Chroniques

D’ici et de là

«Quelquefois nos voisins veulent des choses que nous possédons, ou possèdent des choses que nous voulons; alors nous nous combattons, jusqu’à ce qu’ils nous prennent notre bien, ou nous cèdent le leur.» Jonathan Swift: «Voyages de Gulliver»

Petite : solitaire, aucun désir de me mélanger. Solitaire, avec cette sensation de ne correspondre à rien. Une impression, comme une conviction: trop à changer dans ma nature pour entrer dans la ronde. Mélancolique, pas triste, plongée dans les délices de mes univers. Observatrice des manières, grandir en marge des cours et corporations qui, inlassablement, se constituent: courtisans, demi-mondaines, flatteurs, quémandeurs de petits pouvoirs, ambitions, bal des courbettes et mimiques pour sortir de l’ombre, formes sans fond. Plus grande: surprises au fil des rencontres. Pas forcément besoin de composer pour être avec, en face, aux côtés. Moins esseulée, toujours particulière face à d’autres particularités. Apprentissage tardif d’un partage sans pression ni contrainte. En marge plurielle, univers parallèles. Découverte d’une capacité d’intégration jusqu’ici inenvisagée. Complicités, connivences sans arrière pensée. Stimulation, encouragements mutuels, développement de talents. Partager une autre danse, proposer d’autres mouvements, d’autres langages. Par moments, crises de colère, tristesse, découragement, lassitude face aux croche-pieds, embûches, inattentions et malveillances. Plus grande encore: réalisation que la dominance est alimentée par les dominés. Me retirer de l’action-réaction, du duel, de la dualité. Être ailleurs tout en restant présente au Monde. Emaner sans rien demander en retour. Presque rien. Juste un peu de transparence. Comprendre que les discours travestis, les pensées dissimulées créent en moi des spirales obsessionnelles. M’écarter des sous-entendus, des regards voilés. Choisir, à qui, à quoi, donner mes élans. Plus tard encore, peut-être : une certaine tranquillité.

Thèmes: Greta Gratos 

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