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Andy Warhol par lui-même

Andy Warhol par lui-même
Teasée depuis fin février 2022 sur Netflix, la série documentaire Le Journal d’Andy Warhol, produite par Ryan Murphy, revisite la vie de l’artiste superstar du pop art à travers l’angle peu connu de sa vie sentimentale.

Que dire de plus qui n’a pas déjà été dit à propos d’une célébrité hors normes incarnant à elle seule toute une époque? C’est le pari relevé par Ryan Murphy en s’attaquant à Andy Warhol. Figure totem du pop art, l’artiste prend bien soin de son vivant de garder le voile sur sa vie privée, longtemps restée une énigme. Le Journal d’Andy Warhol fait d’emblée le choix d’en dévoiler la part la plus intime: les hommes de sa vie. Qui de mieux placé que Warhol himself pour narrer son incroyable existence? Brillamment reproduite à l’aide d’un logiciel d’intelligence artificielle, sa voix invite à l’immersion dans les méandres de son âme. Entre le portrait romancé et l’autoportrait fantasmé, le format du documentaire est hybride, totalement sur mesure pour le portraitiste superstar des superstars.

Fervent catholique et demi-Dieu cathodique

En avance sur son temps de plusieurs décennies, Andy Warhol prophétise que tout le monde connaîtra ses 15 minutes de célébrité, et ceci bien avant la téléréalité et les médias sociaux. Il en sait quelque chose puisque son niveau de célébrité est du même rang que certaines têtes couronnées, comme Marie-Antoinette ou Lady Diana Spencer. Comme sur elles, on pense tout savoir sur lui. Scanner humain de son époque, rien n’échappe à l’œil aiguisé de l’albinos hirsute régnant sur les beautiful people des années 70 et 80. De toutes les parties les plus décadentes au célèbre Studio 54, celui qui se rêve réincarné en machine se dit asexuel. Aucun scandale sexuel étalé dans les médias. Encore moins de relation amoureuse connue. Entre lui et le monde qui l’entoure, le Polaroïd qu’il trimballe partout semble faire rempart. Ce qui n’empêche pas le fervent catholique d’immortaliser quelques torrides sessions de baise entre mecs, mettant en scène Victor Hugo* et ses partenaires pour la série sérigraphiée d’anthologie Sex Parts and Torsos en 1977.

Les deux hommes de sa vie

Le récit s’inspire du journal intime de l’artiste décédé à l’âge de 58 ans le 22 février 1987 à New York. Rédigé à la première personne, le pavé paru en 1990 dissèque jusque dans les moindres détails les interactions quotidiennes de Warhol depuis 1976. En filigrane, entre ses discussions dictées chaque matin par téléphone à son amie et collaboratrice Pat Hackett, on décèle notamment les dessous de la relation complexe qui le lie à «sa» découverte, Jean-Michel Basquiat. Mais le fil rouge du documentaire se trame autour des deux hommes qui ont vraiment compté pour lui. A commencer par Jed Johnson, le designer d’intérieur que la jet-set internationale s’arrache et qui ne supporte pas de voir son amoureux s’étourdir dans des soirées décadentes. Vingt ans plus jeune que lui, le beau gosse finit par le quitter après douze ans d’un amour intense, selon les proches de Warhol. C’est que, sous ses airs d’androïde et ses perruques platines, l’artiste cache un cœur de midinette. En date du 16 avril 1981, il déclare dans son journal: «Et puis je décide que je devrais essayer de tomber amoureux, c’est ce que je fais maintenant avec Jon Gould, mais c’est trop dur. Je veux dire, tu penses constamment à une personne et c’est juste un fantasme, ce n’est pas réel, et puis ça devient tellement compliqué, tu dois le voir tout le temps, et puis ça finit par être un travail comme un autre, alors je ne sais pas. Mais Jon est une bonne personne dont il faut être amoureux parce qu’il a sa propre carrière, et je peux développer des idées de films avec lui, tu sais? Et peut-être qu’il peut même convaincre Paramount de faire de la publicité dans mon magazine Interview. Mon béguin pour lui sera bon pour les affaires.» Le goldenboy a 25 ans de moins que son amant. Leur relation est compliquée, surtout que le jeune directeur de Paramount Pictures souhaite la garder secrète par crainte de porter préjudice à sa carrière. Leur rupture en 1985 est une tragédie pour Andy Warhol. Il meurt deux ans plus tard à la suite d’une opération de la vésicule biliaire, soit quelques mois après la mort de Jon Gould à l’âge de 33 ans, survenue le 18 septembre 1986. Atteint du sida, il n’avait  jamais révélé sa maladie à personne jusqu’à la fin.

* L’amant du créateur de mode américain Roy Halston, à ne pas confondre avec le romancier français du XIX e siècle, auteur des Misérables.