Monde Seattle

L’itinéraire fatal d’un jeune gay dans l’Amérique profonde

21 nov. 2020

«Il était spectaculaire, il aurait changé le monde», a déclaré le père de Jason Fox.

Jason Fox, 19 ans, a été retrouvé torturé et battu à mort dans un ranch de l’État de Washington. Alors que quatre jeunes de sa ville ont été inculpés, sa mère se dit persuadée du caractère homophobe du crime.

L’affaire en rappelle évidemment une autre: celle de Matthew Shepard, étudiant gay torturé à mort dans le Wyoming en 1998. Ce meurtre barbare avait bouleversé l’Amérique et poussé le Congrès à légiférer contre les crimes de haine homophobes. Vingt-deux ans plus tard, dans un autre recoin de l’Amérique rurale, le corps de Jason Fox, 19 ans, a été retrouvé enterré dans un ranch du fin fond de l’État de Washington, à la frontière avec l’Idaho. Sa mort remontait au 14 septembre, date de sa disparition. Sa dépouille portait des marques de torture, dont celles de coups mortels à la tête, et ses mains étaient attachées derrière le dos. Quatre jeunes hommes de 24 à 28 ans ont été arrêtés, dont trois ont été inculpés d’enlèvement et de meurtre avec préméditation, entre autres.

Qu’est-il arrivé à Jason, décrit comme un ado fêtard et sympathique, qui comme beaucoup de jeunes de son âge «se cherchait» un peu? Le garçon avait rejoint Newport, petite ville où il avait grandi, après avoir passé quelques temps avec sa mère à Seattle. L’année précédente, il avait fait son coming-out auprès de sa famille, peu surprise par cette annonce. «On a toujours su», assure son père, interrogé par le magazine «Inlander». Auprès de ses copains, dans la petite communauté très conservatrice et conformiste, il avait préféré se présenter comme bisexuel. Il vivait chez son père, jusqu’à ce que celui-ci le mette dehors après avoir appris qu’il avait touché à la drogue – la meth. En attendant de reprendre l’école et de rejoindre son frère dans une ville voisine, Jason était hébergé chez des potes.

«Au cas où il m’arriverait quelque chose»

C’est précisément dans ce cercle de copains que le drame s’est joué. Le soir du 14 septembre, Jason avait été invité à rejoindre plusieurs amis dans un ranch isolé. On lui avait promis que Riley Hillstead, un homme qu’il craignait, ne serait pas là. Mais l’étudiant se méfiait: il avait envoyé un SMS à son cousin avec l’adresse du rendez vous, «au cas où il m’arriverait quelque chose». Jason n’était jamais réapparu.

Les soupçons de la police se sont vite orientés vers les amis de Jason. Ceux-ci ont donné des versions contradictoires de la soirée, se rejetant mutuellement la responsabilité du passage à tabac. Hillstead, identifié sur le lieu du crime, s’est rendu à sa convocation de police en gilet pare-balle, armé jusqu’aux dents. Les enquêteurs n’ont pas communiqué sur les circonstances exactes du meurtre. «J’ai de bonnes raison de croire, et d’autres gens aussi, que Jason a été tué parce qu’il était gay», a déclaré sa mère Pepper Fox, à la chaîne de télé locale KHQ, citée par le site du magazine «Out». Mais la thèse d’un crime de haine n’a pas été retenue, faute de preuve. Le shérif du comté assure toutefois que cette piste «n’est pas complètement close».

Gâchis

Le meurtre laisse la famille de Jason et ceux qui l’ont côtoyé désemparés. «Il voulait devenir infirmier pour sauver des vies», raconte une ancienne prof à «Inlander». «Il se préoccupait énormément des autres.» Un sentiment de gâchis qui n’est manifestement pas partagé par tous à Newport, où le mémorial dressé en hommage à Jason a été récemment vandalisé et barbouillé d’insultes homophobes.

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