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Mise au jour pour pianiste de nuit

Le Suisse Léo Tardin, arpenteur de claviers et leader de Grand Pianoramax, s’offre un premier album solo en forme de journal intime, à fleur de voyages et de rencontres, écloses ou éphémères. Vernissage au Cully Jazz.

Longtemps, en aristocrate nocturne, il a mis sous ses doigts prodiges et versatiles les battements du club et les ordonnances du groove. Ce quant-à-soir porte un nom, Grand Pianoramax, et les blasons de ce trio hors-cadre font converger depuis 10 ans la frappe d’une batterie post-moderne et le haut-verbe d’un rap cousu main autour de claviers tout en orbites électroniques. Longtemps, Suisse en vadrouille par New York et Berlin, Léo Tardin a chaussé ses mains de maître à pulser pour rendre à l’obscurité et à la chaleur des diodes leurs lettres de noblesse. A Londres, Mumbai ou Istanbul, minuit a ses libertés, ses masques, ses exigences: Grand Pianoramax en a fait son amplitude, son architecture et sa pleine conscience. Les songes de Léo Tardin, eux, sont restés des secrets à contre-nuit. Longtemps.

Ils ont dormi sur des coins de piano rencontrés au hasard. Au creux du studio ou des solitudes de midi. Aux heures de vague-à-l’âme, d’extases en voyage, d’émotions perchées. Léo Tardin: «Je porte ce projet solo en moi depuis de nombreuses années. Simplement il appartenait à ma sphère privée. C’est un processus créatif spontané, plus immédiat qu’avec Grand Pianoramax: je m’assied à l’instrument, chez moi ou dans des lieux de passage, je pose mon humeur dans un enchaînement d’accords ou dans une ligne mélodique. Je les avais gardés pour moi jusqu’ici.»

Mélanc olie luxuriante
Jusqu’à «Dawnscape», album bercé par la fragilité des bonheurs qui filent au petit matin, des rencontres volées, des sourires en mémoire. Neuf tracks, neuf facettes d’un piano devenu carnet d’esquisse, surface de noir et de blanc où tracer les confidences polychromes des corps promis, des souffles courts et des étés dans la peau. Vernissage prévu début avril, sur la scène du Cully Jazz Festival.

«J’aime tomber amoureux et cela m’arrive souvent, dit Léo Tardin. Des gens, des villes, des moments. Ce sont des déclics, des ouvertures sensorielles qui me mettent dans un état propice à faire surgir la création.» Au fil de «Dawnscape» se devinent la grâce et la beauté d’un face-à-face anonyme et silencieux le temps d’un trajet en train. Ou la saveur de juillet ou d’août, goûtés jusqu’au bout, parcourus en tandem, avant la séparation et un départ pour l’étranger. Et encore la vie comme on flâne, et comme elle se reflète dans les pavés blancs cassés de Lisbonne, mélancolie luxuriante d’une ville où la lumière semble posséder d’autres densités. «C’est intéressant de constater que j’ai souvent composé les albums de Grand Pianoramax l’hiver, en milieux très urbains, New York ou Berlin. «Dawnscape», au contraire est un album mûri par la belle saison.» Entre 2002 et 2011, Léo Tardin se perd régulièrement entre les collines de Lisbonne, pour travailler avec la chanteuse Paola Oliveira. «C’est comme si le temps n’y avait pas d’emprise. Cet exotisme, qui est aussi celui de l’Afrique, des anciennes colonies de l’Angola et du Cap-Vert, le lien avec le Brésil, les garçons qui marchent guitare au dos, le soir qui brûle sur les hauteurs d’Alfama, tout cela peut se lire en filigrane dans le travail en solo.»

Emotions au grand jour. Solo mis à nu. Léo Tardin a accepté ce pacte. Il a voulu cet album taillé au plus près, rendu à l’essentiel, loin des circonvolutions d’un certaine linguistique improvisatoire que l’on joue avec la tête froide et les doigts sulfurisés. Jazz perché, ré-appropriation du song-writing mainstream et fulgurances lyriques, «Dawnscape» est une constante échappée belle. «Exprimer la sérénité, la clarté, dans toutes leurs nuances, c’est mon exigence. Je n’ai aucun problème à métisser les voicings de la folk et l’évidence de la pop avec un jazz ouvertement mélodique. Je me sens proche de Carlos Jobim, de Nick Drake ou de Leonard Cohen, tout à la fois. Ce projet m’a appris à aborder mon ressenti de manière plus directe.»

Aux confins de l’album frissonnent aussi les harmonies miroitantes de l’impressionnisme, ce courant propre à la France du jeune XXe siècle, quelque part entre orchestration à la Koechlin, mélismes ravéliens et orientalismes debussystes. Une musique à fleur d’eau, un piano au bord de l’aube, comme la réminiscence d’une aurore lémanique, rêvée non loin de Montreux et de son festival de légende, où Léo Tardin remportait le premier prix de l’International Piano Competition, une décennie et demi en arrière. «Ce titre, «Dawnscape», c’est la contraction de dawn («aube») et landscape («paysage»), confie Léo Tardin. Comme une volonté de s’immerger dans la fragilité du jour qui bascule, de saisir la nuit évanouie, de mettre en espace l’instant, l’éphémère, la lumière. La musique a cette force.»

Léo Tardin, «Dawnscape», disponible le 28 mars. Vernissage le 6 avril à 16h au Cully Jazz.