Édito

Utopia auto reverse

Par

Rédacteur en chef

Pour une fois, inversons les rôles. Confortablement installé·e·x·s dans votre fauteuil en «First Class» comme il se doit, relaxez-vous, respirez profondément, relâchez vos paupières. La charge mentale du quotidien est en soute. Prêt·e·x·s? Attachez vos ceintures, décollage immédiat! Destination Utopia. Imaginons un instant ce monde queer normé. Sur cette planète, nos divinités déversent des rayons de lumière en nuancier rainbow. Tout n’est qu’harmonie. Sauf que zut, il y a un hic! Parmi nous autres citoyen·e·x·s de la luxure, une clique refuse de se plier à nos ardeurs et pulsions de débauche: les hétéros, trop occupés à se reproduire en famille. «Construire», assènent-ils. «Déconstruire!», rétorquons-nous en chœur sur des rythmes disco

Pas de panique, on gère. Par le biais des thérapies de conversion que nous pratiquons confortablement aux yeux de la loi, nous mettons la pression à cette écrasante majorité pour qu’elle quitte ses préceptes monomaniaques et s’éloigne du droit chemin afin de nous rejoindre sur les voies diaboliques de nos perversités. Peu importent les résultats peu probants jusqu’ici, acharnons-nous. Ils ont l’outrecuidance de se rebeller au nom de leur identité propre? Nions leur existence. Surtout, ne remettons pas nos méthodes en question. Invisibilisons-les, ridiculisons-les dans nos médias. Réduisons-les à des clichés bien lourdingues dans nos blagues sur eux. Par exemple, dans les vestiaires après le sport, trouvons l’inverse de la blague de la savonnette. Comment ça, on s’arrête là? Vous ne voudriez pas de ce Gayldorado transcendantal, de ce Queeristan?

Qui voudrait de ce monde-là en réalité. Qui voudrait s’entêter à réduire à néant la vie des autres au nom d’une croyance, d’une religion ou d’une divinité? Pendant le voyage du retour d’Utopia, rappelons-nous que l’amour et la sexualité n’ont rien à voir avec la religion. Sous la contrainte de fondements doctrinaux, la religion est une projection, un jugement, une souffrance, un conformisme. La spiritualité est ailleurs.

Alexandre Lanz. Photo ©Ricardo Caldas

À lire également