En 2016, la campagne avait mobilisé les associations LGBT.

Victoire sur le fil dans la bataille contre l’initiative du PDC

Ouf. La Suisse n’inscrira pas dans sa Constitution une définition discriminatoire du mariage. L’initiative tordue du Parti démocrate-chrétien (PDC) a été rejetée, ce dimanche, par 50,8% des électeurs.

On s’est fait peur, mais non: la Suisse ne deviendra le premier pays d’Europe occidentale à bloquer constitutionnellement un futur mariage pour tous, comme l’ont fait certains Etats comme la Croatie, la Hongrie ou la Pologne. Au terme d’un suspense intenable, l’initiative «Non à la pénalisation du mariage» soumise au peuple ce dimanche par le Parti démocrate-chrétien (PDC) a été rejetée par 50,8% des électeurs.

Porté par une forte participation due aux autres objets soumis au peuple et à des élections locales, le «non» s’est imposé au sprint final dans les grandes villes. Près de 70% de non ont été enregistrés en ville de Zurich, 64% à Lausanne, 60% à Berne et à Bâle, 59% à Genève. Toutefois, seuls 6,5 cantons ont refusé le texte du PDC, alors que 16,5 l’ont accepté. Les électeurs des régions rurales et des localités moyennes se sont laissées séduire par un projet apparemment frappé du sceau du bon sens traditionnel.

Définition du mariage
Drôle de texte que cette initiative du PDC, lancée en 2011 avec pour mission de corriger l’«injustice fiscale» dont souffrent, selon le parti, les couples mariés par rapport aux concubins. Leur texte inscrivait l’égalité de traitement dans la Constitution, tout en y adjoignant la phrase qui a mis le feu aux poudres: une définition du mariage comme «l’union durable réglementée par la loi d’un homme et d’une femme». Cet aspect a très vite mobilisé les associations LGBT, qui ont dénoncé une tentative d’interdire préventivement l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Dans les derniers mois, les sondages donnaient une avance très confortable au «oui». Il faut dire que les opposants à l’initiative se faisaient discrets, mis à part la campagne «Avançons ensemble» mise sur pied par les associations homosexuelles.

La direction de campagne du PDC, où de nombreux élus ont exprimé leur malaise face à cette initiative, se contentait de nier mollement toute visée discriminatoire dans son texte, soulignant que la définition hétérosexuelle du mariage était déjà celle du Code civil suisse. A ses côtés, seule l’UDC populiste soutenait le texte. Ces dernières semaines, la gauche et la droite libérale sont enfin passées à l’attaque sur le coût de l’initiative PDC et sur le fait qu’elle profiterait aux classes les plus aisées.

Victoire symbolique
Président du PDC, Christophe Darbellay, a mis sa courte défaite sur le compte d’une «mobilisation des médias» contre son texte. Du côté des LGBT, cette victoire à l’arraché est avant tout symbolique. Un «oui» à l’initiative n’aurait pas été catastrophe, mais elle leur aurait compliqué leur tâche en vue du mariage égalitaire.

«Puisque la pénalisation du mariage ne peut pas arrêter le mariage pour tous, c’est le moment d’exiger l’égalité», a tweeté Michel Rudin, élu bernois vert’libéral. Son parti a déposé en 2013 deux propositions parlementaire pour ouvrir le partenariat enregistré et le mariage à tous les couples. «Maintenant, le peuple peut décider si le mariage doit être ouvert aux couples de même sexe», résume Nadine Jürgensen sur le site du quotidien alémanique «NZZ», «sans que cette question soit attachée à cet emballage fiscal trompeur.»

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