Lausanne

Grande rencontre des parentalités queers

sam 27 avril - dim 28 avril
Genève
#Musique

Gaye Su Akyol

sam 18 mai, 20:30
Lausanne

Guinguette Queer

dim 5 mai, 15:00
Genève

Goudoux Manif

ven 26 avril, 19:00

Quand tout se recoupe

Quand tout se recoupe

Après une plongée dans la genèse du projet 360° par Cathy Macherel le mois dernier, Alexandre Lanz, rédac’ chef en 2021-2022 nous raconte sa première collaboration avec le magazine.

1998 est une année déterminante – voire médiumnique – dans la constellation de ma vie professionnelle. J’ai 25 ans. Je rentre en Suisse romande après trois ans d’études au Technicum de l’habillement de Lugano. Quelques mois plus tôt, Gianni Versace se fait assassiner devant sa maison à Miami. Madonna entame un comeback sensationnel avec l’album de sa résurrection New Age, Ray Of Light. On fantasme le nouveau millénaire. Partout dans le monde, la presse est encore prospère. Chaque mois, je cours acheter THE FACE, le magazine de référence dénicheur de nouveaux talents dans la mode et la musique. À chaque fois, c’est jubilatoire. On le dévore entre amis, on fait le plein d’inspiration en direct de Londres. Son fondateur, le visionnaire Nick Logan, est celui qui avait lancé auparavant Smash Hits, le bimestriel british «so pop» pour teenagers que je dévorais déjà. Aujourd’hui, il vit au Portugal et nous échangeons en DM sur Instagram. En Suisse romande, la presse n’est pas moins radieuse, aventureuse. Quelques nouvelles publications – et pas des moindres – font leur apparition: on retient Le Temps, Edelweiss et… 360°. Vingt-cinq ans après leur arrivée en kiosque, je peux fièrement ajouter à mon CV la mention «rédacteur en chef» de ces deux derniers titres. Le premier a été un magazine de mode comme il n’en existe hélas plus aujourd’hui dans le paysage des médias romands, le second est toujours là. Contre vents et marées, la publication queer fait de la résistance! 

360°, point de ralliement
Conjointement à l’émergence des marches des Fiertés en Suisse romande, le magazine des communautés LGBTIQ+ était une première en Suisse romande, trois ans après le lancement de Têtu· en France. J’ai fait les 400 coups à Milan pendant mes études au Tessin, mais je connaissais peu le tissu communautaire romand. Bien sûr, j’avais entendu parler de la Genève punk des squats, dont l’écho retentit encore aujourd’hui. Au moment où internet balbutiait encore – GayRomeo n’allait voir le jour que quatre plus tard – à des années-lumière des apps de rencontre, 360° représentait ce point de ralliement sans précédent entre les personnes queer des villes et des campagnes. 

J’ai grandi à La Neuveville, entre Neuchâtel et Bienne. Entre deux envolées chorégraphiques sur I Should Be So Lucky de Kylie dans ma chambre, les hymnes emblématiques Smalltown Boy des Bronski Beat et Small Town de John Cale et Lou Reed, en hommage à Andy Warhol, avaient cette saveur particulière de la conquête des métropoles, de tous les possibles. À ce moment-là, pour me sentir parfois moins seul dans ma petite bourgade, j’aurais adoré me connecter à d’autres comme moi. 360° a eu cet effet déferlant dès son arrivée dans les contrées francophones du pays. C’était sa force et ça l’est toujours aujourd’hui. C’était un vrai réseau social, au sens littéral du terme. 

Série mode
Mes rêves de mode m’ont amené à participer au concours Plateforme au Bâtiment des forces motrices de Genève, en 2000. Après avoir vu ma collection inspirée par la décadence fabuleuse des créatures interlopes, 360° m’a contacté pour intégrer certaines de mes pièces dans une série mode réalisée au MAMCO, le Musée d’art moderne et contemporain de Genève. Aidé comme toujours par mon boyfriend d’alors, Michaël, qui n’est plus là aujourd’hui pour lire ces lignes, j’ai rempli sa voiture de mes créations et il m’a conduit sur le lieu du shooting. Il croyait tellement en moi, peut-être même plus que moi-même à l’époque! Il faisait tout pour que poussent mes ailes et que je prenne mon envol, quelle que soit la destination. Cette perspective iconographique de mes créations dans un manifeste queer a été une étape de ce périple personnel et ses nombreux chemins de traverse. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti la fierté d’avoir su concrétiser un de mes rêves. Je n’oublierai jamais cette excitation particulière en découvrant la mise en scène de mon travail dans les pages de 360°. La mission continue!