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Beyrouth, le rêve éveillé

Bars, boîtes, soirées… longtemps, la communauté gay de Beyrouth a été un vrai papillon de nuit. Mais plus seulement. Même si le tabou de l’homosexualité pèse toujours lourd dans une large majorité de la société libanaise, les gays et lesbiennes de la capitale se réveillent, et craignent de moins en moins de s’affirmer au grand jour. Par Lucie Geffroy. Photos de Marion Poussier

Un grand drapeau arc-en-ciel s’affiche à l’entrée de Helem («rêve» en arabe), l’association libanaise pour la défense des droits des gays et lesbiennes. A Beyrouth, le drapeau multicolore est introuvable. Celui-ci, patchwork de tissus de vêtements, a été cousu par l’un des membres de Helem. C’est la première bannière arc-en-ciel à avoir flotté en public dans une capitale du monde arabe. C’était un après-midi de mars 2003. Les partis de gauche défilaient à quelques mètres des barbus du Hezbollah pour protester contre l’invasion américaine en Irak. Quant aux militants de Helem, ils s’étaient regroupés sous l’étendard coloré, en bout de cortège. «Ce jour-là, on a franchi une étape importante dans la démarche d’affirmation de notre fierté, estime Georges, le président de l’association. Pour la première fois on a osé se montrer. En plus, globalement les réactions on été plutôt positives.»

Indéniablement, il fait meilleur être homo à Beyrouth que dans la plupart des grandes villes du monde arabe, et que n’importe où au Liban. «Beyrouth, c’est la gay city du Moyen-Orient!» s’exclame Jimmy. Même si l’article 534 du code pénal sanctionnant «tout acte sexuel contraire à la nature» incite toujours les jeunes à dissimuler leurs relations interdites, la communauté homosexuelle beyrouthine devient de plus en plus visible. Diverses ONG et associations soutiennent Helem. Plusieurs reportages sur son action ont été diffusés sur CNN et Al Jazeera. L’Orient-Le-Jour, l’un des plus grands quotidiens libanais, a même récemment condamné les descentes de flics dans les bars gay de la ville. Aujourd’hui l’existence de Helem est donc un fait. Créée en 2001, elle compte une vingtaine de membres actifs et plus de 300 sympathisants de toutes confessions.

Scène
Novembre 2005, un grand gaillard surmaquillé, avec porte-jarretelles et fausse poitrine, se déhanche sur «Like a virgin» au milieu d’une trentaine d’amis homos. La scène se passe au bar-resto le Walimat, lieu privilégié de retrouvailles entre gays, à l’occasion d’une soirée Madonna. Des soirées à thèmes y sont régulièrement organisées de manière informelle et tous les mercredis, pas mal d’homos s’y réunissent. Un peu plus loin, on trouve le De Prague, plus branché et mixte. De fait, c’est surtout autour des boîtes de nuit que la communauté gay de Beyrouth s’organise. Chacune a sa spécificité. «L’Acid (voir encadré) est autant fréquenté par des gays que des lesbiennes, l’X-Orange Mécanique est plus trans, on y trouve aussi des grands mecs musclés qui passent leurs vacances à Ibiza. Et pour les bears, il y a le Woolf », explique Georges.

D’après Joud, étudiant en comptabilité, Beyrouth ne manque pas de lieux de drague. «Pendant la guerre, les gays se donnaient rendez-vous sur la corniche, au bord de la mer. Aujourd’hui encore, beaucoup s’y retrouvent. Il y a aussi une rue dans une zone industrielle de banlieue où les gays viennent en voiture. Ils se font des appels de phare et font l’amour dans leurs bagnoles». «Moi je drague partout, raconte Christian, 24 ans. C’est facile. Tout passe par le regard.»

