Elections fédérales: Y a-t-il un vote gay?

Avec les premiers jours d’octobre arrive une nouvelle canicule pour la Suisse, celle des élections fédérales. La rentrée politique promet en effet d’être chaude: la question des droits des homosexuels en matière de partenariat sera vraisemblablement abordée dès la fin de l’année. Déjà des candidats issus de tous partis confondus se pressent pour draguer leur communauté homo préférée… et tenter de gagner le fameux vote gay.

Tout le monde vous le dira, le vote communautaire homo existe, aussi sûrement que le lobby juif contrôle la presse, que l’Irak est une puissance nucléaire et que Betty Bossi cuisine elle-même ses cookies… La preuve? Personne n’ose s’attaquer à la minorité des personnes sexuellement orientées («les pauvres petites choses»), qui grâce à la queer connection dicte ses quatre volontés à ce pays: ne dit-on pas que derrière chaque grand homme, il y a une grande folle? Que le PDC est prêt à abandonner sa caractéristique chrétienne pour nous
plaire?

Au-delà des clichés des éternels paranos de l’extrême centre et des fantasmes des plus ardentes communo-queen, quelle est la véritable forme de l’engagement politique des gays et des lesbiennes en Suisse? Peut-on s’attendre à une convergence des attitudes de vote en faveur de partis précis plus ou moins favorables aux revendications de la communauté LGBT ou à une constellation des votes qui épousent les répartitions standards du reste de la population?
La réponse à ces interrogations ne peut être radicale et définitive car il n’existe pas d’enquête, ni de sondages, ni d’analyses électorales détaillées sur un supposé vote gay. On ne peut qu’estimer et poser certaines hypothèses.

Un affreux gauchiste?
Pour que les individus d’une communauté donnée exercent un vote commun et conscient, dans un sens unique, pour un parti clairement défini, il leur faut un fort sentiment d’appartenance à cette communauté, partager ses valeurs, sa «culture», ses visions de société. C’était le cas des communautés confessionnelles qui partagent une foi commune, des communautés linguistiques, des communautés politiques qui se battent pour un même programme.
Peut-on en dire autant de la communauté gay? Il est clair qu’il est difficile de cimenter une communauté par ses pratiques sexuelles. S’il y a communauté, elle ne peut être pensée qu’en une somme d’individualités unies dans un même vécu et une compréhension de l’homosexualité. Deuxième amalgame à éviter: ce n’est pas parce que 3 femmes et hommes politiques qui soutiennent les revendications homosexuelles sur 4 sont de gauche que l’on sifflote l’Internationale dans les saunas de Romandie. Non, l’homo de base n’est pas un affreux gauchiste qui vote écolo parce que la guerre c’est mal et qu’il faut sauver Willy, ni une espèce d’anarcho-syndicaliste qui aurait décidé de se faire un petit plaisir Gucci entre copines.

Les principales valeurs personnelles qui vont structurer les préférences politiques de l’individu (comme la liberté, la responsabilité personnelle, les visions de société traditionnelles pour la droite; l’égalité des chance, la redistribution des richesses, le libéralisme de vie pour la gauche) s’acquièrent pendant la jeunesse et dépendent fortement du milieu dans lequel on a grandi. Même s’il est relativement facile de modifier ces valeurs, les cas de rébellion ouverte avec sa famille et son milieu qui conduisent au renversement d’orientation politique sont rares. Ainsi la plupart des gens ont un bagage «idéologique» plus ou moins saillant selon les individus.

A chacun son marais
«Pourtant je vote gay. C’est grave docteur?». Non: seuls 65% des électeurs votent régulièrement pour un même parti et/ou suivent les consignes de vote de ce même parti, les 35% restant sont des individus qui n’ont pas d’appartenance politique claire et qui naviguent entre droite et gauche selon les enjeux. Ce groupe d’individus forme ce que l’on appelle en science politique, le «marais». Ces derniers vont donc chercher d’autres repères que les indices politiques pour orienter leur vote: l’âge, le sexe, l’apparence, l’orientation sexuelle des candidats vont jouer un rôle. Si on ne peut départager deux partis, on va voter pour la personne la plus proche de soi, pour les gays ce seront des personnalités ouvertement homosexuelles ou militant ouvertement pour la cause LGBT.
C’est ainsi que l’on retrouve des gays membres de toutes les formations politiques, même les plus improbables et les plus hostiles aux homosexuels. Cela va du Trotsko-gay à la Lib-queen en passant par les Homocentrés. Même l’adhésion de gays à l’UDC n’est plus une légende urbaine…

En guise de conclusion, un constat et un proverbe chinois s’imposent: tout d’abord il n’y a rien de plus ressemblant à un gay qu’un autre hétéro, les individus votent en fonction de leurs valeurs et sentiment d’appartenance politique préétablis. Quant à la recherche du vote gay perdu, elle ressemble de plus en plus à une chimère, en effet, il est difficile de trouver un chat noir dans une chambre noire, surtout quand il n’y a pas de chat.