Santé

Violences dans le couple: les personnes LGBTIQ+ pas épargnées

@Sydney Sims on Unsplash

Dénigrement, contrôle, menaces d’outing, mégenrage volontaire, insultes, sérophobie, coups, homicides… La violence touche aussi les couples LGBTIQ+. 360° décrypte les enjeux et propose des pistes de solutions avec Manu, un spécialiste et deux personnes concernées.

Par

responsable de l’association les Klamydia’s

«Violence de couple»

Pour des raisons de simplification, 360° propose de parler ici de violence «de couple» même si cette notion ne reflète pas la diversité des relations affectives et intimes possibles.

«Ça a commencé avec des rabaissements et des reproches. Puis les gifles. Je l’aimais et je n’ai rien vu arriver», raconte Léa[1], femme trans* qui a été en couple avec une femme. Certains stéréotypes ont la vie dure et se heurtent à un impensé lié aux représentations hétéronormées de la violence. L’idée persiste que les couples de femmes[2] seraient doux (aussi dans la sexualité). Plus généralement, les couples de même sexe seraient égalitaires, exempt·e·x·s de domination ou d’emprise, car de force égale. La violence éventuelle serait forcément commise par la personne perçue comme la plus masculine.

Pourtant, le peu de données disponibles parlent d’elles-mêmes: 36% des HSH[3] ont vécu de la violence dans le couple durant leur vie, 7% dans les 12 mois qui ont précédé l’enquête[4]. Côté FSF[5], presque 70% des répondant·e·x·s ont vécu des violences sexuelles. Pour 15% d’entre elles·eux, elles sont survenues au sein du couple avec une partenaire féminine ou un homme trans*. Seul·es 8% ont eu recours à un service spécialisé dans les violences.

L’association Pôle Agression Violence (PAV) propose écoute et suivi pour les personnes LGBTIQ+ qui font face à des violences. Vic est psychologue et répondant au PAV, ainsi qu’à l’association Vogay. Malgré l’explosion des sollicitations pendant les périodes de confinement, il indique que: «Le PAV reçoit peu de demandes d’aide concernant des violences dans le couple et elles sont en lien avec des parcours migratoires. Je suppose que c’est parce que les violences dans le couple restent tabous. De plus, j’ai l’impression que les personnes LGBTIQ+, en raison de leur parcours de vie et des difficultés liées au fait d’appartenir à une minorité sexuelle ou de genre, banalisent davantage les violences qui apparaissent au sein du couple». Manu confirme: «En tant qu’enfant et ado gay confronté au quotidien à un environnement homophobe, j’ai été entraîné à tolérer la violence.»

Vulnérabilités plus grandes pour les personnes LGBTIQ+

La bulle de protection que peut former le couple vis-à-vis d’une société qui peut être LGBTIQ+-phobe ou hétérosexiste peut s’avérer délétère et contribuer tant à une forme de dépendance que d’isolement. Le fait d’appartenir à plusieurs minorités à la fois peut renforcer les mécanismes de domination. Léa* se rappelle: «Elle était tout pour moi. Je ne connaissais personne dans la communauté et elle m’a intégrée dans son cercle d’ami·es. Quand nous nous sommes quittées, j’ai tout perdu.» Le cas de Léa n’est pas isolé. Les ami·e·x·s de la personne agressée sont souvent aussi des connaissances, voire des ami·e·x·s de l’auteur·e·x. L’anonymat est d’autant plus compliqué à préserver que les communautés sont petites, comme c’est le cas en Romandie. La recherche d’aide ou le dépôt de plainte peut s’avérer difficile et signifier devoir s’outer. A cette complexité s’ajoute, pour Manu: «Le sentiment induit par l’auteur que je mérite la violence et donc la crainte de ne pas être soutenu·e par l’entourage», la «minimisation sociale des violences non physiques» et «la honte car la relation n’a duré que quatre mois.» Dans plusieurs cantons, les associations communautaires comme le PAV forment en continu les nouvelles recrues de la police. Cela étant, Vic précise que: «Ces formations ne peuvent garantir que tous·tes les agent·es réagissent adéquatement.» En outre, les foyers d’hébergement ne sont pas tous safe pour les personnes LGBTIQ+ et il en existe très peu pour les hommes confrontés à des violences.

Besoin de données et de sensibilisation

Des données au niveau national permettraient de mettre davantage en lumière ces violences spécifiques, pour autant qu’elles n’alimentent pas de nouveaux préjugés à l’encontre de la communauté. En parallèle, la formation des professionnel·les du domaine (pas seulement la police) doit être renforcée. Selon Manu: «Il est aussi important de sensibiliser les proches qui sont démunis face à ces violences.»

Ressources

En cas de violences, ne pas rester seul·es:

  •         Conseils, écoute et accompagnement: association-pav‧ch
  •         Conseil et information en ligne (aussi pour les personnes ayant recours à la violence): Accueil – Violence que faire
  •         Conseils pratiques (aussi pour les témoins): garance-lgbtiq2019-brochure-v3.pdf
  •         Bilan des blessures et soins: services d’Urgence des hôpitaux
  •         Suivi: Unité de médecine des violences (hôpitaux)
  •         Conseils et mise à l’abri pour les HSH (Genève): pharos-geneve‧ch
  •         Centres LAVI

[1] Prénom d’emprunt

[2] AFAB et femmes trans

[3] Hommes ayant du sexe avec les hommes (AMAB)

[4] Enquête Santé Gaie 2011

[5] Enquête Santé FSF 2019 (femmes ayant du sexe avec les femmes – AFAB et femmes trans)

_________________
21 mars 2022   Thèmes: Étiquettes : , ,

À lire également