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Christiane Brunner: «J’ai apprécié le courage d’Esther Brunner»

Comment le PS a-t-il vécu la candidature d’Esther Brunner, ex-Christian, au Conseil national? Son homonyme Christiane, présidente du parti, interviewée par un camarade, affirme qu’elle se questionne en permanence sur la tolérance.

Comment as-tu réagi quand tu as appris la candidature d’une transsexuelle socialiste de Zurich au Conseil national? Et qu’avant de s’appeler Esther Brunner, elle se prénommait Christian Brunner? Est-ce que tu t’es dit «ça y est, on va faire des gags sur moi»? Est-ce que, instinctivement, tu as eu peur pour ton image?

Non, pas du tout. J’ai tout de suite éprouvé de la sympathie pour l’audace de cette candidature au Conseil national, d’autant plus que le problème lié à la transsexualité n’est toujours pas réglé. Et ça m’a amusée qu’elle s’appelle Brunner (rires) et même auparavant Christian Brunner. J’ai surtout apprécié son courage, parce qu’il en faut pour s’affirmer dans cette situation.

Est-ce que tu en as profité pour te questionner sur les limites personnelles, sociétales, à la tolérance? Quels sont nos critères de tolérance? Nos véritables capacités de tolérance vis-à-vis de la différence?

Bien sûr, c’est quelque chose qui m’interpelle en permanence. Chaque fois que j’ai défendu la cause des personnes homosexuelles, je me suis heurtée à des réticences de société, à l’intérieur du parti, des syndicats. Et puis, j’allais dire «les transsexuels c’est encore pire», au sens où on est vraiment là dans un univers fantasmé et qu’il est donc encore plus difficile de faire avancer les attitudes sur le chemin de la tolérance.

Il y a donc des limites à la tolérance populaire. Est-ce qu’on peut les repousser?

Mais bien sûr que l’on peut les repousser, on le doit même! C’est un combat que j’ai mené par rapport aux femmes, aux féministes qui se sont déclarées, comme moi, en tant que telles. C’est quelque chose que j’ai ressenti de manière très proche par rapport à la cause des personnes homosexuelles, parce que c’est un tabou, une manière de marginaliser, de se moquer. Je trouve cela extrêmement blessant. Par rapport à Esther Brunner, je me suis dit: elle entre dans une situation insupportable.
C’est un de mes combats, un de mes combats aussi au parti socialiste: le fondement de notre mouvement, c’est la tolérance. On doit accepter que chaque personne puisse vivre, être bien dans sa peau, se déterminer par rapport à ça. Que chaque personne ait le droit de choisir sa vie.
Je crois que beaucoup de personnes sont bisexuelles, que l’on est hétéro parce que la société est ainsi faite et que l’on occulte, au fond, notre dimension bisexuelle.

Par rapport à ton parcours personnel et politique, est-ce qu’il y a eu des moments où tu t’es sentie en marge ou victime d’ostracisme?

Très souvent. Je fais partie d’une génération de femmes se déclarant féministes et qui sont, par conséquent, marginalisées. La première fois que l’on m’a demandé, «Sind Sie eine Emanze?», j’ai compris «Etes-vous une femme émancipée?». Mais ce n’était pas le sens. D’une part, l’expression est vulgaire en allemand, mais elle est aussi connotée très négativement. Etre féministe, ce n’est pas seulement dire «je suis pour l’égalité, mais enfin pas plus que ça». Je revendique mon féminisme, en toute circonstance. Je ne vais pas m’adapter parce que la société ou la politique est intolérante à l’égard des féministes.

A ce propos, en 1993, lors de ta candidature au Conseil fédéral, tu as été victime d’une cabale. La presse t’a beaucoup accablée. On t’a dénoncée comme étant lesbienne…

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu! D’aucuns ont alimenté la rumeur de la femme légère dans ses rapports avec les hommes. Puis a circulé la rumeur selon laquelle j’étais lesbienne. En définitive, ni l’une ni l’autre ne m’importait.

