Dédié au plaisir, «Mon nom est clitoris»

Deux réalisatrices se penchent sur la partie la moins connue du corps féminin en donnant la parole à une douzaine de jeunes femmes de 20 à 25 ans.

Faire du clitoris un personnage de cinéma, voilà qui n’est pas banal. Mais il faut dire que cet organe ne l’est pas non plus. Aussi grand en moyenne qu’un pénis, disposant de plus de 8000 terminaisons nerveuses qui le rendent extrêmement sensible, c’est le seul organe entièrement et uniquement destiné au plaisir.

Et pourtant, il a été longtemps le grand oublié des études scientifiques et autres traités anatomiques. En fait, ce n’est qu’en 1998 que son anatomie a été correctement décrite.

Du coup, il s’agit de la partie la moins connue du corps féminin. Raison pour laquelle la Française Daphné Leblond et la Belge Lisa Billuart Monet se sont penchées sur ce fameux clitoris, qui ne se limite donc pas à sa tête qui dépasse, cachée sous deux grandes lèvres. Ce petit bouton n’est que la pointe de l’iceberg, vu qu’il se prolonge en profondeur d’environ onze centimètres.

Dans «Mon nom est clitoris», les deux réalisatrices, instaurant un dialogue autour de la sexualité, donnant la parole à une douzaine de jeunes femmes de 20 à 25 ans, d’orientations sexuelles différentes, qui partagent leurs histoires, leurs émois. Dans leur chambre, face caméra, elles racontent leur parcours depuis l’enfance, répondant avec humour, courage et audace parfois teintée d’embarras aux questions des deux cinéastes

Le documentaire met le doigt où il faudrait qu’il soit davantage, comme on peut si justement le lire dans une critique…

À la recherche d’une sexualité épanouissante
Elles rient (et nous aussi) en se souvenant plus ou moins précisément de leurs premières sensations, de leurs explorations aussi tâtonnantes que frustrantes. Toutes sont à la recherche d’une sexualité épanouissante et égalitaire, où se masturber irait autant de soi que chez les hommes, au lieu d’en avoir honte et d’en parler avec gêne sous le manteau.

La démarche des deux auteures s’inscrit à l’évidence dans la lutte pour le droit de la femme, celui d’exprimer ses préférences, de choisir sa/son partenaire, de les multiplier, de se faire du bien toute seule.

«Nous voulons que les choses s’améliorent pour les générations suivantes»

Lors d’une rencontre à Genève, Daphné et Lisa précisent qu’elles ont décidé de tourner leur documentaire après une longue conversation où elles ont parlé de censure autour de la masturbation féminine et de leurs expériences personnelles. Se demandant par exemple ce que l’on fait du clitoris dans la pénétration hétérosexuelle. «On a appris sa taille, son emplacement, sa position dans le corps, son fonctionnement dans la mesure où la partie à l’intérieur réagit aussi. On souhaiterait remplacer l’orgasme vaginal par un orgasme clitoridien interne.»

– Comment avez-vous choisi les jeunes femmes et les avez-vous amenées à se livrer à visage découvert sur un sujet aussi intime?
– Nous aimerions bien nous attribuer le mérite de la persuasion. Mais en fait, nous nous sommes d’abord adressés à des amies et elles ont dit oui assez rapidement. Ce qui n’était dans le fond pas trop étonnant. Nous avons misé sur l’humour et adopté un ton naturel, nous formions une toute petite équipe, nous connaissions un tiers de protagonistes, nous nous débattions nous-mêmes avec le sujet et parfois elles en savaient plus que nous.

– Reste que discuter du clitoris à bâtons rompus demeure souvent tabou en 2019.
– En effet. Mais c’est notamment une question d’âge. Le jour où il faut causer de sexe un peu tard, cela devient difficile. Nous voulons que les femmes ne connaissent plus désormais les mêmes problèmes, que les choses s’améliorent pour les générations suivantes.

– Votre message est politique. Les femmes doivent disposer de leur corps, délivré des contraintes qui continuent à le gérer. Par exemple vous plaidez pour une masturbation égalitaire.
– Effectivement. 60% des femmes déclarent se masturber contre 90% des hommes On parle aussi d’un fossé orgasmique, la jouissance étant atteinte à 95% chez les hommes et à 65% chez les femmes dans les rapports hétérosexuels. Chez les lesbiennes le pourcentage augmente.

Ce premier film où les deux militantes s’adressent à un maximum de gens leur a donné d’autres envies. Si elles ont procédé à un casting, il ne s’agit pas d’un panel suffisamment représentatif. De ce fait, elles ont un projet web, avec de petites capsules vidéo où elles parleraient de toutes les minorités sexuelles.

» «Mon nom est clitoris», à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 octobre.

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