Relecture

J’veux du queer

Chaque mois, 360° propose une relecture iconoclaste de la mode en éclatant les normes de genres des vestiaires masculin et féminin pour mieux sublimer les vêtements en toutes libertés. Une collaboration avec le Musée suisse de la Mode (MuMode) et le photographe Ricardo Caldas.

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Rédacteur en chef

Tout réinventer. Vaste chantier et grandes perspectives en vue! 360° entame 2022 – sa 24e année d’existence – avec une mission stylistique de déconstruction massive. A ce jeu, quel meilleur médium que la mode pour amplifier nos identités? Témoin oculaire de l’humanité dans toute sa diversité au sens large, la mode reflète son temps avec un regard sociologique qui, injustement, la réduit à sa futilité, autant exquise soit-elle. Le choc provoquant le grand frisson, on la fantasme révolutionnaire et excessive dans son cycle expérimental. Elle le devient beaucoup moins dans sa phase commerciale. D’où les collections saisonnières hommes et femmes sur les portants des temples du shopping. Sous l’effet de la fétichisation des corps, la mode serait-elle désespérément binaire? Évidemment, non! Terrain de jeu infini, les vêtements ne connaissent pas de genre, ni d’orientation sexuelle. Forts de ces arguments, nous avons proposé à Anna-Lina de Pontbriand, la directrice du Musée suisse de la Mode (MuMode) – l’unique musée consacré intégralement à la mode en Suisse basé à Yverdon-les-Bains – d’emprunter des pièces de son impressionnante collection historique pour les queeriser. Elle a adoré l’idée.

Contre la dichotomie des genres

Fruit de cette première collaboration, ce shooting réalisé avec Princesse GenderFuck, notre drag queen non binaire chérie que nous vous présentions dans le numéro 205. «Against gender dichotomy», soit en français, contre la dichotomie des genres: elle annonce la couleur sur son Instagram. La magie de son drag a opéré dans un somptueux manteau dessiné par Jacqueline de Ribes. L’élégante Parisienne ne se contentait pas d’insuffler le glamour de la haute couture aux quatre coins du monde dans les années 1950, elle a fini par dessiner elle-même ses tenues et créer sa propre marque sur les conseils de son ami Yves Saint Laurent. Admirée par Diana Vreeland, la très inspirée selfmade rédactrice en chef de VOGUE US, Jacqueline de Ribes était surnommée «la femme la mieux habillé du monde». Le couturier italien Valentino la désignait comme la dernière reine de Paris et Jean-Paul Gaultier lui dédiait sa collection haute couture «Divine Jacqueline» en 1999. Aujourd’hui âgée de 92 ans, elle reste une figure essentielle du chic parisien. Restez connecté·e·x·s, d’autres belles surprises vous attendent dans les prochains numéros!

Le modèle créé par Jacqueline de Ribes et porté par Princesse GenderFuck fait partie de l’exposition Collection haute couture, avec la participation de Xénia Lucie Laffely au Centre d’art contemporain d’Yverdon-Les-Bains. Du 6 février au 17 avril 2022.

Un grand merci à Village 48 situé dans les anciens locaux de l’usine Leclanché à Yverdon-Les-Bains, qui nous a accueilli pour la réalisation de ce shooting.

instagram.com/museesuissedelamode

centre-art-yverdon‧ch

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7 février 2022   Thèmes: Étiquettes : , , , ,

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