Suisse

Gilbert a redonné de la couleur à la Riviera

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Le Baretto est une institution en Suisse romande, tout comme son créateur. Il fait battre la vie nocturne homosexuelle depuis 15 ans maintenant. Et même la maladie n’a pas réussi à arrêter ce beau projet.

Au début étaient 9m2. Non, on ne parle pas ici d’un studio parisien hors de prix, mais d’un bar. Trop petit? Pas pour Gilbert. Au contraire, l’occasion était trop belle. Depuis qu’il a ouvert le Baretto à Montreux il y a quinze ans, et jusqu’à aujourd’hui, le gay le plus connu de la Riviera après Claude Nobs a toujours voulu faire se rencontrer les gens. Quoi de mieux qu’un petit endroit où la promiscuité est reine?

Ne te presse pas, ne t’inquiète pas. Prends le temps de sentir les fleurs.

«Je ne voulais pas d’un bar glauque où les clients restent assis, éloignés les uns des autres avec les yeux rivés sur leur portable.» Gagné! Hétéros et homos s’y pressent, se compressent, discutent. Et Gilbert officie en tant que barman mais aussi comme entremetteur: «Je présente les clients aux autres, en fonction des affinités. Et c’est ça qui rend l’ambiance agréable au Baretto. Il y a une âme qui se dégage, qui habite l’endroit.»

Militant en catimini

En 2008, le Baretto, où il b pour les intimes, déménage à Vevey. Petite ville un peu trop «traditionnelle» (comprendre: pas forcément ouverte à accueillir un lieu gay), mais qui a très vite adopté il b, et Gilbert, indissociables: «Le bar marche parce qu’il est ouvert à tout le monde. Les gens de chez Nestlé y viennent, hétéros ou homos.» Mais attention, pas question que le client soit roi: «Si une personne tient un discours homophobe, c’est dehors! Il faut leur faire comprendre, éduquer les gens.» Derrière son sourire permanent de 59 ans, Gilbert cache aussi un homme qui exige que ses clients se tiennent bien. Sans la règle en métal.

Et ses deux cancers n’ont réussi à lui faire perdre ni son énergie ni sa joie, contagieuses: «Au contraire, cela m’a rappelé qu’il y avait une fin, et qu’il était nécessaire de profiter de la vie, sans excès, de rencontrer des gens, et tout faire pour que le temps passé soit le plus agréable.» C’est de la chaleur humaine qu’il donne au bar, pour que les gens savourent l’instant. Une phrase du golfeur américain Walter Hagen qu’il aime citer: «Vous êtes là pour une courte visite, ne vous pressez pas, nous vous inquiétez pas et prenez le temps de sentir les fleurs sur le chemin.»

Adresse: il b, Place du Marché 4, Vevey / www.baretto.ch

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Là où Gilbert aime se cacher

Gilbert est une institution à lui tout seul. Il n’est même pas besoin de connaître son nom, son prénom suffit à lui seul pour savoir de qui on parle. Si connu qu’il a ses petits endroits pour sortir incognito.
– «Il y a de l’histoire dans ses murs, le service est soigné et la nourriture de qualité. C’est intime», dit-il du restaurant de l’Hôtel des Trois Couronnes à Vevey, à la Rue de l’Italie 49 à Vevey, où Gilbert adore venir manger, et profiter de la vue sur les Alpes pour s’évader.
– Un petit verre pour se détendre? A l’Hôtel du Lac, également à Vevey, Rue d’Italie 1: «Le bar est cosi, on s’y sent bien. Je suis presque dans mon salon.»
– Marié depuis quelques années avec son «Loulou», Gilbert part toujours en ballade avec son amour pour prendre l’air et sentir les fleurs. Et puisque c’est de saison, ils s’en vont aussi à Morgins, la station valaisanne des Portes du Soleil, pour faire du snowboard et passer des soirées autour de la chaleur d’un feu de cheminée.

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