Narratif alternatif

Dans cette chronique, je continue à discuter avec Julien. Un homme cisgenre, hétéro, avec qui je partage certaines de mes pensées. Il est fictif, sans être irréel. Julien, ça pourrait être toi, moi et/ou nous.
Cher Léon,
Pourquoi es-tu trans? Quelle est l’origine de cette identité? L’as-tu toujours su?
Cher Julien,
«Depuis que je suis petit, j’ai toujours su que j’étais né dans le mauvais corps. J’étais une petite fille extrêmement mal dans sa peau et je rêvais tous les soirs de me couper les seins… ». C’est cette réponse que tu cherches, non? À ton grand désespoir, ce narratif ne correspond pas du tout à mon histoire. J’ai découvert que j’étais un homme à 20 ans. Avant ça, j’étais un fervent défenseur et pratiquant du lesbianisme, aucun doute à signaler! Alors certes, mon corps portait quelques marques d’une masculinité inconfortable, mais rien qu’une femme butch lesbienne n’aurait pas pu manifester. Mais sortir de ce narratif te terrorise, Julien. Tu as besoin d’être rassuré sur la présence de signes clairs et précoces chez toutes les personnes trans*. Autrement, ça voudrait dire que n’importe qui pourrait être susceptible de traverser la frontière sacrée du genre. Quelle angoisse! Convaincu de ton radar à trans*, tu te penses capable de détecter facilement quand une personne n’est pas cisgenre et un narratif alternatif brouille toutes tes pistes.