L.A. Zombie, de Bruce LaBruce, 2010.

Vous avez dit «queersploitation»?

Depuis 12 ans, le NIFFF réveille les douces rives neuchâteloises aux cris stridents de monstres en tout genre. Qui de mieux qu’Anaïs Emery, sa directrice artistique, pour nous répondre…

Anaïs Emery, peut-on parler d’un genre horreur gay à part entière?
– Oui, il y a tout un cinéma gay qui a quelques occurrences dans le cinéma d’horreur, principalement dans le fantastique. Cela traite souvent de formes monstrueuses: la filmographie queer utilise souvent l’allégorie de la monstruosité et la transformation du corps pour évoquer des thématiques gay comme l’adolescence ou l’orientation sexuelle.
Cela tient-il plus de la revendication ou de la dénonciation?
– Cela peut tenir des deux, comme dans la cinématographie queer de Bruce LaBruce et par exemple son gorissime L.A. Zombies. Critique sociale, revendication, perception de soi-même, orientation sexuelle: tout ce qui peut être vu comme monstrueux par les adolescents. Il y a à la fois la fibre revendicative et les allusions à la différence, ce que le fantastique permet souvent de parler. Car c’est le genre de la métaphore.
Le NIFFF a-t-il programmé cette année ce genre de longs métrages?
– Oui. Dans la section When musical rocks il y a plusieurs films ouvertement et revendicateurs gay, comme Forbidden Zone de Richard Elfman avec Viva, la superstar d’Andy Warhol, le Rocky Horror Picture Show, un film très provocateur à l’époque et qui a été porté par la communauté gay car il a touché une corde sensible chez des gens qui voulaient revendiquer quelque chose. Sans oublier Hairspray avec Divine, grande icône pour la communauté gay et de John Waters, qui a toujours abordé cette question de façon admirable.
…et côté horreur queer?
Remington and the Curve of Zombadings. Un film philippin dans lequel un petit garçon a l’habitude -du fait de son éducation – de montrer du doigt les personnes homosexuelles en disant «toi t’es homo, toi t’es homo». Mais un jour, il tombe sur la mauvaise personne. Celle-ci lui jette un sort, et quand il grandit, il se transforme gentiment… en gay. Et ca lui pose deux problèmes: d’une part il ne sait pas comment se comporter, et d’autre part… hé bien cette situation est finalement plutôt agréable pour lui. Il prend goût à cette transformation.
C’est plutôt rare que ce soit aussi explicite…
– Oui, d’autant plus dans un pays aussi conservateur que les Philippines. Dans le cinéma américain c’est bien sûr plus libéré que dans les milieux asiatiques.
Pourtant on a aujourd’hui l’impression d’assister à un retour de la morale et de puritanisme.
– C’est pareil que pour les droits de la femme. Il y a eu certains acquis et ensuite les choses se sont tassées. Mais aujourd’hui, avec le numérique, cela coûte moins cher de faire des films. Il y a peut-être là une ouverture pour réaliser des films revendicateurs… J’ai l’impression qu’on est maintenant au seuil d’un renouveau du discours, après une période politiquement correcte.
On connaît des réalisateurs de films d’horreur gay, mais des réalisatrices, alors là…
– Il n’y en a pas beaucoup, mais au NIFFF on en a programmé, comme Sue Corcoran et son Gory Gory Hallelujah, un film gore lesbien, ou Don’t ask don’t tell, de Doug Miles sur la loi américaine. La figure lesbienne n’est pas dominante, mais elle existe.
Beaucoup de ces films tombent souvent dans le Z…
– De façon générale, une filmographie qui exploite un filon tombe forcément dans l’exploitation et donc tombe dans les catégories B à Z. C’est la même chose pour le gore, le slasher, le queer… Mais le film d’exploitation est une démarche en soi. En tout cas, dans le fantastique, j’ai rarement vu des films homophobes.

» Neuchâtel International Fantastic Film Festival, du 6 au 14 juillet.

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