«Être à poil, c’est pas de la tarte»

5 juillet 2006

Des naturistes de tout poil s’expriment à tous crins sur leur rapport à la nudité et racontent quelques anecdotes liées à cette dernière.

Carole, 31 ans
Naturiste par hasard

«Je ne me suis aventurée sur une plage naturiste qu’une seule fois dans ma vie et j’en garde un souvenir mitigé. C’était lors de vacances au Portugal avec deux amis. L’un d’eux est un naturiste chevronné et il nous a attirés sur cette plage sans rien nous dire de sa nature. La plage était longue d’environ dix kilomètres mais il ne fallait marcher que 300 mètres pour arriver là où ça se passait. J’ai eu beaucoup de peine à me déshabiller: c’était une hantise, surtout qu’alentour, il y avait des vieux cochons qui se branlaient leur petit zob. J’ai vite compris que j’étais dans un lieu de drague gay et que mon ami, qui était très à l’aise, s’était joué de nous. Puis je me suis détendue et ça a finalement passé. Il y avait à proximité de là une grotte dont les veines de la roche étaient argileuses. On y allait pour se couvrir le corps d’argile verte. Puis on se séchait au soleil. A la fin, on se baignait et c’était assez drôle de voir ces corps verts craquelés comme des tas échoués sur le sable dont certains continuaient de s’adonner à la branlette. L’argile ok, mais le naturisme, plus jamais ça!»

Gérald, 33 ans
Naturiste inconditionnel

«Comme je n’ai pas les moyens de me payer des vacances aux antipodes ou même dans un pays du sud, je profite de l’été sur les plages de galets au bord du lac Léman. On m’avait souvent parlé des plages naturistes et moi ça m’a toujours tenté. Je vais depuis des années sur la plage de Tolochenaz. J’adore ce lieu d’abord parce qu’ Audrey Hepburn habitait juste à côté et je voulais toujours l’apercevoir. Ensuite, cette petite plage se mérite, car il faut marcher à travers un petit bois pour y parvenir. Sur place on s’installe parmi les roseaux que l’on couche pour former une petite alvéole. C’est un lieu de drague, mais moi c’est rare que j’y rencontre quelqu’un avec qui j’ai envie de baiser. C’est plutôt des échanges sympas, même câlins mais surtout philosophiques. Ouais! Philosophiques…Ce corps qui retourne à la nature. Alors, tu vois, les Bahamas et les touristes, moi, je m’en bats les c…»

Patrick, 46 ans
Naturiste engagé

«Si je me mets nu, c’est sur une plage publique, mais pas là où il y a le plus de monde. Sur les plages, les gens qui s’enferment pour mettre un maillot de bain, ça m’a toujours paru absurde. Se baigner sans maillot, ça n’a l’air de rien, mais tu sens l’eau glisser sur tout le corps. Là, tu te rends compte qu’un bout de tissu peut stopper toute sensation. A l’époque où je faisais des camps de vacances, j’étais toujours le premier à me baigner nu. Il y en avait alors toujours deux ou trois pour me suivre, car quand quelqu’un se baigne nu, on réalise que le maillot, on n’en a rien à faire! Ça libère les gens, c’est une façon de les aider à être bien avec leur corps. J’ai été élevé dans une famille très bourgeoise. La nudité, c’est un moyen de transgresser la règle sociale. A Paris, dans les années 70, j’ai été dans un lycée très bourge, mais aussi très politisé. Il y avait des manifs tout le temps. Un jour, c’était un tel chaos, qu’on s’est amusés à faire le tour du lycée complètement à poil. C’était gratuit et potache! Un défilé cycliste à poil? Ça me tenterait, y a pas de problème! C’est un acte pleinement justifié, qui montre notre vulnérabilité face au trafic automobile.»

Catherine, 38 ans
Naturiste loufoque

«Mes parents ont toujours aimé le contact de la nature. De fait, ils étaient naturistes, et alors que nous étions enfants, ils nous emmenaient, ma sœur et moi, dans des campings ou sur des plages naturistes. Dans la petite enfance, j’étais toujours nue puis quand j’ai atteint l’âge de comprendre et de devenir pudique, la direction des camps naturistes autorisait les enfants qui le désiraient à s’habiller. Être à poil, c’est pas de la tarte! J’ai eu une courte période où j’étais gênée à cause de la puberté. Mais après j’ai eu un déclic et j’ai envoyé valdinguer toutes mes fringues. Aujourd’hui, dès qu’il y a un rayon de soleil, je suis la première à me désahabiller intégralement et à mener une vie en accord avec la nature, une vie telle que mes parents me l’ont apprise. Mais ce n’est pas parce que je suis nue que je veux renoncer à être coquette. J’aime un maquillage soutenu et je change tous les jours de couleur sur les yeux. J’ai une collection de chouchoux et de barettes dans tous les styles que j’assortis à mes chaussures, que je collectionne par dizaines. Dit comme ça, ça peut sembler ridicule…Mais sur moi c’est d’enfer!»

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