«José» de Li Cheng (Guatemala)

Avoir 20 ans à Black Movie

Insolente, la jeunesse homosexuelle et transgenre crève l’écran dans quelques pellicules de l’édition anniversaire du Festival Black Movie. Et ce n’est pas la première fois.

XX. Les lettres capitales crissent dans la bouche. Elégantes, elles jurent surtout contre le stratus de janvier sur l’affiche anniversaire orange argentée du Festival Black Movie, passeur de films indépendants à Genève depuis 1999. Black Movie a 20 ans. L’énergie de la jeunesse et la maturité du savoir-montrer.

En deux décennies, le rendez-vous a eu tout loisir de faire ses preuves en travaillant une ligne artistique claire, suivant de fortes signatures fictionnelles ou documentaires. Ses assemblages thématiques imagés se font volontiers les échos des états capricieux du monde.

Décloisonnement
Le festival œuvre aussi depuis ses débuts au décloisonnement des narrations et des esthétiques. Les subjectivités LGBT+ s’y invitent régulièrement – pas toujours au premier plan d’ailleurs – témoins en creux de l’évolution des représentations de la diversité des genres et des sexualités. Irréductibles à leur seule identité sexuelle, elles ont leur place comme protagonistes d’histoires plus larges, résolument humaines quand bien même on voudrait les déshumaniser, voire les supprimer.

Disséminer ces trajectoires, ces transitions, dans l’ensemble de la programmation, soutient que les récits des minorités sexuelles, racisées, ou des délaissés de l’économie mondialisée, regardent frontalement tout le monde. Bien souvent ces enjeux s’entremêlent pour former le nœud du film, comme ce fut le cas lors d’éditions passées consacrant des sections entières aux lgbt+.

Pour l’édition 2019, quatre tranches de vie questionnent la possibilité de vivre aujourd’hui sa sexualité ou son genre dans la dissidence, quelque part en Roumanie (Several Conversations About a Very Tall Girl), au Guatemala (José), en Argentine (Marilyn) et en Géorgie (Prisoner of Society).

Chroniques de l’enfermement
Un placard reste lourd à déplacer. En 2018, en sort-on plus aisément? Tout dépend d’où l’on regarde. Entre phobies systémiques de la différence et peurs intériorisées du devenir soi, les protagonistes des films les plus pink de cette édition sont avant tout férocement jeunes. Ils incarnent un désir brut de liberté. Mais on le leur sape quand ils ne se sabotent pas tout seuls. Ils cherchent.

C’est le cas avec José. Dans des scènes d’une sensualité folle, le personnage-titre vit clandestinement sa sexualité avec Luis, mais n’arrive pas à fuir le bled pour vivre plus librement cette relation. Tiraillé, il ne peut se résoudre à laisser sa mère seule avec qui il forme un couple économiquement contraint, à l’ombre d’un énième père absent.

Dans Marilyn, une autre mère, argentine celle-ci, coupe son fils Marcos du monde extérieur, non seulement parce qu’il vibre pour le même sexe, mais parce que Marilyn à ses heures, il s’attire toutes sortes de discriminations. Et la sévérité des normes s’exprime en premier lieu chez les siens.

Petite forme radicale
De la question de la famille, le film géorgien de Rati Tsiteladze, Prisoner of Society, fait son affaire dans un pamphlet éloquent contre la transphobie, entre l’intime et le national. Une petite forme radicale. Dans Several Conversations About a Very Tall Girl, l’une assume, l’autre en crève d’envie. Mais l’asymétrie sentimentale de ces deux jeunes Roumaines rythme un récit intimo-réaliste qui ne manque pas de charme, sur les relations à l’ère numérique.

Si nos outils de rencontres sont démultipliés, l’accélération facilite-t-elle pour autant l’acceptation de soi lorsque l’on a 20 ans? Vivre et laisser choisir Pour célébrer ses deux X, comme pour mieux se sentir entouré des cinéastes qui lui ont changé la vie, le festival donne carte blanche à des réalisatrices et réalisateurs aimés et loyalement suivis depuis leurs débuts. Ainsi Carlos Reygadas, Amat Escalante, ou encore Apichatpong Weerasethakul, proposeront un de leurs films fétiches, toutes époques et formats confondus. Une autre invitation programmatique sera donnée à Edouard Waintrop, qui a puisé dans des coups de cœurs personnels de ses années passées comme directeur de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes. Et si les touches asiatiques et africaines du festival sont indéniables, la programmation continue d’observer avec acuité dans tous les recoins du globe. Et dans ceux de la fête. Ce qui n’aura pas échappé à 360° Fever.

» Festival Black Movie 20e édition, du 18 au 27 janvier. Plus d’infos: blackmovie.ch
» Table ronde autour des films lgbt+ le samedi 19 janvier à 19h, Fonction: Cinéma.
» 360° Fever au lieu central, Cercle des bains, le samedi 19 janvier de 20h à 4h.

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