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La chute de la maison Hoffman

Périodiquement, lorsque le petit monde gay genevois s'emmerde, des rumeurs circulent à propos d'une imminente faillite des affaires de Raymond Hoffman, notre Bernard Tapie local, version Cage aux folles.

Et si cette année encore les rumeurs se font de plus en plus insistantes &endash; on parle de gros ennuis fiscaux &endash; il nous faut rappeler ici que cela fait bientôt quinze ans que l’on entend cette même rengaine, tantôt chantée sur un mode sarcastique ou plus rarement compatissant, selon la provenance des sources. C’est que le bonhomme a eu le temps de faire des jalouses, depuis l’époque où il régnait en Impératrice Zizi sur un milieu gay florissant. Rappelez-vous, c’était les années quatre-vingt: nous étions pour la plupart jeunes, beaux et plein d’argent, et dans l’insouciance de cette époque bénie, nous flambions en un soir l’équivalent de notre salaire mensuel actuel, lequel semble plus proche encore du minimum vital que nous ne l’aurions jamais envisagé. En ces temps-là, que vous sortiez boire l’apéro, manger thaïlandais, vous trémousser en boîte ou forniquer dans un sauna, c’était inévitablement chez Raymonde. Même votre loft traversant en plein centre-ville, celui-là même qui appartient désormais à l’UBS, faisait alors partie des biens immobiliers Hoffman. Franchement, on se marrait comme des folles! Et puis la crise est passée par là, Stéphanie de Monaco nous avait pourtant prévenus &endash; comme un ouragan, elle a tout emporté. Ou presque. Tandis que bon nombre de promoteurs devenaient de nouveaux pauvres, Raymond Hoffman a certes perdu de son panache, mais il a su tenir bon et diversifier ses affaires, quand bien même la concurrence dans le milieu gay est devenue rude avec une nouvelle vague de chacals insatiables. Que l’on aime ou pas son style, tous ceux qui ont approché Raymond vous le diront: sous son apparence d’homme d’affaires se cache en réalité un type d’une extrême gentillesse, doublée d’une grande générosité. Les gens ne tarissent pas d’histoires étonnantes à son propos. Comme celle qui nous raconte ses débuts dans le métier, lorsqu’il nettoyait les chiottes d’un bar pour le compte de son patron à qui il aurait emprunté, le temps d’un week-end, une somme considérable afin de boursicoter pour pouvoir financer sa propre boîte. Vraies ou fausses, peu importe, ces histoires nous rendent le personnage d’autant plus attachant. Mais la grande gloire de Raymond Hoffman, celle pour laquelle il mérite à notre goût un peu plus d’égard que le milieu veut bien lui rendre, c’est assurément la création du Musicol. Ceux d’entre vous qui n’ont pas d’acné juvénile se souviennent avec émotion de cette boîte magique, nichée en plein cœur du quartier des Pâquis, qui a rythmé pendant plus de quinze ans la vie gay locale. Au Musicol, c’était la fête au quotidien avec une clientèle vraiment hétéroclite, une sorte de boîte à Brigitte avant l’heure. Qu’est-ce qu’on a pu baiser et rigoler, on en a encore des crampes partout! Et puis, il y avait aussi deux des meilleurs barmans de la région, Jacky et Christian, lesquels officient maintenant respectivement au Loft et au café Gallay. C’était l’époque ou le statut de barman était encore un vrai métier, une espèce de mélange d’assistant social, de psychanalyste et d’animateur Club-Med. Pas comme ces mous-du-joint actuels qui vous balancent une pression sans même vous regarder dans les yeux, pour retourner aussitôt à leurs mots-croisés. On en pleurerait presque. Alors, Monsieur Hoffman, faillite ou pas, on vous souhaite une formidable année 99! Et l’on est prêt à parier que vous serez toujours là au prochain millénaire, lorsque les rumeurs de faillite vous concernant circuleront à nouveau dans les endroits où on s’emmerde. Tout de même, si l’on pouvait émettre juste un vœu: bien des pédales échangeraient volontiers leurs barils d’homo antiredéposition contre un bon vieux paquet de Musicol! A quand la réouverture?