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La planète des singes

Ils dînent à notre table, ils nous sourient dans la rue, nous aguichent. Ils s’efforcent de nous ressembler et singent nos attitudes, considèrent nos besoins et nos envies, nous étudient. On s’y tromperait. Pourtant, l’homme-à-la-bouche-close et la femme couchée, ces êtres idéaux fabriqués par la pub, n’ont d’humain que cette sorte de grimace qui leur sert d’expression et de réel que la réalité et l’attention que nous voulons bien leur accorder. Les images mises à nu, exposition didactique itinérante, fait halte en mars à la Villa Dutoit, à Genève, et rappelle à leur place ces créatures aux dehors si persuasifs et presque humains. Bas les masques!

En proposant une lecture critique de la représentation des genres dans les médias, en donnant accès à des outils d’analyse, les images mises à nu, exposition didactique itinérante, fait un peu de lumière sur les personnages qui habitent notre quotidien et répandent leurs messages à qui mieux-mieux dans les magazines et sur les murs de la ville. Réuni patiemment par la consultante en image et artiste communautaire Eva Saro, le fonds d’archives publicitaires exceptionnel dont dispose la prochaine exposition de la Villa Dutoit (du 4 au 24 mars) permet d’appréhender les stéréotypes que renvoie l’univers médiatique et de mettre des noms et des visages sur une somme de créatures ordinaires auxquelles nous avons trop tendance à nous fier. Démasqués, les stéréotypes de la publicité imprimée – cette simili-population qu’on emploie à vendre n’importe quoi – perdent leurs semblants humains et regagnent l’étrange ménagerie d’où les créatifs les ont tirés. L’occasion pour chacun, au gré des séminaires ou des ateliers mis en place parallèlement, de faire connaissance avec la femme-de-profil, la femme disponible, la femme couchée, la femme-à-la-bouche-ouverte, la femme-aux-yeux-clos, la femme-qui-a-de-fausses-jambes, celle qui sourit avec ses dents, ou encore l’homme-épaule, l’homme-vertical, l’homme-au-trait-d’ombre-sur-la-lèvre, l’homme-sans-sexe (et j’en passe) qu’on ne risque plus d’épouser: ce sont des singes.
Aussi séduisants et persuasifs qu’ils soient, tous ces singes-là n’ont aucune existence réelle, ils ne figurent pas dans l’annuaire. Ils nous côtoient, nous vendent des choses à longueur de journée, se font passer pour des gens ordinaires mais sont privés d’adresse: stéréotypes véhiculés par les médias, leur réalité barbare et monstrueuse se dégage à l’aune d’une lecture croisée et synoptique des milliers d’images que produit journellement l’industrie de la publicité. Ces «hommes et femmes des médias», comme aime à les appeler Eva Saro, n’entretiennent avec le genre humain qu’une vague ressemblance mais sont si bien répandus qu’ils en viennent à servir de modèles à nos attitudes et nos comportements. C’est que, relativement bien construits, ils passent facilement pour des êtres humains et dupent le chaland inattentif et la jeunesse.
A l’instar de la femme-qui-a-de-fausses-jambes, la grande majorité de cette «espèce publicitaire» a été passée au fil du scalpel: élongations, prolongations, lissages, couleurs, filtres, il en est peu qui aient échappé au soins démiurgiques de la gomme et de la baguette magique Photoshop. Ces créatures artificieuses destinées à prendre la pose sont de véritables pièces montées de jambes, de globes oculaires, de surfaces, d’origines, de situations et d’implants, sont cousues avec assez de zèle pour faire croire à des êtres humains, et elles y parviennent. Cette méprise constitue déjà, dans nos sociétés de l’information où la publicité ne cesse de gagner en importance, un drame culturel sans précédent: elle incite à la chirurgie plastique, autre aliénation horrifiante, et disqualifie cruellement les réalités physiques du genre humain, les poils, les rides, les expressions. Discrimination des réalités physiques d’une part, mais pire encore, le régime social auquel obéissent les acteurs de cette «société de l’image» n’a rien à envier aux républiques bananières les plus sordides et fait une promotion éhontée des comportements les plus vils et des hiérarchies les plus discriminatoires.
Dans une partition sexiste à souhait, les mâles et les femelles de l’univers publicitaire subissent un formatage systématique en fonction de leur genre et suivent de près une nomenclature d’attitudes et de poses caractéristiques et inégales. Les mâles, quelle que soit leur humeur ou leurs intentions, sont toujours valorisés: ils occupent le haut des formats, optent pour des positions verticales (position frontale et dominante) et font souvent montre de leurs épaules et de leurs bras (symboles traditionnels de puissance) ; on gratifie leur faciès de quelques rides d’expression (maturité). Quant aux femelles, la préférence va à des postures diagonales ou horizontales, plus propres à leur nature lascive et disponible. Le visage des femelles, comme le commande leur genre immature et facile, ne dispose d’aucune ride, et rarement d’une expression ; la femelle sourit, elle peut à l’occasion s’abandonner.
L’organisation sociale de cette population de singes rappelle dangereusement les systèmes patriarcaux dont nous sommes les héritiers empruntés. La caricature grossière et injurieuse des rapports humains que les messages publicitaires encouragent, le message débilitant qu’ils font passer et voudraient réinscrire dans nos disques durs psychiques se moquent délibérément d’une quelconque dignité humaine et des progrès accomplis en matière d’égalité. L’épanouissement de ces messages, la publication de ces hiérarchies auront-elles le pouvoir de nous ramener au gigantesque flipper machiste et racial, donc homophobe (ndr), dont nous avons tant de peine à nous extraire?
De regards en regards, de salle en salle l’exposition dévoile quelques uns de ces faciès familiers et invisibles à la fois et les met sous la loupe. Elle offre ainsi une perspective utile sur notre environnement visuel et permet de prendre la mesure du matraquage pornographique dont l’«être urbain» fait constamment l’objet, d’un discours publicitaire et sa «morale» rétrograde et humiliante.

«Les images mises à nu»
Exposition didactique itinérante, ateliers, table ronde, théâtre improvisation. Du 4 au 24 mars à la Villa Dutoit, Genève: 5 ch. Gilbert-Trolliet, Petit-Saconnex