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Des droits en gestation

Freinés par des préjugés d’un autre temps, les droits des parents homosexuels ne correspondent toujours pas aux situations de fait. C’est ce qu’a rappelé la 3e conférence internationale sur l’homoparentalité qui s’est tenue fin octobre à Paris.

«On a confié la petite à la sœur de ma copine et on a pris le train pour Paris!» Barbara a fait le chemin de Nîmes pour participer, comme 400 autres personnes, à la 3e conférence internationale sur l’homoparentalité organisée à Paris les 25 et 26 octobre 2005 par l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL). Un colloque particulièrement convivial, qui a réuni 43 intervenants, beaucoup venant de l’étranger, autour de ce qu’il faut bien appeler aujourd’hui un sujet de politique générale qui concerne l’ensemble de la société.
Ce fut donc l’occasion pour certains chercheurs, comme Patricia Baetens, psychologue au centre de médecine de la reproduction de l’Université Libre de Bruxelles, de présenter le résultat de ses dernières recherches sur le fonctionnement des familles homoparentales. Dans une enquête réalisée de 1992 à 2000 sur la qualité des relations entre des couples de lesbiennes belges et leurs enfants issus d’inséminations artificielles avec donneurs anonymes, elle constatait que la seconde mère, ou mère sociale, était beaucoup plus impliquée que ne le sont généralement la plupart des pères. 70% de ces couples souhaitait en outre qu’un homme de leur environnement social soit un «parrain» pour l’enfant. Il a ainsi été rappelé que les homoparents étaient scrupuleusement attentifs au développement de leurs enfants. «Les pères gays sont plus introspectifs et extériorisent beaucoup plus leurs sentiments que les pères hétérosexuels, indiquait le sociologue français Emmanuel Gratton, et renforcent ainsi la conscience de la paternité».
Dans le public, Barbara s’emporte: «Sur mon lieu de travail, à la crèche, dans mon immeuble, tout le monde sait que j’ai une fille avec ma compagne. Il n’y a jamais eu le moindre souci. Ce sont les politiques qui coincent. Dans certaines administrations, on reconnaît ma compagne et pas dans d’autres, c’est un cauchemar. Aujourd’hui, s’il m’arrivait quelque chose, ce sont mes parents qui auraient la garde de ma fille, pas sa deuxième maman.» Ainsi, sous prétexte de vouloir protéger les enfants, on prive de droits leurs parents, au mépris même des intérêts des enfants. Quand l’homoparentalité paraît, les contradictions abondent. Dans le domaine de l’adoption par exemple, un étrange raisonnement veut qu’un enfant idéal (un nourrisson) corresponde à des candidats idéaux (un couple hétéro). Les enfants les plus difficiles (les enfants plus grands, ceux qui ont le plus souffert, les fratries) sont donc confiés aux autres candidats, dont font partie les parents LGBT. Pour obtenir un agrément, l’APGL conseille d’ailleurs toujours aux couples de même sexe de ne pas révéler leur homosexualité, a fortiori quand il s’agit d’une adoption internationale.
L’APGL rappelle que «les questions que pose l’homoparentalité concernent également les formes familiales contemporaines où sexualité, procréation et filiation ne coïncident pas toujours (familles recomposées, adoptives, monoparentales, etc.)». Une psychologue norvégienne, Sigrun Saur Stiklestad, a noté que 40% des enfants de son pays ne vivraient pas avec leurs deux parents au cours des prochaines années, alors pourquoi autant de pays restent-ils attachés à des valeurs extrêmement normatives? Daniel Borrillo, professeur de droit, et Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste, ont chacun mentionné que les réactions véhémentes qui surgissaient chez les juges et les politiques, voire chez certains psys, chaque fois que le mariage et la filiation homosexuelle sont discutés, faisaient appel à des valeurs bien plus proches de la religion que du droit.

Les actes du colloque seront publiés aux Presses Universitaires de France début 2006

[Illustration: Albertine]