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Un comptoir, des doseurs et 400 bretelles

Créatrice de la Bretelle… Marie-Claire Roulin prend congé du bistrot mythique de Genève. Retour, avec ses mots, sur 29 ans de passion.

«J’avais travaillé 17 ans à la Chaumette, où je jouais de l’accordéon 4 à 7 heures chaque jour, j’aimais bien le quartier, puis je suis partie au Brésil avec la femme que j’aimais, Mireille, d’où je suis rentrée sans plaisir… Mais Mireille, à notre retour, a pu m’acheter ce bistrot à fondue de la rue des Etuves, la Channe Valaisanne, que les propriétaires, âgés, remettaient. Cela s’est décidé en quelques minutes, sur un coup de tête. J’étais heureuse et tout est allé très vite. On a ouvert en 3 jours avec un décor de 400 paires de bretelles, un comptoir, des doseurs, un nouveau nom : La Bretelle ! Il y a tout de suite eu du monde, j’avais une petite réputation…

Le milieu, les hommes, les femmes…
«A l’époque, le milieu homo était caricatural, il fallait suraffirmer son image. J’ai porté des pantalons pour déclarer mon homosexualité et c’était très mal vu. C’était ridicule, finalement, quand on y pense… Au début de la Bretelle, des femmes m’ont fait tout un procès, car le lieu était ouvert aux hommes aussi. Le milieu était très fermé, les gens ne se mélangeaient pas, la ségrégation était forte. Et puis, ça s’est tassé. Ce qui m’intéressait, c’était que l’on puisse sortir de ces étiquettes, en finir avec ces ghettos, qu’on puisse rayer les mots «lesbienne» ou «pédé». Que les gens soient juste des gens, que cela n’ait aucune importance.
«Bien sûr, il a fallu contrer certains hommes trop insistants (quelques femmes aussi), leur expliquer qu’à la Bretelle, on laissait les gens tranquilles… On pouvait être homo ou hétéro, les gens s’asseyaient sur les bancs, obligés de côtoyer leurs voisins. Cette tolérance «positive» qui régnait me plaisait, j’ai toujours privilégié cet esprit de liberté et de respect. J’ai constamment gardé patience et je jouissais de cette liberté totale avec mon biniou. Je jouais ce que je voulais tout en prêtant attention à l’autre, tous les soirs pendant 15 ans. Après, je venais en fin de semaine et, avec Marion Chalut, nous avions créé Poésie Urgence et fait entrer les mots des poètes et des écrivains à la Bretelle, suscitant découverte et vif intérêt du public. Des rencontres, des joies et des peines aussi, notamment pendant l’hécatombe des années 90 avec le SIDA. Le 29 septembre, beaucoup sont venus à la magnifique fête de mon départ …

Et maintenant ?
«Je vais continuer le travail de poésie, de chansons et de théâtre. Je viens de composer la musique du dernier spectacle du Galpon, un texte de Novarina, avec cette équipe formidable de Gabriel Alvarez. Et mon dos, que je n’ai jamais écouté, va être enfin opéré. Une sacrée épreuve à passer, puis un spectacle au Poche au printemps, avec Martine Paschoud sur un texte de Valérie Poirier, des projets de chansons originales avec Sophie Rüsch, de musique… Je reviendrai peut-être jouer à la Bretelle…
«Et bon vent à ce couple d’artistes – céramiste et comédien – de 30 ans qui a repris la Bretelle, à ce bar et ce quartier des Etuves pour lequel nous nous sommes mobilisés et avons réussi à préserver avec Christine de la librairie Cumulus et quelques autres. Un quartier qui vit bien, et nous réserve encore de bien belles nuits!»

Propos recueillis par Agnès-Maritza Boulmer
Photo : Philippe Christin

One thought on “Un comptoir, des doseurs et 400 bretelles

  1. Un grand merci à cette grande figure de la vie nocturne genevoise. Une page se tourne, je ne pourrai jamais oublié que Marie-Claire à beaucoup fait pour que la que nous puissions vivre mieux notre liberté. Grand merci et meilleures pensées.

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