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Gay pride à Fribourg: Un, deux, trois Stempfel!

La Gay Pride reçoit l'appui des autorités, mais tous les Fribourgeois ne sont pas contents de voir des homos débarquer dans leur ville. A commencer par Pierre Stempfel, directeur de la Croix-Rouge locale.

«Les citoyennes et citoyens (…) se souviendront du « jume-lage » des 2, 3 et 4 juillet 1999 avec Sodome et Gomorrhe.» Une menace électorale en forme de leçon de cathéchisme formulée par un lecteur du quotidien «La Liberté» à l’attention des autorités fribourgeoises qui viennent d’autoriser la Gay Pride romande à se tenir dans leur ville. Plus loin: «On verra donc à nouveau défiler sur les écrans, avec nos murs chargés d’histoire comme arrière-plan cette fois-ci, des lesbiennes déguisées en religieuses et autres images provocatrices. Et si la population fribourgeoise s’unissait pour montrer au monde que les organisateurs se sont trompés de ville?» Cette fois, le cliché fait glisser la menace non plus du côté de la sanction électorale, mais bien vers celui de la bataille rangée…

Un autre lecteur, quelques jours plus tôt: «C’est vraiment un grand honneur pour un canton d’accueillir des milliers d’homosexuels qui, de toute évidence, ne cherchent qu’à provoquer la population en s’exhibant de façon très douteuse.» En cette veille de Noël, «La Liberté» est l’écho d’une homophobie désespérément ordinaire qui, à elle seule, justifie plus que jamais la manifestation homosexuelle en juillet prochain.

D’autant plus que le lendemain, le 24 décembre, «L’Objectif», autre périodique fribourgeois, consacre ses pages 8 et 9 #à l’auportrait-interview d’un éminent notable du canton, Pierre Stempfel. Le directeur de la Croix-Rouge

fribourgeoise y présente notamment l’extraordinaire travail effectué par son administration auprès des réfugiés. La Croix-Rouge fribourgeoise est en effet la seule du pays à s’occuper de l’accueil des requérants d’asile.

Mais l’homme par qui le scandale arrive déborde dans les marges. Ainsi, dans les encadrés accompagnant l’article principal, Pierre Stempfel s’exprime sur différents sujets liés à l’actualité: l’affaire du sang contaminé et la Gay Pride.

Sur le premier sujet, Pierre Stempfel, membre de la commission de contrôle de gestion et de la commission des finances de la Croix-Rouge suisse, après s’être inscrit en porte-à-faux des in#stitutions nationales sur ce dossier, balance: «On met des millions aujourd’hui pour la prévention du sida et pour l’attraper aujourd’hui, dans la majorité des cas, il faut aller le chercher. Alors que le cancer peut toucher tout le monde arbitrairement et on fait moins de bruit autour de cette maladie.» Le mythe du sida maladie sélective et ciblée semble avoir la vie dure, même pour le responsable d’une institution œuvrant dans le domaine de la santé publique.

Tandis qu’il vante les mérites des magasins de seconde main de la Croix-Rouge, où il assure s’habiller, Pierre Stempfel lâche, mine de rien, le premier jalon de son credo homophobe: «Il y a même quelques homosexuels qui viennent se fournir en sous-vêtements féminins. Ce sont de bons clients car ils sont gentils et payent comptant.»

Interrogé sur la Gay Pride à venir, le directeur de la Croix-Rouge fribourgeoise se fait plus direct: «Je suis horrifié que le Conseil communal ait pu autoriser une telle manifestation. Et cela d’autant plus qu’il interdit le Jazz Parade (autorisé dans l’intervalle, ndlr). Ils vont faire trois fois plus de bruit et trois fois plus de cheni que le Jazz Parade. Tous ces gens qui se barbouillent, on ne sait plus s’il s’agit d’hommes ou de femmes… C’est dégueulasse!» Plus loin: «Je suis tolérant, ils ont le droit de vivre leur vie. Mais il ne faut pas commencer à les mettre avant nous, qui sommes normaux jusqu’à preuve du contraire.» Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Un mois plus tard, les instances dirigeantes de la Croix-Rouge suisse n’ont pas réagi. Aucun commentaire, aucun communiqué de presse. Qui ne dit rien consent?

Interrogé, le secrétariat bernois est très emprunté par les déclarations du croisé fribourgeois: «Ce sont des propos malheureux et maladroits», tente Edgar Bloch, chef de la #communication de la Croix-Rouge suisse. Oui, les instances nationales ont pris connaissance des propos de Pierre Stempfel après leur parution, mais «la Croix-Rouge fribourgeoise est autonome juridiquement», affirme Edgar Bloch.

Si les structures helvétiques ne permettent pas une sanction légale, chaque Croix-Rouge cantonale jouissant d’une certaine indépendance, pourquoi Berne n’a-t-elle pas sanctionné symboliquement Pierre Stempfel, au travers d’un commentaire ou d’une déclaration? Est-ce parce que, comme l’affirme ce dernier, «comme (il n’a) pas la langue de bois, les gens tremblent quand (il) arrive à la Croix-Rouge à Berne»?

«Nous ne tremblons pas. Surtout nous n’avons pas à sanctionner un directeur d’une association cantonale juridiquement indépendante du siège», souligne Edgar Bloch, qui admet toutefois l’embarras de la Croix-Rouge suisse dans cette affaire.

«En tant qu’organe fortement lié à la santé publique de façon générale, la Croix-Rouge est favorable aux campagnes de prévention sur le sida. D’autant plus qu’elle tient à cœur de favoriser toute mesure visant à protéger les donneurs et les transfusés dans le cadre de sa tâche spécifique relative à la transfusion sanguine», précise encore Edgar Bloch. Et concernant les homosexuels: «La Croix-Rouge suisse se distancie des propos de Pierre Stempfel. Ils vont à l’encontre des principes universels et fondamentaux de l’institution: ceux d’humanité, d’impartialité et de neutralité.»

Une affaire sans suite? Devant l’insistance des questions, le chef de la communication de la Croix-Rouge suisse consent à laisser de côté le paravent de l’autonomie juridique des Croix-Rouge cantonales et envisage: «Nous allons informer les instances compétentes et examiner les conséquences des propos de Pierre Stempfel.» Les instances compétentes? «En raison de l’organisation fédéraliste de la Croix-Rouge suisse, il s’agit en l’occurence des instances fribourgeoises.» Dont monsieur Stempfel est le mentor…