Deux images du photographe Mooreyameen Mohamad censurées: elles représentent les activistes LGBT Nisha Ayub et Pang Khee Teik avec le drapeau national.

En Malaisie, une chasse aux LGBT tous azimuts

Arrestations, surveillance, «rééducation»: le nouveau gouvernement se lance dans une surenchère contre sa population gay, lesbienne, bi et trans qui pourrait faire de gros dégâts.

«Nous subissons une attaque sans précédent», résume Thilaga Sulathireh, cofondatrice du groupe de défense des trans Justice for Sisters. A Kuala Lumpur comme dans l’ensemble de la Malaisie, la situation s’est considérablement tendue pour les LGBT, rapporte «The Guardian». Les signes de répression se multiplient. Le dernier en date: samedi, un raid de la police contre un club de la capitale qui accueillait des gays depuis des années. Bilan: 20 personnes arrêtées et inculpées de «comportement illicite». Le commentaire des autorités, par la voix d’un ministre: «Espérons que cette initiative freinera la diffusion de la culture LGBT dans notre société».

Ces derniers mois, la Malaisie a connu plusieurs épisodes allant dans le même sens préoccupant: du tabassage public d’une femme trans à Seremban à la condamnation d’un couple lesbien à des coups de canne après avoir été surprises en train de faire l’amour dans une voiture. Une «leçon pour l’ensemble de la société», selon le juge, qui siégeait dans un tribunal islamique.

Rétrécissement de l’espace public
Alors que son arrivée avait été saluée comme le début d’une nouvelle ère pour les 30 millions d’habitants du pays, le nouveau gouvernement de Mahathir Mohamad, en place depuis mai, joue la surenchère dans la discrimination et le harcèlement de la communauté LGBT. «Nous voyons un rétrécissement de l’espace pour les LGBT, dans la vie réelle comme dans l’espace virtuel», constate Thilanga. L’homosexualité est illégale en Malaisie (passible de 20 ans de prison) et l’homophobie était déjà largement exploitée par l’alliance islamo-nationaliste du précédent Premier ministre, Najib Razak, singulièrement pour se débarrasser de son opposant Anwar Ibrahim, jeté en prison sous d’obscures accusations de sodomie.

Manif du groupe LGBT Pelangi à Kuala Lumpur.

Le nouvel Exécutif a choisi, après quelques hésitations, de ne pas se différencier de son prédécesseur. Au contraire, même. Le ministre des Affaires religieuses, Mujahid Yusof Rawa, a déclaré que le gouvernement allait «prendre des mesures proactives» pour aider les gays et lesbiennes «à retourner dans le droit chemin et mener une vie normale», tandis qu’un de ses collègues, le Dr Lee Boon Chye, estimait que les LGBT présentaient un «désordre organique».

Les LGBT mis au ban
Le brusque virage homophobe a fait une victime dans les rangs même du pouvoir: Numan Afifi, éphémère porte-parole ouvertement gay du Ministère de la jeunesse et des sports, limogé en juillet après une campagne de haine lancée par l’opposition. «Je m’attendais à un retour de bâton, mais pas dans ma première semaine en fonction, et nous n’étions pas préparés à une telle virulence», a-t-il commenté avec amertume. Le même mois, 300 enseignants et fonctionnaires étaient sommés de suivre un séminaire destiné à leur inculquer les moyens de «guérir» les comportements homosexuels. Plus récemment, le Ministère des affaires religieuses a ordonné le décrochage des portraits de deux activistes des droits LGBT dans une exposition. Dans la foulée, il annonçait la création d’un observatoire des activités LGBT sur internet, tandis qu’émergeaient le projet de bannir les homosexuels et les trans des métiers de l’enfance et un appel à boycotter leurs commerces.

Peu de politiciens ont le courage de s’opposer à cette fuite en avant homophobe. Charles Santiago, membre de la coalition au pouvoir, maintient que les LGBT «font partie de la famille malaisienne, et ils ne peuvent être discriminés», confie-t-il au «Guardian». Mais il est pessimiste. Pour lui, la campagne de haine va même probablement s’aggraver.

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