Des «yuris» pour virer sa cuti

Romantiques ou érotiques, les «yuris» ont contribué à l’éducation sentimentale des jeunes nippones. Ces mangas à coloration saphique sont sur le point de déniaiser les européennes.

La jeune Minako contemple avec anxiété le beau visage de sa meilleure amie. Pauvre Minako… En tombant amoureuse de cette nymphomane patentée, elle n’a vraiment pas choisi la facilité. Comment va-t-elle s’en tirer? Erika Sakurazawa, l’auteure de «Entre les draps», met en scène l’histoire d’un premier grand amour lesbien avec subtilité. Cette aptitude à l’introspection, à la complexité des sentiments, on la retrouve dans de nombreux yuris, les mangas lesbiens japonais. Apparus au Japon au début des années 70, ils ont acquis leurs lettres de noblesse et paraissent désormais en français.

Tout comme Sakurazawa, Ebine Yamaji s’adresse à des lectrices plutôt adolescentes avec des one-shots comme «Indigo Blue» ou «Love my Life». Mise en scène épurée, attention portée aux détails, trait précis, ces albums ont été salués par la critique. Et certaines scènes érotiques égayeront bien des soirées d’hiver. Dès la sortie de son grand succès «Blue» – une relation amoureuse entre deux lycéennes – la mangaka Kiriko Nananan a également été très vite remarquée pour son style dépouillé et expressif: découpage singulier, alternance de gros plans de visages, de silhouettes ou d’objets décadrés, grands aplats de noir et de gris, dialogues brefs ou inachevés.

Amours complexes et relations hors normes
Si vous restez sur votre faim, il ne faut surtout pas se laisser abuser par un titre tel que «Après l’amour, la sueur des garçons a l’odeur du miel». Dans ce recueil de nouvelles, Mari Okazaki évoque l’éveil de la sensualité et le désir entre filles. Il n’est pas classé dans la catégorie yuri: c’est un shôjo, un manga destiné aux adolescentes. Au Japon, ce genre a vu le jour en même temps que les mangas réservés aux garçons, et représente un marché considérable. Les shôjo étant un peu trop fleur bleue au goût d’Okazaki, celle-ci se plaît à déniaiser les jeunes lectrices en brisant tabou après tabou. Elle n’hésite pas à évoquer des amours complexes et des relations sexuelles hors normes, tout en s’interrogeant sur les relations entre garçons et filles. Des récits au trait vif, maîtrisé et fluide qu’Okazaki construit avec une finesse et un humour qui font penser aux romans de Banana Yoshimoto.
Les Japonaises apprécient également les mangas mélangeant subtilement technologie moderne et contes anciens. «Sailor Moon» ou «Utena, la fillette révolutionnaire», marchent sur les traces du grand succès des années 70 «Versailles no bara» («Lady Oscar», en France), l’un des premiers mangas à représenter des amours lesbiennes. Les héroïnes dotées de pouvoirs magiques s’y habillent en homme et sauvent des jeunes filles aux côtés de leurs amies justicières pour lesquelles elles éprouvent des sentiments plus que troublants. De quoi mettre en transe des flopées d’apprenties lesbiennes!

Blue de Kiriko Nananan. Ed. Casterman
Sur la nuit; Love my Life; Sweet Lovin’ Baby; Indigo Blue; Free Soul d’Ebine Yamaji. Ed.Asuka
Crash T1 (à paraître), Entre les draps d’Erika Sakurazawa. Ed. Asuka
Après l’amour, la sueur des garçons a l’odeur du miel de Mari Okazaki. Ed. Delcourt
Sailor Moon de Naoko Takeuchi. Ed. Glénat

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