Culture

«Sous son calme apparent, la Suisse est super violente»

Valentina D’Avenia
Valentina D’Avenia. Photo: Ricardo Caldas

Valentina D’Avenia est la nouvelle directrice du festival La Fête du Slip à Lausanne. Avant de découvrir sa première édition en 2022, elle se dévoile au travers des œuvres et des artistes qui ont forgé sa culture et font partie de sa vie. 

Des films

«Les films de Barbara Hammer ont changé ma vie, parce que ça m’a fait du bien de voir un lesbian gaze. Ils m’ont permis de m’identifier pour la première fois à un regard qui voit de la gouinitude dans des petites choses du quotidien.»

Des livres

«Beaucoup de livres ont changé ma vie. Le dernier en date est Stone Butch Blues de Leslie Feinberg, j’ai beaucoup pleuré! Jess, lx personnage principal, est une butch, puis iel transitionne dans le secret total, iel vit dans le milieu ouvrier ultra transphobe des États-Unis des années 70. Cela a été important pour moi de connaître le passé de mes ancêtres butch dans ce contexte historique et social prolétaire. Ce livre a pris 10 ans à être traduit vers le français, par des dizaines de personnes. Je traduis en ce moment de la même manière des textes du portugais au français. J’ai l’impression que la traduction dans nos milieux est une pratique de l’amour du texte et un geste nécessaire, parce qu’on a besoin de se connecter et de partager nos expériences et nos savoirs.»

Une œuvre

 
«Restauro de Jorge Menna Barreto. Il s’agit de l’œuvre-restaurant qu’il a réalisée pour la biennale de São Paulo en 2016. Jorge dit qu’en mangeant, on dessine le paysage, et que donc servir à manger c’est modeler la nature qui nous entoure, la co-dessiner. Et c’est vrai. Suivant ce qu’on choisit de manger, on va déforester, favoriser la monoculture, ou au contraire, stimuler la biodiversité. C’était vraiment beau et délicieux »

Un ilôt safe

«Tou·te·x·s les artistes que je rencontre et que j’admire changent ma vision des choses et ouvrent mes perspectives. Mais j’aimerais parler du Coletivo Cabeças, qui est un groupe de personnes LGBTQIA+ à São Paulo qui a ouvert un salon de coiffure non normatif. Iels ne suivent pas les règles de la coiffure, et contribuent à forger d’autres définitions du beau, libérées de la grossophobie, du racisme et de la binarité, leur projet est incroyable et c’était un îlot safe pour moi à São Paulo. Le simple fait d’aller chez le coiffeur peut être hyper violent pour les personnes queer et j’aimerais beaucoup qu’il y ait plus de lieux comme ça à Lausanne.»

Un pays

«Le Brésil évidemment. Je n’en suis jamais vraiment revenue! Mon regard sur le pays d’où je viens (la Suisse) a changé, où je n’ai plus pu mettre les pieds pendant des années. Sous son calme apparent, la Suisse est super violente. La propreté et la richesse sont violentes, la normativité et l’autocontrôle des gens sont très oppressifs. La tristesse aussi, dans tout ce faste, était insupportable pour moi pendant longtemps, et puis je me suis dit qu’il était important de contribuer à la créations d’espaces/temps, notamment culturels, dans lesquels il est possible de vivre hors de la norme ».

Une personnalité

«Diran Castro. Diran est médiatrice culturelle et travailleuse du sexe, femme trans* et noire. Elle mène un projet de recherche sur des jeunes hommes cis blancs hétéro par le biais du travail du sexe, comme une étude ethnographique, avec un échantillonnage de 250 personnes. Elle passe du temps à parler de racisme et de transphobie avec ces jeunes types et observe leur rapport cognitif aux informations qu’elle leur donne et à la déconstruction qu’elle leur offre. Elle connaît très bien la psychologie de ces garçons, qui sont d’ailleurs parfois des flics ou des militaires, parfois des assassins, et souvent des agresseurs de femmes trans* et cis au Brésil.»

Thèmes: Brésil  Lausanne 

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