So fille, comme SOPHIE

Artiste à haute teneur addictive et hypnotique, SOPHIE est la parfaite popstar contemporaine: productrice, chanteuse, compositrice et DJ, elle irradie tout sur son passage.

SOPHIE s’écrit en capitales. Une particularité typographique qui la démarque des autres Sophie. Débarquée d’on ne sait où sur nos écrans, SOPHIE est un ovni. Elle le sait et protège son aura pour se préserver des sirènes du showbiz. Pommettes saillantes, crinière incandescente, son faciès de diva ultra glamour transcende le chaos ambiant en une sorte de paradis terrestre où la foudre succède à l’arc-en-ciel.

La mode, immortel vampire avide de sang nouveau, n’a pas tardé à tenter de s’approprier son magnétisme. En témoigne le défilé de clôture de la Fashion Week de Paris début octobre, pendant lequel Louis Vuitton projetait le clip «It’s Okay to Cry» de l’artiste comme toile de fond de son show. Rare en interview, elle ne cultive pas son mystère à des fins de marketing à contre-courant, elle l’entretient, tout simplement. SOPHIE s’exprime avant tout à travers sa musique. Le reste lui appartient.

À travers son art, elle expérimente, triture, défie la technologie avec des beats d’avant-garde et des sons synthétiques ne craignant ni le kitsch, ni les mélodies accrocheuses. Sons expérimentaux et électro hyperkinetic Quelque part, SOPHIE renoue avec les figures féminines pionnières de la musique électronique telles que Delia Derbshire, Wendy Carlos – elle-même artiste transgenre – ou Laurie Anderson.

Tout comme ses aînées, l’artiste se sent bien plus à l’aise à tester des sons face à ses écrans entourée de claviers que dans les extravagances de la pop. Malgré tout rattrapée par sa propre gloire, elle ne coupe pas à certaines mondanités, comme aux Grammy Awards où elle est nommée pour l’album électronique de l’année avec son disque «Oil of Every Pearl’s-Un-Insides» en février 2019.

Répondant poliment aux questions des journalistes américaines aux voix nasillardes avant le show, SOPHIE dévoile cette classe souvent attribuée à la culture anglo-saxonne, signe des plus grand·e·s, tel.le.s que le romancier irlandais Oscar Wilde. Triant au peigne fin les médias auxquels elle accepte de parler, SOPHIE incarne pourtant la parfaite popstar contemporaine, dans la continuité du meilleur de David Bowie et Madonna réunis.

La musique dans les veines
Dans une autre vie, SOPHIE s’appelait Sophie Xeon. Avant de devenir la figure de chanteuse compositrice transgenre qu’elle est aujourd’hui, elle produisait dans l’ombre les plus grand·e·s, tels que Charli XCX, Kendrick Lamar et justement, Madonna sur son hit survolté «Bitch I’m Madonna», unique morceau rescapé de son naufrage artistique Rebel Heart en 2015.

Toujours à l’affût des talents en résonance avec ses pulsions créatives, Lady Gaga a recruté SOPHIE pour participer à son sixième album studio, dont la sortie est prévue prochainement. La musique, SOPHIE est littéralement née dedans. Son père partage et lui transmet sa passion pour la musique électronique dès son plus jeune âge. Quand elle ne l’accompagne pas dans des raves à Glasgow, elle compose sur le clavier qu’elle a reçu pour son anniversaire. Elle n’a que deux ans pendant le fameux Summer of Love de 1988, qui voit l’apparition de l’acid house en Grande-Bretagne. Toute une époque, celle de The KLF et Bomb The Bass.

Hymne aux diversités
Quelques années plus tard, elle sort ses premiers singles «Bipp» (2013) et «Lemonade» (2014) sans montrer son visage. Il faudra attendre 2017 et la sortie de son clip «It’s Okay to Cry» pour la découvrir et mettre ainsi fin aux spéculations sur son apparence physique. Ajoutant une dimension céleste à l’ultime scène du dernier épisode de la récente mini-série des «Chroniques de San Francisco» sur Netflix en 2019, sa chanson s’est transformée en hymne aux diversités, comme un kaléidoscope fantastique.

À propos de sa transition, elle explique au magazine «Paper» en 2018: «C’est une prise de contrôle qui amène le corps à ne plus combattre l’âme et l’esprit pour survivre. Sur cette terre, on peut se rapprocher de notre véritable essence, sans plus subir les pressions sociétales de devoir jouer certains rôles traditionnels basés sur le genre.» Intrinsèquement inscrite dans sa musique, l’empreinte de sa vie personnelle rend son art technologique encore plus férocement ancré dans son époque.

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