Culture Événement

«120 battements par minute», une oeuvre choc

Plébiscité sur la Croisette en mai dernier, le film relatant la lutte contre le sida à travers Act Up a décroché le Grand Prix du jury. Fort, bouleversant, captivant, il méritait la Palme d’or.

21 juillet 2017 | par

120-battements

«Melton Pharm assassins», scandent les militants d’Act Up en arrosant les bureaux du groupe pharmaceutique de faux sang… Nous sommes au début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les activistes de l’association parisienne créée en 1989, deux ans après sa sœur américaine, multiplient les méthodes coup de poing et les mises en scènes ébouriffantes, pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’intensité du combat. Ce film choral, fort, émouvant, unanimement plébiscité sur la Croisette en mai dernier, méritait la Palme d’or. Le jury présidé par Pedro Almodovar a pourtant raté la cible en n’offrant à son auteur Robin Campillo que le Grand Prix. Œuvre rare, s’adressant autant au cœur qu’à l’intelligence, 120 battements par minute rend justice à ces femmes et à ces hommes qui n’hésitaient pas à payer de leur personne quand il s’agissait de monter des opérations choc.

«J’avais peur»
Robin Campillo, 55 ans, a mis longtemps à s’attaquer au sujet. «En 1990 déjà, j’ai eu envie de faire un film sur le sida mais je ne trouvais pas de biais», expliquait-t-il à la conférence de presse cannoise, où lui et ses comédiens aussi remarquables qu’engagés, dont Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, ont été follement applaudis. «Chaque fois je reculais parce que j’avais peur de me confronter à mes souvenirs, de ne pas être à la hauteur». Lui-même entré à Act Up, il a vécu, comme dans le film, des drames qu’on vous laissera découvrir.

Finalement il s’est lancé. «Mais j’ai essayé d’aller dans le côté froid qui laisse ressortir l’émotion. J’avais envie de choses très naïves au premier degré, contrebalancées par la difficulté de vivre une histoire d’amour avec quelqu’un atteint du sida. Une histoire qu’il raconte formidablement, à l’image de tout son long métrage. A la fois trivial et pudique, mêlant l’intime et le politique, il réussit à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens sacrifiés pour avoir trop aimé.

Scènes d’agora
«120 battements par minute» est le troisième long métrage de Robin Campillo après «Les revenants» (2004) qui a inspiré la série homonyme sur Canal + et «Eastern Boys» en 2013. Il propose une mise en scène très maîtrisée où alternent les séquences d’intimité, d’action et de débats. Il insiste sur la libération de la parole à cette époque. Un flot de paroles après dix ans d’épidémie tragique ignorée, que traduisent les nombreuses et passionnantes discussions entre les militants. Et ça, il sait faire, Campillo, ainsi qu’il l’avait démontré dans Entre les murs de Laurent Cantet, Palme d’or en 2008, dont il est le coscénariste et le monteur. «Il existait une communauté sida et des gens qui ne s’en rendaient pas compte. Il fallait arrêter ce silence.»

Le réalisateur revient également sur la difficulté de créer un mouvement politique. «Les choses prennent quand ça devient une lutte. Act Up était très petite mais il y avait des réunions chaque semaine. J’ai réalisé le film pour rappeler ce qu’était ce rassemblement de personnes qui ont forgé ensemble un vrai discours et une action forte. J’ai voulu montrer ce groupe comme un cerveau qui imaginait des choses. Le collectif, c’était une façon de rester debout. Il y avait aussi quelque chose d’assez joyeux chez Act Up. Pour ne plus subir l’épidémie, sortir du cercle mortifère». En témoignent de bienvenues pointes d’humour.

Bien que l’action se déroule il y a 27 ans, il ne s’agit pas vraiment d’un film d’époque. «Je m’en méfie. J’ai toujours le sentiment qu’il faut trouver le bon vêtement. J’ai juste retiré des expressions trop actuelles. En même temps, il fallait que le spectateur soit projeté dans un présent. Je voulais qu’on soit dans un univers parallèle. C’est le côté un peu fantastique du cinéma».

» Sortie le 23 août
» Avant-premières: mardi 25 juillet à 19h45 au cinéma Pathé Les Galeries à Lausanne en présence du réalisateur Robin Campillo. Il reste quelques billets pour cette projection. Ecrivez-nous à concours@magazine360.ch
et lundi 21 août à 19h30 au City à Genève, suivi d’un débat/rencontre organisé par PVA Genève.

» Dans les open air cet été! Vevey vendredi 11 août; Genève vendredi 18 août à 21h30; Delémont vendredi 18 août à 21h; Fribourg samedi 19 août à 21h15

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Mise à jour 25.07.2017 06:41
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