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Sandor: «Je veux prendre cette place et expliquer moi-même les choses»

Sandor: «Je veux prendre cette place et expliquer moi-même les choses»
Sandor. Photo par Olivia Schenker

Début janvier, nous avons eu le plaisir de rencontrer Sandor lors de sa résidence aux Docks de Lausanne. Entre deux répétitions, nous avons échangé avec elle sur son nouvel album, La Médaille, et découvert en exclusivité quelques minutes de son nouveau spectacle. 

Après la sortie de plusieurs singles en 2022, on attendait avec impatience le retour de la chanteuse lausannoise d’origine valaisanne et jurassienne. Revoilà Sandor avec un album aux textes percutants et poétiques, le tout accompagné de sons synth-wave et électriques, on adore! 

Sandor, on peut dire que l’année commence fort pour toi, avec la sortie de ton album le 3 février. Quel goût gardes-tu de 2022? 
2022, pour moi, ç’a été l’année de la renaissance, du retour à la vie et à la joie. J’ai passé beaucoup de temps en studio, sur les tournages pour les clips ou encore à faire des shootings photo pour l’album. En fait, toute cette partie qui vient après la composition, c’est une partie que je trouve très amusante et festive, car elle se passe dans le partage. Du coup, ç’a été une année de grandes rencontres, notamment avec mes deux agentes de chez Inouïe.

Comme tu le dis, la production d’un album est un travail de longue haleine, comment te sens-tu à quelques jours de sa sortie? 
Je me sens super heureuse, mais aussi impatiente, car je me sens prête et en confiance. Je me sens portée par mon équipe. Ce que j’attends le plus, c’est les retrouvailles avec le public, même si c’est quelque chose que j’appréhende aussi. 

On a été totalement emballées par ton single La Médaille, ce titre donne envie de se lever et de danser, peux-tu nous parler un peu plus de ce titre?
C’est exactement ce sentiment-là que j’avais envie de faire passer. La Médaille, je l’ai écrite suite à l’acceptation du mariage pour tous·tes·x en Suisse. Je l’ai vécu comme la fin d’un combat, même si je sais qu’il en reste beaucoup d’autres à mener. Mais j’avais l’impression qu’on pouvait lâcher un peu de lest. Ça fait tellement longtemps qu’on l’attendait, du coup quand il est passé, j’avais juste envie de prendre tous·tes·x mes ami·e·x·s dans mes bras. C’était une explosion de joie!

Dans tes textes et tes choix de collaborations, on sent ton engagement et l’envie de faire passer des messages? Est-ce le cas?
Dans mon premier album, j’ai beaucoup parlé d’amour, de rupture amoureuse et de monde intérieur. Cet album-là explore le rapport au corps, à soi et à l’image qui passe souvent par les réseaux sociaux. C’est le thème majeur de l’album, et forcément, ça m’a ramenée à ma propre queerness.
Ensuite par rapport au choix des personnes qui seront sur scène, c’est une autre histoire. Les tournées, c’est éreintant. J’avais besoin d’un confort jamais eu jusque là. J’ai toujours eu la chance d’être avec des personnes bienveillantes autour de moi, mais là, j’avais besoin de me sentir en famille, de ne plus avoir à expliquer ou justifier certaines choses.
Les moments de scène, c’est quelque chose d’hyper intense, que ce soit avant, pendant ou après. Il y a des moments de joie et des moments durs, avec beaucoup de pression et je me réjouis de partager ces moments avec Virgile Bosco à la batterie et Vincent Bossy au synthé.
Pour ces mêmes raisons, j’ai aussi choisi de travailler avec des personnes queer pour la création. Que ce soit Vincent Bossy pour les arrangements et la production de l’album, Olivia Schenker, la photographe qui a réalisé la photo de couverture de mon album, Lara Défayes qui a géré la direction artistique de mon image ou encore le collectif Hot Hot Love pour mes clips. C’est important pour moi d’être comprise et de collaborer avec des gens qui regardent dans la même direction que moi.