Comment as-tu ressenti cette image que l’on te collait, malgré toi? Le regard des gens durant cette campagne anti-Brunner?

C’était une campagne totalement intolérante. Je me suis sentie une personne différente, qui ne rentrerait pas dans les schémas imposés pour être conseillère fédérale. Aujourd’hui, si je me réfère au cas d’Esther Brunner, c’est la même chose: on n’accepte pas «ça» en politique. Ça ne fait pas partie de la «normalité».

J’ai l’impression que la presse a une vision faussée de la communauté homosexuelle et du PACS. Beaucoup d’ignorance et parfois beaucoup de mépris. Quelle est ta vision du PACS? En quoi est-il nécessaire?

En général, je trouve que la société a encore beaucoup de mépris à l’égard des personnes homosexuelles et des femmes. On n’arrive pas à extraire de l’imagerie populaire tout ce qui se dit sur les «pédés», les lesbiennes. Je l’ai bien vu dans l’éducation de mes enfants – je n’ai que des enfants de sexe masculin –, c’était quelque chose… A table, je leur disais: «eh, attention, vous ne pouvez pas utiliser le mot “pédé” comme une injure!» et on avait alors de grandes discussions sur cette question.
Maintenant, le PACS, je l’aborde d’une manière beaucoup plus concrète. J’y vois la problématique des personnes homosexuelles qui sont confrontées à tous ces petits problèmes de la vie quotidienne et à la diversité des difficultés administratives. Quand on ne peut pas aller rencontrer son compagnon ou sa compagne hospitalisée aux soins intensifs; ou lorsque l’on vieillit, lorsque que l’on a passé une vie ensemble, ne se pose pas simplement une question d’héritage, mais bien plus l’attente d’un accompagnement. Etre reconnu lorsqu’il y a un décès, un mariage dans la famille, être accepté comme partenaire, c’est tellement important.
C’est une vision assez pragmatique, mais je constate l’ampleur des obstacles quotidiens face à l’acceptation: «oui, c’est mon compagnon, c’est ma compagne». Il est nécessaire d’obtenir une reconnaissance formelle pour arriver à l’imposer à la bureaucratie et à toute la société.

Certains font remarquer qu’il y a de plus en plus de gays dans les rues, une visibilité accrue depuis la Gay Pride et la multiplication des coming out. Que penses-tu de cette outrageante visibilité, de cette existence affichée? Est-ce que les gays sont trop remuants?

A mon avis, ils ne le sont pas assez. C’est une chose de faire un coming out personnel, c’en est une autre que de l’exprimer collectivement. Je trouve que les gays ne s’investissent pas encore assez dans le militantisme. Pour défendre une cause, il faut s’engager, aller au-delà de son cadre, porter le message au-delà du cercle des personnes convaincues. Obtenir la tolérance, voilà l’exigence.
En tant qu’hétérosexuelle, j’essaie d’y contribuer, mais je trouve que les personnes homosexuelles ne sont pas suffisamment actives sur le plan politique. Peu importe dans quel parti politique. Au PS, elles trouveront certainement une porte ouverte plus largement que dans les autres partis, mais ce travail doit être mené dans tous les partis politiques. Ça ne suffit pas de rester entre soi et d’organiser des Gay Pride, il faut militer pour la cause de la tolérance.

Tu as beaucoup d’intérêt pour la cause homosexuelle, mais est-ce que, de la part du PS, cet intérêt peut être perçu comme purement électoraliste? Est-ce que le PS surfe sur la vague gay?

C’est une affirmation que je réfute. Ma conviction et mon engagement sont tranchés depuis longtemps, je n’ai pas l’impression de surfer sur une vague, mais de défendre la tolérance, une cause pour moi essentielle. Le PS, et sa présidente en particulier, n’ont pas attendu que la vague gay soit une mode pour défendre la tolérance.