Discrétion
Mais le lieu de drague le plus fréquenté demeure la toile. Dès 1999, un réseau de jeunes activistes beyrouthins s’est constitué: «Club free». Il permet, via Internet, de se donner rendez-vous pour des soirées, des expositions ou des séances de cinéma tout en gardant l’anonymat. Bien sûr, beaucoup surfent aussi sur les sites de rencontres. «Le Net a clairement facilité la construction de la communauté gay de Beyrouth», estime Georges.
Malgré cela, le tabou de l’homosexualité reste très prégnant au Liban. La société, marquée par le machisme, voit dans l’homosexualité une remise en cause de la virilité. «Ici, la première question que se posent les mères et pères de famille, c’est si leur fils gay est actif ou passif. Ils pensent que si t’es actif, l’honneur est à peu près sauf. Sinon t’es une tapette», souligne Hassan. Néanmoins les réactions de déni, voire de rejet surviennent surtout dans les univers stricts, chargés d’interdits comme le milieu rural, les zones urbaines sensibles ou les milieux religieux. «A Beyrouth, la communauté gay est assez occidentalisée et plutôt favorisée socialement et culturellement. Il y a moins de phénomènes de refoulement que chez les homos qui vivent dans les coins reculés, comme la vallée de la Bekaa», reconnaît Georges.
«Il existe bien une communauté gay, visible, surtout depuis la fin de la guerre, par les sorties, les fêtes, les soirées, le cinéma, le look, souligne Mohamad, en couple depuis trois ans. Mais elle n’a toujours pas de réelle légitimité. Quant aux relations, elles ne se vivent que dans l’intimité. Vous ne verrez jamais deux filles s’embrasser en public ou deux mecs se tenir par la main dans la rue. A Beyrouth, on est encore loin de la gay pride. Très loin!»

Le site de Helem www.helem.net
propose également l’actualité des groupes de gays et lesbiennes
libanais de l’étranger.

Extatique «Acid»

Minuit et quelques, dans la banlieue est de Beyrouth. «My mother is a bitch, my mother is a bitch, why did you fuck my washing machine?» L’Acid, l’une des boîtes gay les plus connues du monde arabe, s’éveille au son de beats crachées par des baffles de trois mètres de haut. Quelques habitués extravertis se déhanchent déjà sur les deux gros promontoires qui surplombent la piste de danse. En contrebas, des dizaines d’hommes se toisent, se jaugent et se rapprochent. Dans un coin, deux garçons serrés l’un contre l’autre sirotent ensemble une vodka-Seven up. Il y a beaucoup de filles aussi – c’est gratuit pour elles avant minuit – qui s’aguichent sous les mines dépitées des hétéros venus tenter leur chance. Le bar, un arc de cercle de plus de plus de 30 mètres de long disposé devant une tapisserie de bouteilles d’alcool ne désemplit pas: ici c’est open bar jusqu’au petit matin (l’entrée est à 20 dollars).
2h. L’excitation monte. On danse les yeux fermés, seul, à deux, à trois ou à quatre. On se frôle, on se touche mais sans jamais s’embrasser. Les trop démonstratifs savent que les gars de la sécurité sont là qui veillent. Car officiellement, l’Acid n’est pas gay (!) et a sa réputation à tenir…
3h le DJ passe brutalement à la musique orientale. Une folie s’empare alors de la l’assemblée: 500 personnes se trémoussent dans un même mouvement qui semble trahir une immense frustration sexuelle collective. Dehors, quelques uns discutent entre eux. Ils reposent un instant leurs tympans avant de replonger dans l’arène. L.G.

Robin Hood, la rebelle

Elle porte un petit tatouage entre le pouce et l’index, symbole de la déesse carthaginoise de la féminité. Robin Hood (c’est son pseudo, elle préfère taire son vrai prénom car elle a promis à sa mère de rester discrète sur son homosexualité) est considérée par certains comme «la cheftaine des lesbiennes à Beyrouth». Quand on lui dit ça, elle éclate de rire. Et rectifie: «Disons que je ne le cache pas. Je n’ai jamais eu de problèmes avec ça. A l’université tout le monde le savait. C’est tout.» N’empêche. Entre autres faits d’armes, Robin Hood, 27 ans, apparaît en couverture d’un magazine publié par Helem. L’image, très sensuelle, la montre le visage posé sur l’épaule nue d’une femme. Même si seuls ses proches peuvent l’y reconnaître, l’audace n’est pas passée inaperçue dans une ville où la communauté lesbienne est particulièrement invisible… Robin Hood raconte qu’elle a éprouvé très tôt une attirance pour les filles. «A quatre ans j’ai été fascinée par une femme, blonde, habillée d’une robe de mariée.
A 15 ans, j’ai flirté avec une prof de 10 ans plus âgée que moi. J’ai commencé à réaliser que j’étais lesbienne, et vers 17 ans j’ai fait mon coming out auprès de mes amis.» Pour elle, être lesbienne à Beyrouth n’est pas un souci. «Ma mère s’est mariée tard, donc je n’ai pas la pression du mariage. Et puis, en tant que filles, on peut se cacher plus facilement.» Diplômée de l’Ecole des Beaux-arts, Robin Hood travaille comme photographe indépendante, VJ et graphiste. C’est une femme libre. L.G