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Genève, mar 7 février, 20:00

Discriminations, version m’as-tu vu

Les gays et lesbiennes touchés par un handicap souffrent d’un double rejet: celui d’une société qui considère que les personnes handicapées n’ont pas de vie affective, et celui du milieu gay qui voue un véritable culte au corps. Des associations réagissent.

Les handicapés ont-il le droit à une vie sexuelle? La société répond apparemment non au vu du tollé qu’avait soulevé la récente initiative de Pro Infirmis consistant à créer un nouveau service de «massage» sensuel à l’attention des personnes handicapées qui le désiraient. Souvenez-vous: choqués par cette annonce, les donateurs avaient aussitôt fait savoir qu’ils ne financeraient plus l’organisation, contraignant cette dernière à retirer son projet. L’affaire est révélatrice d’un état d’esprit: aux yeux de la société, les personnes handicapées ont le droit de survivre, d’avoir un toit et de la nourriture, et de bénéficier de la charité, mais guère plus! La sexualité, visiblement, leur est refusée.
Ce rejet n’est pas moins fort dans un milieu gay qui, de plus, voue un véritable culte au corps et aux apparences. Les hommes gays qui souffrent d’un handicap sont nombreux à témoigner de cet ostracisme. «Je n’ai aucun mal à aller prendre un verre dans un lieu sans connotation spécifique; mais dans le milieu gay, je n’ose pas, car on y va avant tout pour séduire, et les apparences jouent un rôle primordial.» C’est un constat valable pour l’ensemble de notre société, qui valorise le corps et le jeunisme, mais dans le milieu homo, tout cela est encore exacerbé. «Parce que le narcissisme y est encore plus fort», constate à Genève Gérald, 40 ans, qui vit en chaise roulante depuis sept ans.
Sur le Net aussi, dans les chats, les messages de gays – moins souvent de lesbiennes – foisonnent pour dénoncer l’ostracisme qui pèse sur le handicap dans le milieu homo: « En réalité, mon problème, celui d’être non voyant, ne me pèse pas, mais ce sont les garçons qui me font sentir ce poids. J’ai 26 ans, et j’ai encore toute ma vie devant moi… Mais j’espère ne pas avoir à la passer tout seul», écrit Alex, d’Italie. Autre exemple de témoignage trouvé sur un chat: «LUI: tu es sympa et tu as l’air mignon: cela me ferait plaisir de faire ta connaissance!! MOI: mais je suis handicapé… LUI: excuse-moi un moment… c’est mon portable! – ensuite il s’est évanoui dans l’air… le mot handicap fait encore peur dans notre monde… et je m’arrête à cette peur…» D’autres, comme ce Français, montrent du doigt la communauté: «Mon coup de gueule vient surtout des homosexuels qui devraient revoir la définition du slogan qu’ils utilisent un peu partout, la discrimination!!! Qui est discriminatoire, mes amis hétéros qui m’aiment et m’apprécient ou les homosexuels qui sous prétexte de n’être pas dans le moule m’excluent le plus souvent!!! (…) Je me refuse de cautionner l’intolérance et l’hypocrisie des gays, en particulier parisiens, qui ne nous laissent pratiquement aucune chance d’aimer.»

Réaction en France
Face à cette réalité, les personnes concernées par un handicap ressentent le besoin de se regrouper. En France, Handigay (1), qui se définit sur Internet comme «le premier portail communautaire de l’amour, de la sexualité et de l’accessibilité des gays, lesbiennes ayant un handicap» a été créé le 15 septembre 2001 sous l’impulsion d’un petit groupe bien décidé à faire changer les mentalités. «La communauté homo s’est battue depuis plus de 40 ans contre l’homophobie. Maintenant il serait grand temps de mettre à plat toutes les discriminations. Notre message, c’est non à l’handiphobie. Dans une société qui se veut moderne et dans une communauté «homo» qui prône la tolérance et qui s’oppose à la discrimination, il n’est plus acceptable que les handicapés ne soient pas considérés au même titre que les autres», déclare Handigay. Le portail publie des dossiers, propose un forum et un service de petites annonces, organise sorties, rencontres et débats.
En Suisse romande, bien qu’une tentative de groupe avait été mise sur pied au milieu des années 90 à Genève, il n’existe encore rien de tel. Ces dernières années, le seul groupe à avoir réellement fonctionné est celui des gays et lesbiennes sourds, le club Rouge & Vert (2). Sans doute parce que les sourds, plus que d’autres groupes de personnes handicapées, forment une véritable communauté, avec un langage propre (la langue des signes) et une culture propre, indépendante du monde des entendants.
Gérald, lui, verrait d’un bon œil la mise sur pied d’un groupe ou d’une association en Suisse romande de gays et lesbiennes concernés par un handicap qui permettrait de «mettre en commun son vécu, de partager ses expériences et de supprimer ainsi des barrières psychologiques que l’on se met parfois soi-même en tête». Car le fait d’être handicapé le conduit à devoir faire une sorte de «deuxième coming out», dit-il, pour réussir à s’assumer pleinement. Presque un appel à l’attention d’autres personnes motivées à créer une telle structure. S’il y a du répondant, il se pourrait bien que Espace 360 accueille très bientôt un nouveau groupe.

(1) handigay.com
(2) rgc96.ch
Contacter Espace 360 : 0848 360 360
et espace@360.ch