Chroniques Chants nocturnes

Memoriae

1er oct. 2019

Autoportrait d'après Petrus Christus «Portrait d'une jeune fille»

«J’ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien de quelle couleur étaient ses yeux, je crois pas qu’ils étaient bleus. Étaient-ils verts, étaient-ils gris? …»

Serge Revzani

La mémoire, cette chose étrange et si vivante qui nous accompagne comme un ami imaginaire depuis l’origine de nos jours, faisant de nous ce que nous sommes, nous permettant de nous situer dans le temps et la société des humain-e-s, posant, à l’instar des cailloux blancs du petit poucet et tout au long de notre terrestre trajectoire, des points de repères qui nous permettent de retrouver notre chemin. Capricieuse, elle se permet parfois des écarts, d’étranges revisitations qui métamorphosent l’Histoire en contes plus ou moins arrangeants, permettant, à défaut de l’oubli, de nous souvenir d’un hier plus conforme à notre capacité d’assumer nos actes, paroles et postures passées. Présente à nos côtés au fil des années, elle écrit page après page le récit de notre vie et puis, dans nos vieux jours, sans doute fatiguée d’accumuler les minutes et les heures de nos existences en son grenier, il se peut qu’elle défaille, s’évanouisse voire disparaisse tout à fait. Alors, il est possible qu’elle cède la place au désarroi, à la panique de ne plus être tout à fait qui nous étions, de ne plus maîtriser nos espaces temporels et les liens qui nous relient les un·e·s aux autres. Peut-être est-ce une manière de quitter peu à peu le Monde, les êtres aimés mais aussi les coups durs et les tracas. Et c’est ici que l’entourage a une grande importance. Pas pour minimiser ni nier l’évidence, non. Juste pour accepter et accompagner ce départ annoncé, sans drame, avec calme et bienveillance, en revivifiant lorsque c’est possible les endroits du présent que nous partageons encore et, d’instant en instant, repriser le tissu effiloché, rattacher les fils ténus sur le point de se rompre…

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