j’ai dû capituler. Je déplore que l’on en parle si peu, notamment dans les milieux électroniques et queer que je fréquente beaucoup. Un grand nombre de drames sont liés à des consommations excessives en soirée. Je ne suis pas là pour donner des leçons à qui que ce soit, mon message consiste simplement à montrer que c’est possible. J’ai toujours la même bande de potes, rien n’a changé si ce n’est un renouvellement d’une expérience que nous n’avions plus ressentie depuis l’enfance. Pour moi, ça a été comme rajeunir, c’est comme rafraîchir une page web. Je pense qu’il est important de rendre cool la sobriété, notamment pour les kids, en vrai c’est archi cool, c’est un trip en soi. C’est intéressant de faire ses expériences, par contre quand tu vis 200 fois la même soirée, que tu réalises que tu commences à niquer tes rêves, c’est triste. Moi, mon rêve c’était la musique, et je n’ai jamais autant produit depuis que je suis sobre.

Dans ton album Crave, le titre Auaati fait référence à l’identité queer musulmane. Que voulais-tu transmettre à travers ce morceau et quel est ton lien à la spiritualité aujourd’hui? 

Je ne voulais pas froisser les personnes musulmanes, ni même les plus conservateur·trice·s, je m’adresse plutôt aux prétendu·e·x·s progressistes dont le progressisme et le féminisme cesse lorsqu’on parle de l’Islam. Aujourd’hui, la spiritualité est censée entrer en opposition avec les vies sexuelles que nous menons, je pense que cela n’est pas vrai. Mais ça ne veut pas dire que tout le monde devrait croire en Dieu. Ce manque d’intérêt pour la spiritualité et cette identité gaie masculine qui s’est construite depuis les années 80 et 90 basée sur la consommation de drogue, l’ultralibéralisme et l’individualisme n’est pas la bonne piste à mon sens. Je prône plutôt un retour à la spiritualité, sous une forme de transcendance.

Nous te retrouverons sur la scène d’Antigel à l’usine des Cheneviers, à quoi peut-on s’attendre?

On sera deux sur scène, je serai multiposte: batterie, percussions, clavier et son avec Jean-Sylvain Le Gouic qui a coproduit l’album. Les percussions, déjà bien présentes dans l’album, prendront encore plus de place, elles deviennent le personnage principal. Je suis hyper excitée, le live c’est hyper kiffant, c’est le moment du partage. Le premier live était au Studio 104 en novembre à Paris, c’était incroyable! Donc là j’ai hâte de renouer avec la scène et de voir comment les gens réagissent.

 

Léonie Pernet, Le Cirque de Consolation, Label Infiné, Sorti le 19.11.2021

En concert le 4 février 2022 à Antigel.

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2 février 2022   Thèmes: Étiquettes : , ,

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