Tendances

Aux sources (multiples) de l’homosexualité

Julien Burnier, un biologiste évolutionniste suisse basé à Londres, travaille sur les implications biologiques de l’homosexualité. Un chantier qui ouvre de vastes perspectives sociales et philosophiques. Interview.

– L’homosexualité a-t-elle des bases biologiques?
– La biologie c’est l’étude de la vie, l’étude du vivant, et il n’y a rien de plus vivant que la sexualité. Alors oui. Si l’on considère l’orientation sexuelle comme étant une préférence constante pour des individus d’un certain sexe, il semblerait bien que des facteurs biologiques prennent place très tôt, voir au stade prénatal. Les prédisposions à une certaine orientation sexuelle sont donc très rigides. L’échec des tentatives (psychanalyses, traitements hormonaux, etc.) pour changer l’orientation sexuelle sont des arguments en faveur d’un déterminisme profond de l’orientation sexuelle.

– Quelles sont-elles?
– On connait encore très peu les facteurs biologiques de l’orientation sexuelle, mais la littérature scientifique s’accorde sur trois grands groupes de facteurs: les facteurs hormonaux avec notamment l’influence de la testostérone et de ses dérivés sur le cerveau durant la grossesse; les facteurs génétiques directs – c’est un sujet d’étude en plein développement; et enfin, les facteurs immunologiques qui postulent qu’au fur et à mesure des grossesses, une réaction maternelle face aux antigènes issus des embryons masculins aurait une influence sur le développement de ces derniers. Pour faire simple, un homme aurait plus de chance d’être homosexuel s’il a beaucoup de grands frères.

– Qu’est ce que votre étude cherche à démontrer?
– J’ai essayé de cibler en quoi les homosexuels diffèrent des hétérosexuels. Est-ce que les facteurs qui influencent la cible de notre sexualité influencent aussi d’autres traits de notre psychologie et de notre sexualité? Par exemple nos comportements durant l’enfance, ou le type de partenaires préférés. En gros, comprendre l’architecture de notre cerveau.

– Comment avez-vous procédé?
– J’ai repris plusieurs études qui testaient des caractères psychologiques de l’espèce humaine sous forme de questionnaire. J’ai notamment testé la thématique du «gender role» durant les premières années de la vie. Ce sont des questions du type: «Dans mon enfance quels étaient mes jeux et jouets préférés?» Avec des réponses de type: «Tout le temps masculin, plutôt masculin, équitablement masculin et féminin», etc. C’était un questionnaire online avec plus de 25 nationalités représentées et plusieurs centaines de participants mâles.

– Quels ont été les résultats observés?
– Il y a eu deux types de résultats. Premièrement, on se rend compte que les différentes variables étudiées ne sont de loin pas toutes corrélées. Par exemple, le «gender role» durant l’enfance n’est pas forcément lié à des traits de notre sexualité à l’âge adulte. Quelques corrélations entre l’enfance et l’âge adulte ont été observées dans les résultats extrêmes, mais dans l’ensemble, il y a une énorme diversité de résultats. Deuxièmement, il apparaît que la théorie immunologique des grands frères, dont je parlais plus tôt, ne se confirme pas toujours. Cela souligne la diversité au sein même de la population homosexuelle. Leur seul point en commun étant d’être attiré par des personnes de même sexe. En conclusion, il semblerait qu’il existe une multitude de sous-groupes d’homosexuels ayant chacun des bases biologiques différentes.

– Quelles sont les implications de ce genre de recherche?
– D’un point de vue purement scientifique, il s’agit de comprendre la structure de notre psychologie et ses fondements biologiques. Comprendre l’architecture contemporaine de notre psychologie peut nous aider à retracer notre histoire évolutive. A mes yeux cela prend une dimension presque philosophique. Dans les théories évolutionnistes, on pense souvent l’homosexualité comme un «paradoxe», puisqu’elle n’est pas tournée vers la reproduction et la survie de l’espèce. Mais il faut penser les fonctions de la sexualité d’un point de vue plus large. Des études sur des singes bonobos, par exemple, ont démontré que seul 1% des actes de copulations menaient à une fécondation. Chez les humains, ce pourcentage est peut-être encore plus faible. Ceci réduirait le caractère paradoxal, du point de vue évolutif, de l’homosexualité, à moins de 1%. Pour les 99 autres pourcents «homo-hétéro», c’est finalement kif-kif. En fait, la sexualité doit surtout être vue comme du plaisir, de la mutualité, un acte à valeur profondément sociale. A plus large vue, je pense que mieux comprendre la diversité de notre espèce peut aider à harmoniser notre vie en société.

_________________
9 nov. 2011   Thèmes: Étiquettes : ,

4 comments

A ma modeste connaissance (d’hétérosexuel), un gène, et donc, s’il existe, celui ou ceux de l’homosexualité, ne s’actualise que s’il est favorisé par l’environnement, dont Julien BURNIER semble minimiser l’importance.

et les lesbiennes? elles se brossent? c’est parce que papa les a portées et qu’elles avaient trop de grandes soeurs? comment expliquer des fratries majoritairement composés d’homosexuels? perso je n’ai qu’un grand frère et à ma connaissance je suis la seule gouine de la famille, je n’ai pas été violée (l’autre grande théorie) et je n’ai souffert de l’absence d’aucun parent. S’il est vrai que la sexualité est un acte biologique, je ne crois pas à la théorie génétique. Il n’empêche qu’on a encore un bel exemple phallocentriste

Enfin un article dans lequel je me retrouve pleinement!
J’en ai marre d’entendre toujours parler de l’influence de l’environnement, des comportements stéréotypés et du reste.
Aussi loin que remontent mes souvenirs (2,3 ans) je n’ai été qu’homosexuel ( en tout cas dans l’attirance dans un premier temps… ) et pourtant je ne tombais dans aucun des clichés habituellement ressassés. Merci Julien Burnier!!! ( désolé Michel Thys )

ouaip et moi je suis fils unique et j’ai jamais été maltraité ou autre…. encore une thèse bizarroide

Comments are closed.

À lire également