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Ils forment les activistes LGBT du monde arabe

Depuis 2010, la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité (l'AFE) encourage et soutient les militants au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Georges Azzi est bien connu de la communauté LGBT au Liban pour avoir été le premier président de l’une des plus importantes association de défense des droits des homosexuels, Helem. Aujourd’hui, il est le directeur de l’AFE, la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité. Un nouveau défi qui a vu le jour il y a maintenant quatre ans. A l’époque, l’idée était de créer un réseau d’activistes LGBT dans le monde arabe. «Mais c’était un peu trop optimiste, ça aurait pu les mettre en danger» reconnaît Georges Azzi.

Aujourd’hui l’AFE travaille avec les mouvements des droits des femmes. «On a décidé de couvrir un domaine plus large. Dans les 22 pays du monde arabe, on a créé des outils de travail et un espace d’échange.» Du Maghreb à l’Irak, des activistes, avocats, journalistes et autres profitent notamment d’un programme annuel de changement social. «Nos outils et nos formateurs sont arabes. On veut travailler de la région vers la région.»

Chaque année, 20 activistes sont choisis pour suivre cette formation répartie en six modules: plaidoyer, réseaux sociaux, planification stratégique et développement, sécurité, éducation sexuelle et santé, justice sociale. A raison de cinq jours par module dans un pays à chaque fois différent, la quatrième année a débuté en juillet au Liban par un module de genre et sexualité. La formation se poursuivra en Egypte, en Tunisie mais également en Jordanie.

Indispensable
Amir Ashour, 24 ans, est un Irakien consultant en droits de l’homme. Il a suivi la formation de l’AFE en 2012. «Ça m’a permis de rencontrer plein de supers activistes de la région. Je suis allé au Liban, en Jordanie et en Egypte avec eux. Pour ma part, le module sur la santé sexuelle était une nouveauté car en Irak on n’a pas d’éducation sexuelle. Ça m’a aidé en tant que personne et en tant qu’activiste même si j’ai dû sortir de ma zone de confort.»
Aujourd’hui, Amir travaille avec des ONG en Irak notamment dans l’aide de groupes vulnérables comme les travailleurs du sexe ou la communauté LGBT. «La formation de l’AFE m’a donné de solides fondations pour ma carrière. Et j’ai pu partager toutes ces informations ensuite avec d’autres activistes locaux.»
Yara (le nom a été modifié pour raisons de sécurité) est une chercheuse libanaise qui était avec Amir en formation. Pour elle aussi, ce fut une réussite. «La formation de l’AFE m’a permis d’ouvrir des portes et a boosté ma crédibilité et mon CV. Ça m’a même aidé à obtenir une bourse pour étudier à l’étranger !»

Demande énorme
L’AFE n’a aujourd’hui pas besoin de recruter activement des élèves. A travers son réseau, elle reçoit chaque année entre 400 et 500 candidatures pour seulement 20 places disponibles. «On cherche des gens avec peu d’expérience mais qui ont une vision. Et pas forcément des activistes» précise Georges Azzi.

Parmi la soixantaine de personnes formées, «50 à 70% d’entre eux sont investis dans la cause LGBT.» Georges Azzi affirme «c’est intéressant de les voir se joindre à d’autres mouvements sociaux et de les voir intégrer le travail LGBT dans des mouvements politiques plus généraux. Après cette formation, 80% d’entre eux ont lancé leurs propres projets.»

«Ça nous prouve que le tabou sexuel et l’homophobie ont été importés de l’Occident.»

En 2012, un centre de ressources a été créé au sein de l’AFE. Dirigé par Nour Nasr, il concerne le genre et la sexualité dans la région MENA. «Notre base de données est publique et accessible à tous gratuitement, en arabe, en français et en anglais.»

Les ressources produites par des activistes, académiques et autres acteurs de la région sont un travail en continu. 1500 documents sont disponibles. «Nous avons des chercheurs dans chaque pays et on est en contact avec les ONGs locales » explique Nour Nasr. Un nouveau département sur des livres anciens en arabe (publiés il y a une centaine d’années) montre «beaucoup d’ouverture sexuelle par le passé. Ça nous prouve que le tabou sexuel et l’homophobie ont été importés de l’Occident. Moi-même en lisant ces textes, je suis parfois un peu choqué» sourit Georges Azzi.

Beaucoup de documents concernent la violence basée sur le genre, les droits de la femme plus que le genre dans sa globalité. «Pour les LGBT, on a pas mal de ressources surtout au Liban et au Maghreb. Mais les pays du Golfe sont sous représentés comme le Yémen ou Oman.» Georges Azzi lâche : « C’est un véritable trou noir dans le monde des activistes.»

Exfiltration
Forte de neuf salariés (7 à Beyrouth, 1 en Syrie et 1 en Egypte), l’AFE est en perpétuel recherche de bailleurs de fonds. Elle ne finance pas les activistes mais elle fait partie du réseau Dignity for all. Dans le cadre du programme sécurité et protection, elle peut réagir en cas de danger. «On demande des infos à l’activiste menacé qu’on vérifie. Puis l’argent vient de Washington et passe par nous pour débloquer la situation.» Évidemment, mieux vaut prévenir que guérir. C’est pourquoi l’AFE distribue un manuel légal aux activistes de la région, adapté à leurs pays. Comment évaluer si on est suivi, comment se défendre, protéger ses informations en ligne, etc.

«En Egypte, plus de 80 personnes ont été arrêtées depuis février, surtout des gays. On a payé une grande partie des avocats» révèle Georges Azzi. Et lorsqu’en Algérie, un activiste gay a été menacé après avoir critiqué le président, c’est encore l’AFE qui a aidé à l’exfiltrer en urgence. Direction: une capitale européenne.