Édito

Comics: le clash des cultures

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Rédacteur en chef

Muscles saillants, pectos boostés comme un camion sous son sigle iconique et abdos sculptés, Superman ne prend jamais son envol sans être certain que sa mèche soit parfaitement ondulée à la brillantine. Pleinement conscient de son pouvoir ensorcelant et franchement exhib’, il n’aime rien autant que dévoiler sa plastique de rêve, ultra moulé dans son justaucorps de super héros.

Et ça marche! Au même titre que ses potos chez DC Comics d’ailleurs: qui n’a jamais fantasmé sur Batman et son accoutrement BDSM? D’autant que, comme on le sait, celui-ci entretient une relation des plus ambiguës avec son compagnon d’armes Robin, à peine cachés. Pendant qu’ils roucoulent au coin du feu, dans le dressing d’en face, Cat Woman se prépare. Et elle n’est pas moins fatale dans ses costumes lacérés et rafistolés en latex. Et comme si cela ne suffisait pas, l’indomptable tribu des éditions DC Comics fait les yeux doux à son rival, les éditions Marvel Comics. Superman et Spider-Man se sont rencontrés pour la première fois dans un crossover datant de 1976. 

«Tu seras un Superman bisexuel, mon fils»
Annoncé le jour du National Coming Out Day aux États-Unis lundi 11 octobre 2021, soit 45 ans après ce premier date entre les deux super-héros les plus sexy de tous les temps, le monde s’émeut d’apprendre la bisexualité du fils de Superman, Jon Kent, dans la nouvelle BD à paraître ce mois. Visiblement à l’aise dans le costume de son père, Superman junior fait également le même métier: journaliste.

En guise de teaser avant la sortie, une première case dévoilant la galoche avec son amant, le reporter Jay Nakamura, a fait le tour du monde. Preuve du clash des cultures, les esprits les plus conservateurs de la communauté hétéro* n’ont pas tardé à exprimer leur indignation. Sur la chaîne Fox News, un invité s’est exclamé: «Pourquoi sexualiser les super-héros? On attend d’eux qu’ils attrapent les méchants, pas une maladie vénérienne!» Une divagation supposant clairement que la représentation non-hétérosexuelle se traduit par la «sexualisation des super-héros», plutôt qu’une bien méritée visibilisation queer chez ses superstars de comics. On fait quoi, on plaint nos ami·e·x·s straight? Ah non, sûrement pas! On se réjouit plutôt de l’explication de l’auteur: «Le symbole de Superman a toujours représenté l’espoir, la vérité et la justice. Aujourd’hui, il est quelque chose de plus.»

Moralité de cette histoire: si on a le pouvoir de choisir nos (super) héro·ïne·x·s, ces dernier·ère·x·s n’ont pas forcément le pouvoir de choisir leurs fans.

Alexandre Lanz. Photo ©Ricardo Caldas

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