Minorités de genre, minorités sexuelles: mesurer le fossé

Menée au début de l’année par deux chercheuses des universités de Lausanne et de Zurich, l’«Enquête LGBTIQ+ en Suisse 2019» a livré ses premières conclusions.

«Mieux comprendre les expériences positives et négatives des personnes LGBTIQ+ en Suisse», c’est la mission que s’étaient donné Léïla Eisner (Université de Lausanne) et Tabea Hässler (Université de Zurich et Université de Washington). Ces deux chercheuses ont publié récemment un aperçu de leur enquête menée cette année auprès de 1664 personnes de différentes orientations sexuelles et identités de genre.

Issu·e·s de toute la Suisse, les répondant·e·s ont participé à l’enquête de leur propre initiative. Par conséquent, l’échantillon n’est pas représentatif de la population LGBTIQ+ en Suisse, préviennent les auteures dans leur avant-propos. Elles soulignent la difficulté d’entendre les voix des celles et ceux qui ne sont pas lié·e·s à des organisations et qui n’ont pas fait leur coming-out, notamment.

Sous-groupes
Une attention particulière à été accordée aux sous-groupes, formés par les minorités de genre (trans*, intersexes, non-binaires) d’une part et les minorités sexuelles (gays, lesbiennes, bi, pansexuel·le·s) de l’autre, pour identifier des problèmes et les besoins actuels. Cette division permet de mesurer le fossé à combler, notamment en matière de soutien et de lutte contre les discriminations.

Le cercle d’amis représente la première force de soutien à la fois pour les minorités sexuelles (6,3 sur une échelle de 7) et pour les minorités de genre (5,9), devant la scène LGBTIQ+ et la famille. À l’inverse, le milieu scolaire fournit peu de réconfort (3,6/3,3). Plus surprenant: le milieu universitaire en fournit à peine plus – avec une différence marquée entre le soutien perçu par les minorités sexuelles (4,3) et par les minorités de genre (3,4). Le seul milieu où ces dernières semblent trouver davantage d’aide que les minorités sexuelles est celui des Églises et lieux de culte, mais à un niveau très bas (2,8/2,4). C’est cependant dans ce domaine que l’échantillon est le plus réduit.

Au chapitre des expériences de discrimination, ce sont les moqueries qui sont le plus fréquemment ressenties, et ceci dans les deux groupes. Les personnes appartenant à une minorité de genre ont largement plus souvent l’impression de ne pas être prises au sérieux (4,3 sur une échelle de 7, contre 3,7 pour le groupe formé par les lesbiennes, gays et bi), d’être exclues (3,2 contre 2,5) et surtout d’être touchées par la discrimination structurelle (4,6 contre 2,7). On pense notamment aux embûches rencontrées dans les contacts avec les administrations ou aux problèmes pratiques posés les toilettes publiques binaires.

Lieux de discrimination
Ces discriminations sont partout plus fréquentes pour les minorités de genre, en particulier à l’hôpital (3,1 sur une échelle de 7 contre 1,9) et à l’école (3,6 contre 3,2), mais également à l’intérieur même du milieu LGBTIQ+ (2,4 contre 1,7). Elles sont également courantes pour les deux groupes dans les Églises, où ce sont les membres de minorités sexuelles qui se sentent toutefois davantage discriminé·e·s (3,5 contre 3,3).

Les chercheuses concluent qu’en dépit de certains progrès, «les membres de minorités sexuelles et de genre en Suisse sont toujours victimes d’inégalités structurelles, de discrimination et ne se sentent pas pleinement acceptés.» Selon elles, «ces inégalités sont plus prononcées parmi les membres de minorités de genre», qui signalent en outre un bien-être plus bas.

» Lire le rapport «Enquête LGBTIQ+ en Suisse 2019»

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