Les organisateurs de la Marszu równości (Marche pour l'égalité) devant le tribunal, mercredi.

En Pologne, les LGBT restent une «menace à l’ordre public»

Une Marche pour l’égalité prévue demain à Lublin (est) a été interdite par la municipalité après l’intervention du gouverneur, qui a dénoncé un étalage de «comportements sexuels contre nature».

Les prétextes sont bien connus: on les avait surtout entendus en Russie ou dans les Balkans ces dernières années. Et voilà que les arguments de la «sécurité» et des «sensibilités religieuses» resurgissent au sein même de l’Union européenne pour justifier l’interdiction d’une marche LGBT. Lublin, ville de 350’000 habitants dans l’est de la Pologne, devait ainsi voir défiler sa première Marche pour l’égalité ce samedi. Mais depuis plusieurs semaines, les milieux catholiques conservateurs, suivis par l’extrême droite, se mobilisent: prières, procession et contre-manifestation s’organisent pour s’opposer physiquement à la «marche satanique» et l’«homoterrorisme».

Le gouverneur Przemysław Czarnek, affilié au PiS (le parti nationaliste-conservateur au pouvoir) s’en est mêlé. Dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube, il a qualifié la Marche pour l’égalité de promotion de «comportements sexuels incompatibles avec la nature», et parlé de «pédophilie» de «déviance» et de «perversion»… tout en assurant que les homosexuels n’étaient aucunement discriminés dans la région de Lublin. Le maire de la ville, Krzysztof Żuk (centre-droite), a obtempéré. Mettant dans le même sac la Marche pour l’égalité et les contre-manifestations, il a jugé qu’elles étaient susceptibles de causer des violences et des destructions.

La controverse s’inscrit dans un contexte politique chaud, alors que Lublin, comme le reste du pays, est en pleine campagne pour les municipales des 21 octobre et 4 novembre.

«Journée sombre»
Le collectif de la Marche pour l’égalité, tout comme le parti néonazi ONR, ont contesté la décision devant la justice, qui a toutefois confirmé la décision de la Municipalité mercredi. «C’est une journée sombre pour les libertés civiles garanties par la Constitution de la République de Pologne», ont commenté les organisateurs sur Facebook, qui ont fait recours. Il devait être tranché aujourd’hui même. En cas de nouveau rejet, le collectif LGBT a prévu de maintenir un rassemblement sous forme de happening ou de «promenade».

Mise à jour (12.10 18:00) – La Cour d’appel de Lublin a invalidé la décision de première instance et autorisé la Marche pour l’égalité, tout comme sa contre-manifestation, prévus demain. La juge Ewa Popek a rappelé le caractère fondamental de la liberté de réunion et le devoir, pour l’Etat, de garantir la sécurité des citoyens. La décision a donné lieu à des embrassades du côté des organisateurs de la Marche pour l’égalité: «Je remercie le tribunal pour cette décision merveilleuse. Tous les groupes victimes de discrimination peuvent pousser un soupir de soulagement de ne pas avoir à dépendre d’une protection privée», a déclaré Bartosz Sierpniowski, cité par le «Lubelski Kurier».

2 comments

Que les minorités sexuelles vivent leurs vies privées comme elles l’entendent mais qu’elles n’incitent pas les mineurs et qu’elles « foutent la paix » aux populations locales qui ne leur demandent rien.

Voilà un commentaire qui laisse pantois. Parce que tu penses qu’il n’y a pas de LGBT dans la « population locale » de Lublin?

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