Chroniques Chants nocturnes

Comme…

28 mars 2020

Autoportrait d’après Juan Pantoja de la Cruz, «Doña Anna de Velasco y Girón»

«Je t’aime éperdument, et je te le dis, et je te le répète, et mes paroles te l’expriment, et mes baisers te le prouvent, et quand j’ai fini… je recommence. Je voudrais recommencer ainsi pendant l’éternité, et chaque soir, je regrette la nuit qui va s’écouler sans toi, et chaque matin, j’en veux au soleil de briller, comme aujourd’hui, quand tu n’es pas dans mes bras.»

Victor Hugo

L’esprit en pagaille en ces temps autant troublants que troublés, soudain me prend comme une envie de légèreté, un désir impérieux de quelque chose qui s’apparenterait à l’inconscience et à l’oubli (peut-être même à une forme de fuite) comme si, venant d’on ne sait où et sans s’annoncer, un grand coup de vent venait en moi tout balayer, me laissant nue et vierge de toute réalité, de toute préoccupation présente, future, passée; comme innocente, abstraite, incréée. En moi, comme un besoin de tout effacer, de m’écarter un instant de tout et de moi même, de me laisser emporter au loin de ce fatras de préoccupations et pensées qui en mes cortex s’entremêlent, se bousculent, s’accumulent, s’entassent en grand désordre, s’agitent, harcèlent, posent questions, demandent réflexion, exigent posture et décision, ne me laissent en paix de jour comme de nuit. Je me prends à rêver qu’une sensation douce m’envahit, comme celle transportée par le parfum étrange et apaisant de poussière mouillée qui succède aux brusques orages d’été. Comme celle aussi, éphémère, fugace, qui accompagne cet instant où, basculant dans le sommeil, nous perdons conscience pour glisser dans l’univers de nos songes, traversant le miroir de nos réalités pour entrer de plein pied dans celle, pour nous inversée, des aborigènes. J’aimerais oui, mais tous ces “comme” s’entrechoquent, se contrarient en mon esprit troublé et peinent à s’inscrire dans mon vocabulaire. Alors, je fais comme si…

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