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«Je vous jure, je ne suis pas schizophrène»

Joseph Gorgoni, alias Marie-Thérèse Porchet, continue d'amuser les foules de Suisse romande et d'ailleurs. Mais le comédien ne veut pas en rester là. Rencontre.

Marie-Thérèse Porchet n’est pas avare d’interviews, en revanche, on connaît assez peu de choses sur son créateur, Joseph Gorgoni. Est-ce une volonté de ta part?
Je n’ai absolument rien à cacher! Simplement, et c’est logique, les gens me posent essentiellement des questions en rapport avec ce que je fais depuis trois ans, soit le personnage de Marie-Thérèse Porchet – née Bertholet. En fait, à part une émission avec Christian Defaye, il y a eu assez peu d’occasions pour moi de parler du comédien plus que du personnage que j’interprète à la scène.
En tant que comédien, tu as suivi un parcours plutôt atypique.
J’ai commencé très jeune. Depuis tout petit, je voulais faire de la danse, mais mon père ne voulait pas me payer les cours. Car la danse, comme chacun sait, c’est pour les filles! Mon père est italien du sud, et il me répétait «quand tu pourras te payer les cours, tu feras ce que tu veux!». J’ai donc commencé à travailler à mi-temps pour Baumann Jeanneret, et durant huit ans, pendant mon temps libre, j’ai pris des cours de danse. J’étais visiblement doué pour cela, si bien que j’ai gravi les échelons assez rapidement, jusqu’à finir par donner des cours moi-même. A la même époque, on m’a offert l’opportunité de faire mes premières armes sur scène, à la «Garçonnière», ou encore à la «Toison d’Or». Je faisais des numéros en imitant Nina Hagen et Klaus Nomi. En fait, j’ai vraiment commencé ma carrière dans ces cabarets de transformistes.

Pourtant, ce qui est singulier avec le personnage de Marie-Thérèse, quand on la voit sur scène, c’est cette impression qu’il ne s’agit pas d’un banal numéro de travesti. C’est un personnage à part entière, un peu comme les vamps.
C’est vraiment une volonté de notre part. Quand on a inventé ce personnage avec Pierre Naftule et Pascal Bernheim, il n’était pas question de faire un numéro de travesti de plus. J’ai fait cela pendant très longtemps, et j’ai vraiment appris plein de trucs en débutant comme transformiste. Tu sais, faire du play-back en imitant des gens connus, c’est rigolo un moment, mais il fallait passer à autre chose. D’ailleurs, c’est un peu ma fierté ce personnage de Marie-Thérèse, dans le sens où même mes copains, lorsqu’ils viennent me voir sur scène, ont de la peine à me reconnaître.

Un soir, dans un bar, la rumeur circulait que Marie-Thérèse Porchet se trouvait dans la salle. C’était assez cocasse de voir tout le monde chercher la pétasse, alors que tu étais simplement un client comme un autre accoudé parmi nous au bar!
En fait, ça m’arrive assez souvent. C’est assez drôle d’écouter les gens parler de mon travail sans qu’ils me reconnaissent. Une fois que les gens savent, même lorsqu’ils critiquaient Marie-Thérèse un instant plus tôt, ils viennent me dire combien ils me trouvent formidable! C’est à mourir de rire! Sans prétention, je crois que c’est un vrai travail de composition. Marie-Thérèse est devenue un personnage à part entière, mais il a fallu bosser pour cela. Dans le même esprit, j’avais créé d’autres personnages pour la télévision, comme la petite famille ou Pierre-Paul Welche, lequel n’avait d’ailleurs pas marché du tout. Il se trouve que Marie-Thérèse est un personnage féminin, et que le comédien qui l’interprète est un mec. Mis à part ça, ce n’est pas la Cage aux Folles!

Cette volonté d’en faire un personnage public&endash; Marie-Thérèse speakerine à la TSR, ou encore déconnant chez Drucker… Il n’y a pas chez toi une part de schizophrénie?
Je n’ai pas l’impression d’être schizophrène! C’est vraiment dans la logique du personnage, que de la faire vivre avant et après le spectacle. Marie-Thérèse possède un ego surdimensionné, elle veut à tout prix être numéro un partout. Cela m’amuse beaucoup de la voir chez Drucker ou chez Lagaf’, c’est tout à fait elle, ça! (Poussant la voix) Pas du tout! Je ne suis pas chichosophrène! (Il reprend sa voix normale) Bien sûr, quand on a débarqué à Paris, avec Naftule, on avait envie que ça fonctionne, et on a tout fait pour cela.

Le succès est d’ailleurs arrivé très rapidement. Tu te l’expliques comment?
C’est étrange … j’en viens à me dire que ça doit pas être si mal que cela, finalement. Sur ce spectacle, au niveau de la forme en tout cas, il n’y a pas grand chose à dire: ça roule, les musiques sont bien, les décors crédibles, le comédien pas trop mauvais. En revanche, sur le fond, on peut discuter bien sûr. Il y a plein de gens qui n’aiment pas du tout, et c’est tant mieux. On ne peut pas plaire à tout le monde, fort heureusement.

