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L’art de vivre selon Kraftwerk

Programmé pour la première fois au Montreux Jazz Festival, Kaftwerk sort un double CD et DVD, rétrospective des 35 ans du groupe. Entretien exclusif avec Ralf Hütter, l’un des fondateurs du Kling Klang Studio de Düsseldorf, antre mythique des créateurs et de leurs machines. Et si l’Homme était soluble dans la Klang-synthèse?

Le thème de l’Homme-machine est omniprésent chez Kraftwerk depuis le début…
Effectivement, ça vient de la période des années 70, même un peu avant. L’idée a mûri avec nous plusieurs années avant qu’on fasse l’album Man Machine en 1978. C’est la symbiose de l’homme et de la machine dans la société moderne, il y a d’ailleurs un certain parallèle avec le dernier album Tour de France, à propos duquel un journaliste a écrit: «C’est la perfection de l’Homme-machine, le mouvement, le physique, le dynamisme et ça roule toujours en avant…» Toutes ces idées sont très fortes avec Kraftwerk.

Comment vivez-vous cette symbiose?
Pour nous, c’est d’abord à travers la musique que nous la vivons et aujourd’hui nous sommes très connectés avec les laptops. Cette mobilité nous a inspirés pour refaire une tournée mondiale. Surtout après les concerts à la Cité de la Musique à Paris, en 2002. Nous étions partis en Australie, il faisait super chaud là-bas, puis au Japon, où il a fait super froid! Et comme nos robots étaient restés au musée de la musique à Paris, ils nous manquaient. Alors maintenant on voyage avec eux. Donc l’homme et les machines, ou l’Homme-machine, pour nous, c’est la réalité quotidienne.

Justement pensez-vous avoir été rattrapés par la réalité?
Rattrapés non, parce que c’était déjà une idée au XVIIe-XVIIIe siècle. A l’époque de Mozart, il y avait une fascination pour les automates; ce n’est pas nouveau, c’est toute l’histoire de l’Homme et de son environnement technologique. Il faut toujours s’adapter, c’est une évolution et une continuation. Pour nous, par exemple, ça change toujours. Dès qu’on a appris à jouer d’un instrument, celui-ci devient vite dépassé par un nouveau programme. Nous avons un musée Kling Klang dans notre studio, où figurent tous les anciens synthétiseurs, séquenceurs, oscillateurs, filtres, etc. Ils sont d’ailleurs toujours en fonction et connectés à notre système informatique. Donc, nous sommes dans la continuité des 35 ans de son de Kraftwerk. C’est un cercle qui évolue en permanence.

Pensez-vous vraiment que l’Homme doive s’adapter aux machines?
Oui, c’est essentiel et c’est déjà fait, on ne peut pas rétrograder. Il faut utiliser les outils d’une manière sociologique, comme on utilise le feu! On peut allumer un feu pour préparer sa nourriture ou bien mettre le feu à la maison de son voisin, c’est une question de choix. Mais aujourd’hui c’est une réalité, ce n’est pas une question de pour ou contre.

Donc c’est un potentiel d’évolution humaine?
Oui, et nous ne faisons qu’une petite partie dans le monde créatif de la musique, des sons et des images.

Vos robots seront-ils avec vous à Montreux?
Oui, ils seraient trop tristes de rester au musée.

Comment se présentent ces doubles de vous?
Ce sont des mannequins qui ont nos visages et des corps avec une mécanique assez simple. Ils font un genre de ballet ou plutôt une sorte de Taï Chi électronique.

Et qui sont les stars, vous ou les robots?
Pour la confidence, les robots sont de vraies superstars!