Comment te perçois-tu en tant qu’artiste lesbienne aujourd’hui? Quelle place veux-tu prendre?
En fait, dans ma musique, dès le premier EP, au centre de toutes les questions, il y avait la question de la sincérité, que ce soit dans la musique ou dans les textes. Mon homosexualité, ça fait partie de moi et ça fait partie de ma démarche, de ma sincérité.

Est-ce que tu penses qu’il y a eu une évolution sur la façon dont tu te représentes?
Au début de ma carrière, je ne me suis jamais cachée de ma queerness dans les médias, mais c’est clair que c’était peut-être un peu plus codé dans mes chansons. Tu Disais, par exemple, est genrée au masculin, car c’est un texte dans lequel je me questionnais sur le rapport à l’expression de genre au sein d’un couple lesbien, mais ça n’était pas explicite. 
En fait, je crois que j’ai lâché un truc par rapport à mon image. Ces dernières années, il y a un changement positif global sur la représentation lesbienne dans les médias, dans les films et dans la musique. C’est un sentiment très empouvoirant et libérateur. J’ai eu la chance de collaborer avec mes amies Christine Gonzalez et Aurélie Cuttat pour leur podcast Voyage au Gouinistan, qui parle de la culture lesbienne en Suisse romande. Elles m’ont demandé de créer la musique de leur générique (qui est ensuite devenu le single Amour Propre). Je n’ai pas hésité une seule seconde à me joindre à ce projet génial. J’ai l’impression que globalement, les lesbiennes ont moins peur, elles n’ont plus besoin de se justifier et sentent qu’elles ont le droit d’exister, et surtout, elles sont très fières! Il y a aussi la pochette de mon album, cette médaille avec le cordon aux couleurs du drapeau lesbien, c’est une victoire pour moi! Il y a cette envie aujourd’hui d’être au premier rang, je veux prendre cette place et expliquer moi-même les choses.

Tes deux singles Amour Propre et La Médaille ont été accompagnés de clips où tu occupes le premier rôle. On n’avait pas l’habitude de te voir au premier plan. Est-ce que Sandor a trouvé sa place avec ce nouvel album? 
Oui, il y a quelque chose de cet ordre. Étonnamment, dans le premier album, je parle de choses extrêmement intimes mais je ne me montre pas. Dans ce deuxième album, je me suis plutôt ouverte sur le monde.
Quand j’ai commencé à collaborer avec le duo Hot Hot Love pour les clips, iels m’ont directement proposé de me challenger avec mon image. C’était en fait une continuité évidente de la thématique de l’album. On a réussi à mettre en place un système de confiance, ce qui a fait en sorte que je me suis sentie portée par leur vision. Je suis très fière du résultat de ces deux clips tournés à Londres.

On te retrouve aussi sur cet album dans une chanson beaucoup plus calme et intime, Les Peupliers, qu’est-ce que ce titre raconte de toi?
C’est un titre très spécial. Je me suis demandé s’il avait sa place sur l’album tellement il est différent des autres titres. Ce titre est une lettre adressée à mon père, qui n’est plus de ce monde. C’est beaucoup de mots qui parlent de mon enfance, du climat dans lequel j’ai grandi. Avec ce texte, c’est comme si je jetais une bouteille à la mer. 

Que peux-tu nous dire sur ce nouvel album?
Cet album est très différent du premier, il y a comme une urgence de faire passer des messages, du coup on le ressent dans le tempo, c’est beaucoup plus rapide, on sent que je passe à une vitesse supérieure! 

On en parlait dans l’intro, tu nous prépares un tout nouveau show pour le vernissage de ton album, à quoi le public peut-il s’attendre? 
Je pense que les personnes qui m’ont déjà vue sur scène pourront se rendre compte que je me suis libérée de beaucoup de choses, notamment de ma guitare (rires). Cette liberté va me permettre d’être beaucoup plus mobile, de prendre l’espace. J’ai envie de quelque chose d’explosif, que les gens chantent, sautent et dansent! J’espère que vous êtes prêt·e·x·s!

Vous retrouverez Sandor le 4 mars à Lausanne, sur la scène des Docks, en co-plateau avec l’artiste française Corine.