Suisse

«Si avant tu pouvais tout dire, c’est que d’autres n’avaient pas la place de parler»

Viviane Flückiger, 32 ans est monteuse vidéo et cofondatrice du collectif Genre Nocturne à Fribourg.

«Oui, Mel B a beaucoup compté.» Dans un de ses francs éclats de rire, Viviane Flückiger se souvient des posters de sa chambre. Mais ce sont surtout «ces femmes qui osaient prendre l’espace» du côté de sa mère qui l’ont marqué. «D’autant que niveau hommes, j’étais déjà un peu blasée». Depuis quelque temps, elle continue de se déconstruire surtout grâce à des podcasts comme Philosophie de comptoir. Celui-ci l’interpelle fort sur les questions de décolonisation et d’afrodescendance. «Je réalise que ce qui me travaille le bide en matière de violence et de discriminations, ce n’est pas tant l’homophobie, parce que dans mon cas, même dans un endroit communautaire LGBTQ+ soi-disant safe, je ne suis jamais à l’abri du racisme.»

«J’étais vraiment un garçon toute mon enfance.» Viviane assume son homosexualité autour de la vingtaine, se frotte à la communauté hors de sa ville, entre Zurich, Berne, les Jungle du MAD et les premières Kill Your Idols. «Avec ma famille, ce n’était pas franchement facile.» Mais après un bout de vie à Lausanne, Viviane retourne à Fribourg, pour les mêmes raisons qu’elle l’avait quitté. Aujourd’hui, elle y apprécie justement la taille humaine et la proximité. Loin, l’austérité catholique. Pour elle, Fribourg a changé de visage.

Genre nocturne

«Je me souviens, on débarquait déchirés tous les 1ers samedis du mois, un groupe de jeunes insupportables. Le lieu était minuscule mais les soirées au Elvis et moi étaient dingues! Quand elles ont disparu, il ne se passait plus grand chose pour nous, ici.». Alors, en 2018, elle lance une soirée avec deux acolytes, David et Alan, aka Big Gina, rejoints par Madame Gouze. Surpris du carton, Genre Nocturne devient un collectif attaché bec et ongles flamboyants à l’inclusivité. «On veut susciter du mélange positif dans nos soirées, que les hétéros aussi profitent tout en sachant où ils mettent les pieds, conscients que pour une fois, ce n’est pas LEUR moment.»

Genre Nocturne s’est allié aux clubs Fri-Son et Le Nouveau Monde sur ces principes, appuyés par la très complète charte Aretha, conçue par l’association contre le harcèlement de rue Mille Sept Sans. En souscrivant à ces règles – dont la formation active des équipes de sécu – les lieux hôtes développent des espaces plus sûrs pour les minorités.

Prendre sa place

Diplômée en travail social et monteuse vidéo, Viviane pense que pour affirmer des identités, il faut parfois passer par l’extrême pour trouver une balance. «Je ne supporte pas cet argument du «on peut plus rien dire». Pour moi, si avant tu pouvais tout dire, c’est que d’autres n’avaient pas la place de parler.» Elle constate un gros travail de conscientisation à l’œuvre. «Aujourd’hui de plus en plus de minorités prennent de l’espace et explique leurs besoins, parce qu’elles n’admettent plus de se sentir écrasée.» Depuis la Grève des Femmes, également membre de l’association nyonnaise afroféministe Amani, Viviane lutte aussi pour que les collectifs féministes soient plus intersectionnels.

Un rictus et les yeux plein d’admiration, Viviane trouve que les 16-20 ans sont «beaucoup plus au taquet que nous au même âge» sur toutes ces questions. «Pendant qu’on galère avec un «iel», ils maîtrisent les x et les pronoms, présentent naturellement leurs moitiés à la maison sans faire de coming-out. Ils disent juste “salut, je sors avec cette personne”. Je trouve ça ouf. La génération Z est absolument géniale.»

Bio express
Viviane Flückiger
32 ans
Monteuse vidéo
Co-fondatrice du collectif Genre Nocturne
Membre du collectif afroféministe Amani

Les autres portraits mis en ligne à ce jour sont sur 360.ch/themes/visibilite-a-360

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