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La bourse et la vie

Dans l'Egypte du président al-Sissi, les homosexuels sont rejetés, arrêtés et rançonnés de toutes parts. Leur vie est une dangereuse partie de cache-cache.

Depuis quelques mois, le nombre d’arrestations augmente, de 7 à 12 par mois, avec en prime la possibilité de se faire délester de quelques milliers d’euros. Dans ce pays auto-proclamé plus grand pays du monde arabe, le système judiciaire égyptien n’octroie aucun droit ni dignité à ceux «coupables de perversion». Trouver un avocat est difficile. Peu acceptent de les représenter.

Devant la détresse des familles, une arnaque a pris forme en début d’année. Mohamed, un jeune activiste, explique qu’après une arrestation, un policier extorque à un accusé, sous la menace et/ou les coups, le numéro de téléphone d’un proche. Un homme, en fait l’assistant d’un avocat véreux, s’en servira alors pour prévenir les familles, tout en vantant les mérites de son patron. «Votre fils a été arrêté», informe-t-il. «Il est présenté au juge demain. Vous avez besoin d’un avocat. J’en connais un bon». Il fournit ensuite son adresse et numéro de téléphone. Arrivée dans la salle d’attente dudit avocat, la famille y croisera une femme. Elle pleure. Elle est là pour payer le reste des honoraires à l’homme de loi, «tellement extraordinaire que son fils a été acquitté».

Les proches sont convaincus et accepteront de verser des sommes exorbitantes – pouvant dépasser 45’000 livres égyptiennes (5000 fr. / 4500 euros) – à l’avocat pour organiser la défense de leur enfant. Un avocat qui, de mensonges en subterfuges, s’arrangera pour demander et obtenir toujours plus d’argent sans jamais s’occuper du dossier. «Il est très difficile de convaincre les familles qu’elles ont affaire à un charlatan», ajoute Mohamed. «Encore davantage de les convaincre de nous laisser prendre la suite. Il faut leur assurer de notre engagement réel et de notre silence, car elles ont peur que l’affaire se sache», précise-t-il. Si la famille décide de poursuivre avec l’avocat, dans le meilleur des cas, elle le fera en le menaçant, ce qui l’incitera à venir défendre le dossier en appel. Si elle reste soumise aux caprices de l’avoué, le jeune homme accusé écopera de 3 mois à 1 an de prison.

Chantage
Le 26 juillet dernier, le Grand Mufti du Caire, plus haute autorité religieuse du pays qui interprète la loi islamique sunnite et émet des avis juridiques, a déclaré que «bien que l’homosexualité soit un péché, cela ne donne en aucun cas le droit ni de blesser ni de causer du tort». Et d’avancer que si d’un point de vue religieux, l’homosexualité est inacceptable, il faut respecter les règles du droit de la société dans laquelle nous vivons. Pourtant, les insultes, les passages à tabac et les chantages sont toujours nombreux. Une violence gratuite qui peut rapporter gros. Nader, bisexuel et marié, a dû payer à ses voisins qui avaient découvert sa liaison homosexuelle 17’000 livres (environ 1900 fr. / 1700 euros), pour éviter d’être dénoncé à la police et de «faire honte» à sa famille, qui l’aurait répudié. Un chantage qui a le mérite de prouver que ce recrû des bonnes moeurs sur l’autel de la religion est pour certains moins lié à la morale qu’à une intolérance inassumée et un appât du gain désinhibé.

Et la situation empire. Les étrangers, qui étaient il y a peu de temps encore plus ou moins préservés de ces assauts, et qui sont censés bénéficier d’une loi imposant leur expulsion, peuvent être maintenus en détention et torturés pendant des jours. L’heure est à la répression pour tous. Il y a quelques semaines, un couple de lesbiennes, l’une égyptienne l’autre européenne, a dû fuir l’Égypte précipitamment après la visite d’hommes se revendiquant du «département de la prostitution». Le régime d’al-Sissi veut prouver que les Frères musulmans n’ont pas le monopole de la morale, tout en prônant une uniformisation sociale et politique du pays en faveur de l’armée.

Afin de protéger les personnes citées dans cet article, leurs prénoms ont été modifiés.