Culture

Rock kids à Chicago

Yoko and the Oh No’s, le jeune trio au punch perché sort un premier album prometteur. Max, chanteur flamboyant, et Stef, colonne rythmique du groupe, racontent leur curieuse émulation.

Ils sont trois, chanteur, guitariste, batteuse. Coutumiers des sous-sols sublimes et des nuits neigeuses de Chicago. Vingt ans à peine et la liberté à fleur de guitares, ils se racontent au bout du Skype, depuis l’appartement de Max, le charismatique vocaliste du groupe, tout en frange péroxydée et en fourrures immaculées.

Le premier album des Yoko and the Oh No’s a beau avoir été enregistré dans la cave parentale, il séduit déjà les blogs et la médiasphère, surtout depuis que «Out Magazine» a apposé sur ce «trio qui déchire» l’étiquette de «rock punk queer». Le qualificatif est-il adéquat? «Franchement, je me sens bien avec qui je suis et avec ma propre image», répond Max, qui investit volontiers la scène drapé dans une robe de vinyle noire ou moulé dans un t-shirt léopard. «Mais on ne s’identifie pas forcément aux adjectifs queer ou punk pour autant. En fait on ne s’identifie pas. Voilà!»

«Amy Winehouse, les Kinks, les Stones, et aussi Neil Young ou les Beatles: nos influences sont plutôt éclatées.» Stef

Fraîchement diplômés d’un lycée où ils éreintaient déjà les hymnes de leurs adolescences sur les amplis de la salle de musique, les Yoko and The Oh No’s appartiennent à cette génération pour qui l’absence de labels n’est pas une revendication, mais une précondition. La dizaine de titres qui constituent leur excellent premier album sont autant de miniatures fraîches et dégingandées où se bousculent des influences des seventies, des riffs façon The Strokes, mais aussi les gimmicks vocaux de la Motown et même quelques réminiscences country.«Amy Winehouse, les Kinks, les Stones, et aussi Neil Young ou les Beatles: nos influences sont plutôt éclatées, note Stef, la batteuse. Mais le processus n’a jamais nécessité de discussion.»

Solitude, ruptures amoureuses et léger vague à l’âme se racontent avec un punch perché sur des morceaux comme «Love U», «Movin’ On» (de la graine de tube!) et «Lone Wolf». «J’étais un gosse plutôt étrange, assez isolé, se souvient Max. J’imagine que cela se ressent dans nos compositions». Il rencontre le guitariste du groupe (également prénommé Max) l’été de ses 13 ans, lors d’un camp de musique; les deux garçons se recroiseront plusieurs années plus tard, au hasard d’un café, et fonderont un autre groupe, The New Originals, avant d’être rejoint par Stef et de se lancer dans le projet Yoko.

«Les lieux alternatifs ont une saveur particulière.» Max

Aujourd’hui, le band tourne surtout dans le réseau indé de Chicago, microcosme underground et vibrant dont la myriade de talents arpente des concerts improvisés au gré des garages et des appartements. «On aime aussi les grandes salles, relève Max, mais les lieux alternatifs ont une saveur particulière. On joue sans retenue, on peut presque toucher le public, il y a de la sueur sur les murs.»

Le jeune homme, sur scène, ne porte jamais deux fois la même tenue. «C’est ma règle. Avant le concert, je me change cinq fois, je refais mon maquillage, cela peut prendre une demi-heure ou trois heures.» Stef le regarde derrière ses mèches blondes. «Moi je ne fais aucun effort. De toutes façons j’ai très peu d’habits. Tout ce qui m’intéresse, c’est que ça joue dur.»

Et ce nom si acidulé, «Yoko and the On No’s»? «Juste une blague, lancée un soir avec des amis», explique Max. «Cela dit, j’adore Yoko Ono». Le voilà qui sort Acorn, le livre de poésie sorti en 2013 par la veuve de Lennon. Il récite: «‹Carry everything you own with you / Go shopping or climb a mountain / See if you can see where you are going›… Ça s’appelle City Piece». Il sourit. «Je boirais bien un café avec Yoko Ono, un jour. C’est un bon objectif, non?» Allez Yoko, dis oui!

» Yoko and the Oh No’s, «Yoko and the Oh No’s», disponible au téléchargement.

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11 déc. 2015   Thèmes: Étiquettes :

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