Pourtant, le théâtre Caumartin a fait salle comble presque chaque soir!
Durant un an et demi, on a fait une moyenne de deux cent vingt personnes par soir, pour trois cent quarante représentations. C’est effectivement énorme, pour quelqu’un d’inconnu à Paris.

Comment se passe la collaboration avec Pierre Naftule, vous écrivez les textes ensemble?
Toujours! Pour ce personnage-là, comme pour tous les autres d’ailleurs. J’ai rencontré Pierre pour la Revue du Casino-Théâtre, à Genève. Il m’avait engagé comme danseur, et quand j’ai vu son travail avec les acteurs, et surtout la facilité avec laquelle il arrivait à faire rire les spectateurs, je suis aller le voir pour lui dire: «Tu sais, j’en ai marre de danser, j’aimerais faire autre chose. Je peux aussi chanter, j’adore ça. Alors, si tu as un petit rôle l’année prochaine, pense à moi!» Et il m’a fait confiance. De fil en aiguille, on a commencé à travailler ensemble sur le personnage de Marie-Thérèse, et il se trouve que l’on était complémentaire. J’ai plutôt de la facilité avec les situations, les dialogues, mais je ne savais pas comment raconter une histoire cohérente, avec un début et une fin, tandis que lui était capable de le faire. Avec Naftule, c’est une vraie rencontre. Sans lui, je n’aurais jamais fais tout cela, je ne me destinais pas forcément à être un humoriste. Avec une formation de danseur, c’était plutôt le music-hall avec des trucs comme ce que j’avais fait à Paris avec «Cats» ou le «Rocky Horror Picture Show», mais il me manquait quelque chose. J’aurais voulu chanter par exemple, ou faire des spectacles qui tendent vers la comédie musicale, un univers que j’ai toujours adoré.

Marie-Thérèse Porchet n’est donc pas une fin en soi. Tu as certainement d’autres projets…
Je suis loin d’en avoir terminé avec Marie-Thérèse. Cette année, on part faire une tournée dans toute la France, qui se terminera à l’Olympia début mai. Et puis on repart pour une tournée en Belgique et, j’espère, au Québec en fin d’année. Et on commence déjà à travailler sur un nouveau spectacle pour 2001. On reviendra donc à Genève pour les premières représentations. Il y aura toujours Marie-Thérèse, mais elle ne sera plus toute seule. Je suis très excité par l’idée de jouer plusieurs personnages dans un même spectacle.

Dans ce spectacle, le fils de Marie-Thérèse est homosexuel…
A l’époque où l’on a écrit le premier spectacle avec Pierre Naftule, on ne savait pas encore quel personnage en serait le fil conducteur. On est donc parti à la montagne pour écrire, mais rien ne fonctionnait. On restait bloqués sur une mauvaise idée et il a vite fallut tout jeter. C’était vraiment la galère! On a donc décidé d’aller boire des coups et là, je ne sais pas comment, l’idée s’est imposée d’elle-même. On allait raconter l’histoire d’une mère qui découvre l’homosexualité de son fils. Je connais le milieu à Genève depuis longtemps, et c’était évident qu’il y avait plein de choses à raconter là-dessus, notamment sur les rapports entre mère et fils. En cherchant dans la galerie de personnages que nous avions déjà créés, Marie-Thérèse s’est vite imposée comme la mère idéale, madame-tout-le-monde bourrée de clichés sur le sujet, et c’est donc autour d’elle que le spectacle s’est finalement articulé. On lui a donc inventé une vie, sa copine Jacqueline, Bijou, et bien sûr le fils et son petit ami.

C’était une façon de faire avancer le schmilblick concernant un sujet difficile?
Quand on a écrit cela, je n’avais pas du tout l’intention d’expliquer des trucs aux gens, de faire passer des messages. J’aborde un spectacle en fonction de mon propre plaisir et de celui que je peux éventuellement procurer aux spectateurs. Si on peut réussir à faire changer les mentalités avec l’humour, tant mieux, mais ce n’était pas voulu au départ. J’aime m’amuser. Faire rire les gens est une immense satisfaction personnelle. Je n’ai pas la prétention de dire toute la vérité sur ce qui est bien ou mal.

Tu n’as pas peur que ce personnage de Marie-Thérèse te colle à la peau, de ne plus pouvoir faire autre chose?
C’est un risque à prendre, mais qui en vaut la peine. Grâce à ce personnage, je vis des choses hallucinantes. Etre invité partout, dans des émissions grand public, c’est une chose que je n’aurais jamais imaginée. Je rêvais de cela depuis que je sais parler. Pour la suite, on verra bien. Si les gens ont envie de me voir dans quelque chose de différent, tant mieux, mais ça ne me tracasse pas plus que cela. Tant que ça m’amuse, je continuerai à faire vivre Marie-Thérèse, et je suis loin d’avoir fait le tour de sa personnalité.

Propos recueillis par Nicolas Tournier