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Première pilule contre l’ennui

Trop rapidement classé dans la catégorie «porno-trash», le premier roman de la jeune fribourgeoise Isabelle Flükiger propose une réflexion autour de la prostitution. Il va cependant bien au-delà et laisse augurer une belle carrière littéraire

Avant d’être une écrivaine qui saute d’interview en émission de télévision, Isabelle Flükiger, 24 ans, est une étudiante en sciences politiques à l’Université de Fribourg. Et s’il s’agit de son premier roman publié, elle a su s’appuyer sur une expérience littéraire déjà conséquente. «J’ai participé à de nombreux concours et ai reçu quelques prix pour mes textes quand j’étais plus jeune. Mais Du ciel au ventre est mon premier projet d’envergure», confie-t-elle. Lors de la sortie du livre, l’armada médiatique s’est littéralement ruée sur cette œuvre aux parfums érotiques. Rapidement, les premières étiquettes sont venues se coller. Dans les divers articles parus dans la presse, les qualificatifs sont très vite tombés dans le sensationnel. Le ton est cru et les situations relèvent de la pornographie, pouvait-on lire. En nous plongeant dans une lecture méticuleuse, nous nous sommes rendus compte que l’exagération avait souvent côtoyé la polémique.
Le récit proposé conte les turpitudes d’une jeune femme d’aujourd’hui confrontée à l’ennui d’une vie trop prévisible. Aimée par un homme d’une banalité sans nom, elle voit son existence prendre un tournant décisif lorsqu’elle décide de suivre la voie que lui trace Annie aux gros seins. Cette dernière est une construction de son imaginaire. «Va te prostituer», lui dit-elle. Consciente de la banalité de son quotidien à Fribourg, l’héroïne décide de suivre cette voix intérieure et se laisse guider par l’excitation d’une vie sexuelle débridée. Laissant derrière elle compagnon et vie tranquille, elle découvre à Paris la complexité de ses propres pulsions. Mais si le personnage principal habite Fribourg, l’amalgame avec Isabelle Flükiger serait éminemment réducteur. «Cette jeune femme est une distorsion de moi-même. Je me suis lancée dans une forme d’écriture expérimentale, j’avais envie de savoir jusqu’où les pulsions sexuelles pouvaient mener. Pour l’héroïne, le seul échappatoire à sa médiocrité quotidienne est le sexe», explique Isabelle Flükiger. Torturée par ses propres démons – notamment la présence d’Annie aux gros seins –, la jeune «prostituée en herbe» est en équilibre constant sur une corde parfois trop raide. Sans jamais trouver de véritables réponses à ses soucis, la jeune femme rentre à Fribourg, mais le mal est fait et son séjour parisien lui aura définitivement enlevé de l’esprit ses vraies préoccupations.
D’un bout à l’autre du roman, l’auteur fait preuve d’une étonnante maîtrise littéraire. Rythmées et percutantes, les phrases se laissent dévorer sans le moindre soupçon de lassitude. Derrière, on perçoit la précision d’une véritable chirurgienne de l’écriture qui sait donner des élans à son texte tout en parfumant son œuvre d’ingrédients tragiques. Pour Isabelle Flükiger, ce premier rejeton littéraire lui aura permis de découvrir les entrailles de son style. «Mon processus d’écriture s’apparente à une forme de catharsis. Je suis cependant satisfaite de ce premier roman et je reçois de nombreux retours positifs.» A prendre au second degré, les scènes mettant en lumière le délire sexuel de l’héroïne ne sont finalement pas si «insoutenables» que cela. Bien au contraire, les mots utilisés retranscrivent l’état d’esprit d’une femme souhaitant embrasser l’extrême. Et dans sa phase de débauche, l’héroïne reste transpercée par de nombreuses flèches de culpabilité car son compagnon, lui, ignore tout de l’aventure ou presque. «Ce mec est une allégorie. Il représente une forme de réalité et il lui permet de retrouver par moments sa lucidité», ajoute l’auteur.
La force d’Isabelle Flükiger est de parvenir à donner une seconde dimension aux topos épuisés de la littérature classique. Si la trame du récit n’a rien de fondamentalement nouveau, le style de la jeune Fribourgeoise permet de dépasser l’horizon d’attente du lecteur. En le poussant à la suivre, l’écrivaine parvient à mener tambour battant une aventure qui a plus les contours d’un roman de Michel Houellebecq que ceux d’un film de Virginie Despentes. Non, Du ciel au ventre n’est pas cet objet littéraire rapidement identifié; il est empreint d’une véritable complexité qui se défile lors d’une première lecture. Et Isabelle Flükiger de conclure: «Je me suis déjà lancée dans un nouveau projet littéraire. Il sera différent du premier, mais j’espère y trouver le même plaisir.» Nous aussi.

«Du ciel au ventre», d’Isabelle Flükiger, éditions L’Age d’Homme, 96 p.