Pour vous Montreux c’est un peu la fin d’un cycle puisque vos inspirations initiales viennent aussi du jazz?
Oui, le jazz et la musique improvisée et spontanée des mouvements comme le Fluxus. Nous sommes très proches de toute la scène de l’art dans l’aire de Düsseldorf et des années 60. Mais pour nous, Kraftwerk ça a toujours été la combinaison entre les arts: la musique des sons, mais aussi des visuels. Depuis le début on travaille sur de petites peintures électroniques, des projections et la lumière…

Vous êtes aussi influencés par le sérialisme…
Oui et également par la multiplication et certains automatismes. Pour l’album Tour de France, par exemple, j’avais une collection de sons de vélo et j’ai modifié ça en lisant Vélo Magazine: en pleine concentration sur Vélo Magazine, mes doigts ont un peu tapé sur la table et puis dans le subconscient…. A la base, il y a beaucoup de matériau réel comme les bruits de ma vieille Volkswagen, les battements de mon cœur, le souffle bien sûr et les sons de nos vélos en titane… Pour obtenir des variations, mon ami Florian Schneider a également ce qu’on appelle «Singer der Schreibmaschine» (la machine à écrire chantante, ndlr), sur laquelle il y a des phonèmes, des voix synthétiques et des programmes de distorsion.

Donc pour vous tout est organique?
Oui, c’est la philosophie de l’Homme-machine: vraiment ouvrir et ne pas se renfermer dans les théories ou une certaine rigueur qui pourrait être ennuyeuse.

Quelle est la particularité de Minimum-Maximum qui sort en juin?
Ce sont nos arrangements qui sont assez minimalistes et en concert, on change toujours un peu nos compositions. Depuis 35 ans, nous avons conservé toutes les sources du Kling Klang Studio et maintenant que nous avons tous les paramètres sur nos laptops, sur scène, d’un simple clic, on peut procéder à des variations de mélodies. Autrement, il faut aussi préciser qu’il y aura le son «surround» sur le DVD et le SACD.

Ce n’est pas la première fois que vous faites un album live…
Oui, mais là c’était évident parce qu’auparavant il n’y a jamais eu autant d’intensité et de dynamisme! Lors de cette dernière tournée, nous avons enregistré un peu partout parce que c’était possible de faire des «digital recordings». De même que nous avons filmé en multicaméras et au final, le montage est aussi très minimal. Nous sommes allés dans certaines parties du monde où nous n’avions jamais été, comme l’Islande, Santiago du Chili ou Moscou… Maintenant, nous sommes en train de répéter pour aller aux Etats-Unis puis à la Biennale de Venise et, pour la première fois aussi, dans plusieurs villes dans les Balkans…

Et quel est l’accueil du public en général?
C’est fantastique! L’électronique c’est une langue mondiale, tout le monde la comprend, la sent et l’échange! Le sourire, ou plutôt l’illumination, on la voit partout. Et c’est pour cette raison aussi qu’il fallait un document DVD. De Tokyo à Reykjavík, on nous emmène dans les clubs pour écouter ce qui se fait, et avec Internet l’échange est d’autant plus facile. C’est probablement pour cette raison qu’il y a cette culture électronique partout; c’est vraiment global!

Aimeriez-vous collaborer avec d’autres artistes?
Oui, mais jusqu’à maintenant nous sommes un peu des Einzelgänger (électrons libres et autarciques, ndlr) dans le Kling Klang Studio. Kraftwerk, c’est un art de vivre! On dit toujours qu’on a inventé la semaine des 168 heures parce que nous sommes un peu dans tout: on travaille sur des sites Internet, on teste de nouveaux programmes de création musicale, on voyage pour nos concerts, on con-çoit nos propres visuels et tout le multimédia concept de Kraftwerk, alors on n’a jamais vraiment eu le temps de faire des collaborations…

Quelles sont les machines qui vous intéressent aujourd’hui?
Les banques de sons synthétiques et les modulateurs de sons. Mais comme je le disais, nous sommes des tests-pilotes pour des compagnies qui développent des softwares, alors tout ça fait partie d’un travail continu et permanent.

Et quelle est la machine qui reste une référence pour vous?
La voix humaine.