Chroniques Chants nocturnes

Au Jour le Jour

29 juillet 2020

Autoportrait d’après Pisanello: Portrait d’une princesse d’Este

Monde à l’envers, tourne de travers, tout à reprendre une maille à l’endroit une maille à l’envers. Envie de dire la couleur du vent, de sentir sur ma peau la douceur de son souffle. Envie de dire les sons de l’onde, de me laisser glisser dans le courant. Envie de goûter aux voluptés de l’heure bleue, infiniment.
«À mon Seul Désir» (extraits)

À l’heure de cet été qui commence, une simple question, que j’imagine, de moi à toi, de toi à moi. Toi que je n’ai vu-e que virtuellement, depuis longtemps maintenant, confiné-e-s que nous étions, plus ou moins sévèrement. Comment vas-tu? Comment as-tu traversé, traverses-tu encore, ces événements? Es-tu, comme moi, fatigué-e nerveusement par ce retour à ladite normalité, sa frénésie, ses hurlances, ses vrombissements? Te dit-on aussi que c’est ta perception qui a changé, que c’est évident, que c’est comme avant, que tu as trop goûté aux voluptés de ce ralentissement, aux chants d’oiseaux, à l’air limpide, à ces ciels si bleus, à ces paisibles instants? Avais-tu alors pensé que le Monde freinerait sa course, ne pourrait la reprendre comme avant? Qu’il allait changer, forcément? Et moi, l’avais-je envisagé? Pas vraiment. Même pas du tout, à aucun instant. Observant les humaines manières depuis longtemps maintenant, aucune illusion rassurante de ce genre n’a habité mon esprit. Il m’était doux ce temps de confinement, abstraction faite des chagrins, des pertes, des annulations d’événements, du manque de ces magiques instants que je partageais avec toi quand je montais sur scène. Ma nature autistique a repris le dessus et je peine à rejoindre ce Monde et ce que ma chair perçoit, ressent, comme une intrusion violente. Dès mon apparition dans l’humaine société, dès que mes yeux se sont ouverts sur ses pratiques, j’ai réalisé qu’il me faudrait, au même titre qu’une étrangère hors de sa terre natale, m’adapter à d’incessantes contraintes. Mais j’avoue humblement qu’en ces temps je peine. Et pour toi, est-ce le cas ou est-ce tout à fait différent?

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