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Le bareback casse la baraque

Les années sida ont eu comme corollaire le port systématique du préservatif lors de tout rapport sexuel. Jusqu’à une époque récente, il en allait de même dans l’industrie du film porno gay. Or, aujourd’hui, le porno bareback a statut de marché florissant.

Des pénétrations anales sans capote par des partenaires successifs, des éjaculations dans la bouche, des muqueuses rougies couvertes de sperme authentique. Telles sont les images visibles tout au long de films pornos gay aux titres aussi évocateurs que «Bareback Hotel», «Bareback Adventure» ou encore «Raw Edge». Ces pratiques sexuelles sont potentiellement la voie ouverte à une contamination par le VIH, par conséquent ce genre cinématographique nous interpelle.
Jusqu’à la fin des années 70, le porno gay était un genre où les acteurs n’étaient guère rompus au port du préservatif. Les années sida se sont chargées de rendre ce bout de latex indispensable lors de toute pénétration filmée. D’abord pour la protection des hardeurs – qui pour la plupart sont tombés comme des mouches, victimes de ce qu’on appelait alors le «cancer gay» – et ensuite, parce que filmer pareilles pratiques dans un tel contexte d’épidémie aurait provoqué de violentes réactions au sein de la communauté gay. Si les années 90 ont marqué l’apogée du tout-capote, la décennie suivante s’avère être l’émergence du bareback.
Bareback. Par ce terme anglais, on entend le sexe pratiqué sciemment sans protection entre personnes déjà porteuses du VIH. Toutefois, son acceptation s’est élargie pour comprendre toutes les relations non protégées entre individus quel que soit leur statut sérologique. Le cinéma ne fait pas exception.

Du vintage au Nokpot
Vers la fin du siècle passé, on a réédité en DVD les films de jadis avec une pointe de nostalgie complaisante: après tout, ces documents dont les scènes sont exclusivement sans protection existaient déjà. Puis, la brèche ouverte et flairant le filon, aux Etats-Unis comme en Europe, des studios de productions passent maître en ce domaine (Au Natural Productions, SX video, ZyloCo Inc, Cobra video, Bacchus), alors que d’autres disposent d’une section bareback qui n’a rien d’anecdotique (Eurocream, Helix Studios, SEVP). Le mot bareback figure d’ailleurs en bonne place dans la majorité des titres de ces films. Des annonces du genre «No condoms» ou «Fuck the rubber!»* fleurissent en caractères rouges sur les pochettes des DVD. Cette mise en exergue, davantage qu’une simple indication de la nature du film, est un argument de vente, même s’il est assorti d’un message de prévention succinct ou d’une mise en garde sur les responsabilités du consommateur. Mais à l’autre bout de la chaîne, quelles sont les mesures de protections prises pour la santé des acteurs? Connaît-on leur statut sérologique? Ces questions restent pour l’heure en suspens, car les maisons de production n’y répondent pas. Cependant on devine l’appel d’un marché fort juteux (sans jeu de mot), eu égard à l’essor des nouveautés bareback chaque année en rayon.
Dans le domaine des conjectures et des révélations volées, on laisse entendre que les hardeurs seraient soumis à des tests de dépistage sur le plateau de tournage. Rien ne le prouve. Au chapitre des évidences, on note que les acteurs bareback sont souvent très jeunes, véhiculant encore l’idée reçue selon laquelle le VIH serait l’affaire des générations précédentes. Ou encore, chez un même producteur, les acteurs se protégeant et les barebackers ne jouent pas dans la même cour. Ainsi les premiers ont des allures de garçons d’Europe occidentale, alors que les seconds se recruteraient plutôt à l’Est. Faut-il y voir un troublant clivage ethnique ou plutôt deux nécessités économiques distinctes, en fonction du pays d’origine des acteurs? Motus: on ne sait rien.

Légiférer?
Il est de plus en plus fréquent dans les saunas et sex clubs suisses que des films estampillés bareback soient diffusés, preuve qu’il y a une demande de la part du client ou, tout du moins, que les intermédiaires commerciaux y trouvent leur compte. Bien sûr, le film participe au fantasme de celui qui le voit, mais qu’induit-il dans sa pratique de la sexualité? Faut-il percevoir un lien entre la résurgence du porno sans capote et la courbe ascendante du nombre de séroconversions chez les homos helvétiques? Et si la réponse est oui, doit-on protéger contre lui-même un adulte conscient de ses actes?
Des rumeurs ont couru affirmant que les autorités comptaient intervenir contre les établissements diffusant ce type de films. Roger Staub, responsable de la Section sida de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dément catégoriquement. Il rappelle que c’est l’Association d’entreprises gay suisse (VEGAS) qui, dans le cadre de la charte que signent ses membres, est chargée de surveiller et, le cas échéant, de dénoncer les établissements ne respectant pas certaines consignes d’hygiène et de prévention (comme la diffusion de films bareback ou l’absence de préservatifs). Selon l’OFSP, à ce jour, aucun établissement diffusant des films montrant des rapports sexuels non protégés n’est menacé de fermeture. L’interdiction de vendre des films bareback n’est pas non plus à l’ordre du jour. En effet, la prohibition stimulerait la contrebande de DVD commandés ou téléchargés sur le Net. Dans ces conditions, le porno «NoKpot» semble avoir un bel avenir devant lui.

La contamination, ça vous excite?
Reste à savoir si la vidéo bareback participe à la banalisation du rapport sans protection. En France, depuis juillet dernier, la polémique autour de cette question fait rage à l’instigation de l’association Act Up Paris qui a lancé un pavé dans la mare en dénonçant la responsabilité de tous les intervenants de ce marché. Interpellant d’abord les consommateurs de vidéo bareback par une campagne d’affichage sauvage, Act Up a relancé le débat en ce début d’année dans un communiqué s’achevant en ces termes: «Voir des gens se contaminer, cela vous excite? Qu’attendez-vous pour réagir et demander à ces diffuseurs de retirer leurs productions bareback?»

* «Envoie chier le préservatif!»